Bruxelles, 02/12/2005 (Agence Europe) - Le large débat que le Parlement européen veut ouvrir sur l'avenir de l'Europe après l'impasse sur la Constitution européenne a été lancé le 1er décembre à Bruxelles avec la manifestation Quo vadis, Europa ? organisée avec la participation de plusieurs Prix Charlemagne en présence du maire d'Aix la-Chapelle, où ce prix est remis chaque année. Ouvertes par le Président Borrell, les discussions ont été conduites par l'ancien Président du Parlement européen Pat Cox qui a déploré d'emblée que la période de réflexion voulue après les « non » français et néerlandais semble être marquée par le « son du silence » (le titre de la chanson de Simon and Garfunkel). Ce dont a convenu le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui s'est exclamé: pendant une période de réflexion, il faut que les « cerveaux travaillent », or, « j'ai plutôt l'impression d'une sieste (…), et que c'est interdit de réfléchir « M. Verhofstadt, qui vient de publier un livre intitulé Les Etats-Unis d'Europe- Manifeste pour une nouvelle Europe », a réitéré sa thèse d'une relance autour de la zone euro (EUROPE n° 9080). « La zone euro existe, il ne faut rien inventer ; il faut partir de ce qui existe », en s'attaquant surtout au manque d'une « politique socio-économique en Europe ». M. Verhofstadt a ainsi emboîté le pas à Jacques Delors qui venait d'affirmer à la fois qu' une « différenciation » au sein de l'UE est inévitable (« le premier endroit où l'appliquer serait l'Union économique et monétaire (…), où nous avons été trahis, puisque nous avons une Union monétaire, mais pas économique » et qu'il faut doter l'UE d'un cadre pour la coordination économique, la « conception d'un espace économique » (fondé sur la compétition entre entreprises, mais « pas entre nations », car ce serait le dumping social: voir autre nouvelle). « Nous avons besoin d 'un projet de société », a affirmé M. Delors, en notant dans le modèle social des Etats membres des convergences (un « fonds commun »), mais aussi des divergences - et « pourquoi les ignorer en prétendant faire l'Europe à sa façon ? ». L'Union européenne est « déjà une puissance, une puissance limitée mais qui compte », a estimé l'ancien Président de la Commission, tout en reconnaissant que « la voie d'une politique étrangère et de sécurité commune est parsemée d'embûches ». Selon lui, l'Union à 25, et demain à 27 et 30, devrait « avoir des objectifs atteignables «: un espace de paix, de « reconnaissance mutuelle et de sécurité », un cadre pour la coopération économique fondé sur la solidarité et la durabilité, l'encouragement à la diversité culturelle.
Jacques Delors a vivement réagi aux propos de Jens-Peter Bonde, coprésident danois du groupe Indépendance et démocratie du Parlement européen, qui se disait satisfait que la Constitution européenne soit « morte », enterrée par les peuples qui n'en veulent pas et qui doivent avoir le dernier mot. Pour les Français, « une Constitution, c'est un Etat responsable de tout, voilà pourquoi j'aurais préféré parler de traité (…), mais attendons de voir ce que dira la « coalition du non » en 2007 », a répliqué M. Delors, indigné: « j'ai trop de respect pour les autres Etats membres pour leur dire ce qu'ils devraient faire (…), j'ai du respect pour les parlements (…). Qu'est-ce que c'est que ça ? Un parlement se prononce, et c'est antidémocratique ? Cette déviation peut conduire aux pires populismes et autoritarismes ». A ce sujet, l'ancien premier ministre italien et ancien président du Parlement européen, Emilio Colombo (qui a rappelé qu'il a vécu beaucoup de crises européennes, à partir de celle de la Communauté européenne de défense), a lancé: il faut que ceux qui ont dit « non » à la Constitution commencent à en discuter avec les autres…Aujourd'hui, il est aussi « nécessaire et urgent pour les Européens de rester ensemble » que dans l'après-guerre, a-t-il dit, en estimant qu'il faut revenir aux sources de l'Europe. Outre l'ancien Premier ministre hongrois Gyula Horn, deux anciens Premiers ministres belges sont intervenus dans le débat: Leo Tindemans, qui a plaidé pour un rôle fort de la Commission européenne, et Jean-Luc Dehaene, pour qui la politique de voisinage de l'UE devrait contribuer à résoudre le problème des limites de l'Europe. Ces limites « bougent », on ne peut pas les fixer pour les prochains cinquante ans, a estimé l'ancien ministre belge des Affaires étrangères et des Finances Mark Eyskens, qui voit l'Europe future sur le « modèle de Saturne, avec différents cercles ».