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Bulletin Quotidien Europe N° 9127
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/islam

La réponse violente des extrémistes musulmans aux caricatures de Mahomet n'est pas celle de la grande majorité des musulmans d'Europe, qui sont de « bon démocrates », soulignent Cem Özdemir et Sajjad Karim

Bruxelles, 08/02/2006 (Agence Europe) - Les parlementaires européens Sajjad Karim (ALDE, britannique) et Cem Özdemir (Verts/ALE, allemand), tous les deux de croyance musulmane, ont critiqué mercredi le « mauvais jugement » des journalistes et éditeurs danois qui ont permis la publication des caricatures de Mahomet, mais ils ont aussi souligné que les extrémistes islamistes qui tentent maintenant de récupérer cette affaire ne représentent pas la majorité des musulmans vivant en Europe qui, eux, se comportent comme de « bons démocrates ». La liberté de la presse doit être préservée, mais elle doit être exercée avec responsabilité, respect et sensibilité, a estimé M. Karim lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Tous les jours, des journalistes et éditeurs partout en Europe et dans le monde démocratique décident (pour des raisons éthiques ou autres) de ne pas publier du matériel qui, d'un point de vue purement juridique, pourrait être publié sans aucun problème. Cette retenue, ce respect devant certaines choses fait normalement partie de la manière dont fonctionne la société européenne. « Cependant, dans le cas des caricatures de Mahomet, ce jugement (de la part des éditeurs) n'a pas été fait d'une manière correcte », a regretté M. Karim. Malheureusement, avec la flambée de la violence qu'elle a entraînée, cette affaire fournit aux extrémistes islamistes la « munition » et « l'oxygène de publicité » dont ils ont rêvé, dans les journaux et sur les écrans de télévision du monde entier, déplorent les deux députés européens. La réaction des médias européens est décevante, car elle « ignore l'avis de la majorité de la population musulmane en Europe et donne de la crédibilité à ceux qui représentent seulement une partie infime de notre société », a regretté M. Karim, qui a insisté: « Les extrémistes ne représentent pas la majorité des communautés musulmanes » en Europe. Cem Özdemir a enchaîné: « Les gouvernements d'Iran, de Syrie ou d'Arabie Saoudite ne représentent pas les musulmans qui vivent au Danemark, en Allemagne ou ailleurs en Europe. Nous avons nos propres porte-parole, nos propres représentants élus qui parlent pour nous. Et ce qu'ils disent est clair: ils n'aiment pas les caricatures, ils se sentent offensés. Mais ils condamnent aussi clairement toutes les violences et attaques contre les intérêts danois et européens ». « Il y a des gouvernements et des organisations qui veulent mener leur campagne et tirer un profit maximum de cette affaire. Mais ils ne parlent pas pour nous !», a averti M. Özdemir. « Dans la plupart des pays européens, les musulmans ont démontré qu'ils sont de bons démocrates, qu'ils font partie de la société dans laquelle ils vivent et qu'ils utilisent des moyens démocratiques pour exprimer ce qu'ils ressentent », a ajouté le député allemand d'origine turque. M. Özdemir a aussi mis en garde contre toute allusion facile au « choc des civilisations ». « Ce n'est pas le « choc des civilisations » que certains aimeraient peut-être voir. Nous tous, nous devons soutenir la liberté d'expression qui fait partie de nos démocraties. En tant que musulman élevé et vivant en Allemagne, je voudrais rappeler que c'est justement pour cette raison (la démocratie, la liberté d'expression) que beaucoup de musulmans sont venus s'installer en Europe, fuyant des pays dans lesquels il n'y avait pas de liberté d'expression ».

Appels au dialogue du groupe PPE-DE

Mercredi, au groupe PPE-DE du Parlement européen, le président allemand de la commission des Affaires étrangères Elmar Brok, la Danoise Gitte Seeberg et le Suédois Gunnar Hökmark ont, dans un communiqué commun, appelé à mettre fin à la violence et à « revenir au dialogue ». La liberté d'expression est un droit fondamental dans l'Union européenne, mais elle devrait être exercée dans le respect des croyances religieuses, soulignent-ils, tout en estimant: ni le Danemark ni d'autres Etats membres de l'UE ne méritent d'être condamnés pour des faits qui n'ont pas été commis par des Etats. « Le Danemark n'est pas seul. L'UE doit être unie dans cette affaire, et elle le sera », soulignent MM. Brok et Hökmark en signe de solidarité avec leur collègue.

Le président de la commission des libertés publiques insiste sur la liberté d'expression

De nombreux autres députés s'expriment sur cette crise, y compris Jean-Marie Cavada (ALDE, français), le président de la commission des libertés publiques qui a une carrière de plus de quarante ans de journalisme. Dans un communiqué, M. Cavada se demande: « Qu'est-ce qui porte le plus préjudice à l'Islam, ces caricatures ou bien les images d'un kamikaze qui se fait exploser au milieu d'un mariage à Amman ? ». Et, en citant le cas de Jihad Momani, rédacteur en chef de l'hebdomadaire jordanien Shihane qui est en attente de jugement le 9 février pour avoir publié trois des caricatures danoises, et Hicham al-Khalidi, rédacteur en chef du journal jordanien al-Mehwar dont le procès est attendu le 15 février, l'élu de l'UDF affirme: « A ce stade de la polémique, l'Union européenne doit choisir son camp: soutenir les musulmans arabes qui croient tellement à nos valeurs universelles qu'ils sont prêts à affronter la prison pour les défendre, comme ces deux journalistes jordaniens, ou céder à la pression de ceux qui plaident pour mettre des limites à la liberté d'expression (…). La liberté d'expression des journalistes et des éditeurs est un droit fondamental inaliénable qui n'a comme corollaire que leur responsabilité qui ne peut certainement pas être encadrée par un quelconque code de conduite dont on voit bien les dangers ».

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