Bruxelles, 08/02/2006 (Agence Europe) - A l'heure où les citoyens demandent plus d'Europe sociale pour être mieux protégés contre les effets de la mondialisation, la question se pose de savoir s'il y a un ou plusieurs modèles sociaux européens et ce qu'il faut faire pour assurer la pérennité du modèle social européen. Pour tenter de répondre à ces questions, le Groupe ALDE au Parlement européen a organisé, à l'initiative de la libérale belge Annemie Neyts-Uyttebroeck, une audition publique sur le thème de « la mondialisation et la réforme des modèles sociaux européens », avec André Sapir, professeur d'Economie à l'Université Libre de Bruxelles.
Pour adapter nos systèmes sociaux aux changements extrêmement rapides que connaît actuellement la société, il faut donner la priorité aux politiques du marché du travail, qui doit être plus flexible, et à la réforme de la politique sociale, a affirmé le Prof. Sapir. Selon lui, dans l'UE à 15, il existe quatre modèles sociaux européens (EUROPE n° 9048): 1) méditerranéen, qui n'est « ni efficace ni équitable » ; 2) nordique, qui est « efficace et équitable » ; 3) anglo-saxon, qui « est efficace mais pas équitable » ; 4) continental (France, Allemagne, Belgique par exemple) qui « n'est pas efficace, mais est équitable ». En termes de finances publiques, les modèles nordiques et anglo-saxons sont mieux placés que les continentaux et les méditerranéens, qui doivent être réformés, estime M. Sapir, tout en notant: il ne faut pas oublier non plus que ces deux derniers modèles représentent 2/3 du PIB de l'UE à 25 et 90% de la zone euro. En prenant l'UE à 25, on constate de grandes différences entre les nouveaux Etats membres: ainsi, selon M. Sapir, les pays baltes se rapprochent du modèle anglo-saxon, la Pologne est fortement méditerranéenne, la Hongrie plutôt continentale et la République tchèque et la Slovénie plus ou moins nordiques.
« Il faut aller de l'avant, tout en tenant compte de ce que veulent faire les différents pays. Ce que veut la Grèce n'est pas nécessairement ce que veut la Suède ! », a lancé le libéral démocrate britannique Chris Davies, membre du Parlement européen, en insistant sur le principe de subsidiarité. « On ne peut pas parler de politique sociale européenne si on n'a pas de politique fiscale européenne », a enchaîné le sénateur espagnol et ancien député européen Carlos Gasoliba I Böhm. Pour l'élu européen FDP Jorgo Chatzimarkakis, « la stratégie de Lisbonne est morte », et « il faut aller dans le sens du modèle nordique qui est le meilleur ». Quant au député européen polonais Jan Kulakowski, il a noté que « dans les quatre modèles du Professeur Sapir, on ne voit pas de modèle social des nouveaux Etats membres, parce qu'il n'y en a pas ». Selon lui, dans ces pays, on constate un « modèle ultra-libéral pratiqué avec une mentalité ultra-socialiste, ce qui est catastrophique ». « Le point fort du modèle social danois est la flexicurité, des allocations et des droits sociaux très élevés, une bonne protection sociale pour les individus qui perdent leur emploi et une bonne implication des partenaires sociaux », a expliqué l'eurodéputée danoise Anne Jensen, qui ajoute: « Notre modèle restera viable dans le nouveau marché du travail qui se dessine (…). Le consommateur danois se félicite d'accueillir les plombiers polonais. Sur le marché de l'emploi, la concurrence est nécessaire. Pourquoi ne pas accueillir le plombier polonais et lui assurer une bonne protection sociale ? ».