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Bulletin Quotidien Europe N° 9090
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/prix sakharov

Les trois lauréats du prix Sakharov appellent les députés à poursuivre leur engagement en faveur de la liberté d'expression

Strasbourg, 15/12/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen a décerné au cours d'une séance solennelle, le 14 décembre à Strasbourg, le Prix Sakharov 2005 à trois lauréats: les « Dames en blanc » (Damas de Blanco) de Cuba, l'avocate nigériane Hauwa Ibrahim et l'organisation internationale « Reporters sans frontières ». La liberté d'expression est le droit qui sépare la liberté de la tyrannie, a rappelé le Président Borrell en citant Voltaire et Brecht, et en notant que le Parlement européen « a servi aujourd'hui de caisse de résonance pour les droits de l'Homme à l'échelle mondiale ».

La cérémonie a malheureusement été marquée par l'absence des Dames en blanc, que le gouvernement cubain n'a pas autorisées à quitter Cuba, une attitude que « déplore et rejette » le Président Borrell. Blanca Reyes, ancienne Dame en blanc aujourd'hui en exil, est venue représenter ces femmes, mères, épouses ou sœurs, qui défilent pacifiquement chaque dimanche à La Havane pour dénoncer l'arrestation de 75 dissidents en 2004. Cette distinction est pour ces femmes un encouragement à continuer la lutte contre le gouvernement cubain qui « viole systématiquement les droits de l'Homme », a dit Mme Reyes qui, au nom des Damas de blanco, a décliné l'invitation du président Borrell à déjeuner, « cette politique de la chaise vide devant être le symbole de notre protestation contre la dictature cubaine et sa dénonciation devant le monde entier », a-t-elle expliqué.

« Ce prix est un cadeau, c'est donner la voix à ceux qui n'en ont pas », a remercié Hauwa Ibrahim, avocate dans un pays qui n'est plus une dictature militaire depuis 1999, bien que les élections démocratiques aient coïncidé avec l'introduction des aspects pénaux de la Charia, condamnant les femmes accusées d'adultère à la mort par lapidation. « Notre stratégie est d'essayer de comprendre la dynamique de la Charia, des Mollahs et de la société nigériane, mais aussi d'être confrontés aux intégristes », a-t-elle affirmé en indiquant que, à l'issue d'une rencontre avec des Mollahs, ceux-ci se sont engagés à ne pas s'opposer à elle publiquement, même s'ils ne la soutiendront pas (« c'est tout ce dont nous avions besoin pour notre sécurité », a-t-elle ajouté). Le prix Sakharov est pour certains lauréats une sorte d'assurance-vie pour, qui vaut bien plus que les 50 000 euros qu'ils reçoivent, a commenté Josep Borrell. Hauwa Ibrahim souhaite destiner entièrement cet argent à l'éducation dans son pays, seule manière de lutter contre l'ignorance et la pauvreté. « Je rentrerai avec le sentiment d'une mission à accomplir pour l'avenir de ceux qui n'ont pas de pouvoir », et aussi avec davantage de confiance pour réformer le système juridique au Niger, selon une méthode partant de la base, pour répondre aux valeurs culturelles de notre société, a-t-elle déclaré.

Reporters sans frontières (RSF) versera l'argent du prix Sakharov à Cuba, une manière de protester contre la « capacité à s'indigner à géométrie variable du Parlement européen », qui cherche des excuses lorsqu'on dénonce la dictature à Cuba, s'est exclamé Robert Ménard, au nom de l'équipe de RSF. Le Parlement s'est formidablement mobilisé en faveur de la libération de la journaliste française Florence Aubenas, prise en otage en Irak mais il ne faut pas oublier qu' « il y a d'autres Florence Aubenas, qui n'appartiennent pas à de grands pays occidentaux avec de puissants médias. On ne peut pas être crédible si on se mobilise plus lorsqu'il s'agit des nôtres et pas des autres ». Le Parlement ne peut pas continuer à avoir une approche « deux poids, deux mesures », mais il doit « défendre la liberté d'expression de tous, et pas seulement les idées de ceux qui nous ressemblent », insiste M. Ménard, qui demande aussi au Parlement d'exiger le respect des clauses de l'accord d'association avec la Tunisie concernant les droits de l'Homme, si la liberté d'expression n'est pas garantie dans ce pays. Car « ce qui est bien avec les droits de l'Homme, c'est que ça marche, on peut changer la vie des gens un à un, au jour le jour », a-t-il conclu.

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