Bruxelles, 02/12/2005 (Agence Europe) - La hausse des taux d'intérêt décidée jeudi par la Banque centrale européenne (EUROPE n° 9080) a suscité dans les milieux européens des réactions contrastées, positives dans quelques cas, parfois prudentes mais souvent carrément négatives.
Au Parlement européen, la socialiste française Pervenche Berès, présidente de la commission économique et monétaire, craint que cette « hausse inutile » compromette la fragile reprise de la croissance. Dans un communiqué, elle rappelle: devant notre commission, le 21 novembre, nous avions dit au président de la BCE Jean-Claude Trichet: « écoutez-nous », nous pensons que ce n'est pas le bon moment pour augmenter les taux, surtout après la révision à la baisse des prévisions économiques d'automne de la Commission européenne (EUROPE n° 9072). Mme Berès renchérit: « Monsieur Trichet ne cesse de nous dire qu'il vaut mieux prévenir que guérir », mais la BCE « a-t-elle écouté ceux qui estiment que, sans la hausse du prix du pétrole, la zone euro serait en déflation ? (….) De plus, si la BCE (…) crie au loup sans que cela soit nécessaire, sa crédibilité en souffrira ». Mme Berès, qui s'étonne que M. Trichet exhorte les Européens à « investir autant que possible tout en durcissant en même temps la politique monétaire », se demande: « le moment n'est-il pas venu de passer un contrat à durée déterminée entre la BCE et le Conseil autour d'un plan de relance de la demande intérieure et d'investissement coordonné et rigoureux en faveur des dépenses d'avenir ? ». Et elle dit, à propos de l'indépendance de la BCE: « L'indépendance n'est pas l'isolement, le dialogue se pratique à plusieurs ». Aux groupes PPE-DE et ALDE, au contraire, les Allemands Werner Langen (CDU) et Wolf Klinz (FDP) sont satisfaits, estimant eux aussi qu'il vaut mieux « prévenir que guérir ».
Chez les partenaires sociaux, les réactions sont plus que mitigées. John Monks¸Secrétaire général de la Confédération européenne des Syndicats (CES), souligne dans un communiqué la fragilité de la reprise actuelle et proteste: « Si la BCE voulait lancer un avertissement aux syndicats sur les prochaines négociations salariales, c'était totalement superflu. En Europe, les syndicats comprennent déjà que les hausses salariales doivent être compatibles avec la stabilité des prix ». Le patronat n'est pas enthousiaste non plus. « Nous espérons qu'une hausse modérée des taux n'affectera pas les perspectives économiques de manière significative, mais ce n'est pas un signal positif pour la croissance. Les entreprises européennes seraient très préoccupées si cette décision entraînait une nouvelle appréciation de l'euro », avertit dans un communiqué Ernest-Antoine Seillière, président de l'Unice. Quant à Christoph Leitl, en présentant à quelques journalistes les résultats mitigés d'une étude d'Eurochambres (qu'il préside) sur le climat d'affaires en 2006, il a espéré qu'il n'y aura pas d'autres hausses. « Cela doit s'arrêter maintenant », prévient-il, sinon, cela reviendrait à « se tirer une balle dans le pied ». Hans-Werner Müller, président de l'UEAPME (artisanat et PME), doute de l'efficacité de cette hausse et avertit: cette décision regrettable ne doit pas nourrir la spéculation sur de futures hausses des taux.
Jeudi, avant la décision, Alejandra Kindelan, de la Fédération bancaire européenne (FBE), avait souligné devant quelques journalistes que « des signes de redressement n'ont été observés que lors d'un seul trimestre » et qu'une hausse de 0,25 point de pourcentage « n'aura pas d'effets significatifs sur l'économie, mais pourrait en avoir sur la confiance », de manière négative. La FBE s'attend à un second ajustement au premier trimestre 2006, mais prévient qu'il devra « tenir compte strictement des développements économiques de la zone euro ».