Bruxelles, 12/12/2005 (Agence Europe) - Le Conseil européen examinera jeudi soir la recommandation de la Commission d'accorder à l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (Arym) le statut officiel de pays candidat, mais après la discussion, lundi, au Conseil « Affaires générales/Relations extérieures », il est toujours incertain si l'Arym pourra effectivement obtenir ce statut ou si elle devra se contenter pour l'instant d'un simple message d'encouragement politique, en attendant une décision sur ce statut en 2006. « Nous n'avons pas encore trouvé un consensus sur cette question. Ce sera donc aux chefs d'Etat et de gouvernement d'en décider », a expliqué à la presse le Président du Conseil, Jack Straw. Le Commissaire à l'élargissement, Olli Rehn, a répété devant la presse que sa recommandation en faveur de l'octroi du statut était « fondée sur des faits objectifs » et sur les progrès réels faits par Skopje. Prendre une décision favorable au Sommet de cette semaine est « important pour la crédibilité de l'UE dans les Balkans », a estimé M. Rehn, soulignant que statut de pays candidat « ne veut pas dire ouverture des négociations d'adhésion, car le pays n'est pas encore prêt pour cela » (la question de l'ouverture des négociations proprement dite devra être « évaluée dans les années à venir », a même précisé M. Rehn).
Sur le fond, la divergence ne porte pas tellement sur la question de savoir si l'Arym est un pays européen qui doit avoir une réelle perspective de rejoindre un jour l'UE (ce que tous les ministres ont reconnu lundi), mais plutôt sur le timing - à un moment où l'UE semble incapable de résoudre d'importants problèmes institutionnels et budgétaires directement liés à l'élargissement précédent, alors que l'opinion publique est de plus en plus réticente à appuyer des élargissements successifs. Comme prévu, c'est la France qui s'est faite lundi le principal porte-parole de ceux qui plaident pour une approche plus prudente. Philippe Douste-Blazy a expliqué: « le moment n'est peut-être pas bien choisi pour lancer une nouvelle vague d'élargissement » en accordant maintenant le statut de pays candidat à l'Arym. « Certes, il est important de réaffirmer la perspective européenne des pays des Balkans, car la stabilité des Balkans est fondamentale pour l'UE. Il est aussi vrai que l'Arym a fait des progrès considérables et qu'elle fera un jour, tôt ou tard, partie de l'UE. Mais le problème n'est pas là. Donner le statut de pays candidat est un signal important, et nous devons nous poser la question de savoir si les conditions sont bien réunies, si le moment est bien choisi de donner ce signal maintenant, alors que les défis institutionnels et budgétaires de l'élargissement en cours ne sont pas encore résolus », a dit le ministre français à la presse. L'Union ne peut pas être en permanence « en fuite à l'avant » en matière d'élargissement, a-t-il averti, en insistant: avant d'entamer une nouvelle vague d'adhésions, « nous nous devons donner le temps » et avoir d'abord un « large débat sur l'élargissement en 2006 », un débat qui devra surtout « clarifier et préciser les règles du jeu » pour les élargissements futurs, y compris la question de savoir « quelle Union européenne nous voulons », « qui décide des élargissements » et « quelle est la capacité d'absorption de l'UE ». Ce débat doit aussi inclure la question des frontières extérieures de l'UE, a estimé Catherine Colonna, ministre française aux Affaires européennes.
Même si une majorité des délégations s'est exprimée en faveur de l'octroi du statut de pays candidat à l'Arym, de nombreux ministres ont soutenu ou partagé les préoccupations de la France sur la nécessité d'avoir un débat approfondi sur l'élargissement en 2006, et de tenir compte des soucis de l'opinion public sur ce sujet. Ainsi, le ministre néerlandais Bernard Bot a, lui aussi, fait part des « hésitations et réticences » des citoyens face aux élargissements successifs, tout en reconnaissant l'importance de la perspective européenne pour la stabilité des Balkans. Les Pays-Bas sont d'accord pour donner le statut à l'Arym, mais à condition que l'UE ne précipite pas les pas suivants, notamment l'ouverture des négociations. Le ministre tchèque, Cyril Svoboda, a regretté de voir trop souvent l'UE agir « en réaction à des promesses faites dans le passé ». Le ministre maltais Michael Frendo a lui aussi appuyé la demande française de tenir un débat sur l'élargissement en 2006. Le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier a dit comprendre la position française, mais a néanmoins plaidé pour que l'on donne le statut de candidat à l'Arym, tout en précisant que l'ouverture des négociations sera une autre paire de manches qui exigera une décision justement après le large débat sur l'élargissement qui devrait avoir lieu en 2006.
A la presse qui lui demandait s'il avait l'impression que certains pays membres (notamment la France) voulaient faire, au Sommet de cette semaine, un lien entre la décision sur le statut de l'Arym (ou, de manière plus générale, la poursuite de l'élargissement) et l'accord sur les perspectives financières 2007-2013, Jack Straw a dit que ceci n'était « pas surprenant ». « Je ne vois pas de lien direct entre les deux questions, mais il est évident que certains voient un lien », a dit M. Straw.