Ronda, 22/07/2005 (Agence Europe) - Constatant chacun les mauvaises performances de l'économie européenne, Alejo Vidal-Quadras (PPE-DE/Espagne) et Jacques Le Cacheux, Professeur d'Economie à l'université de Pau et directeur des études de l'Observatoire français des conjonctures économiques, ont présenté deux analyses bien différentes pour relancer la stratégie de croissance et d'emploi de l'Union européenne. Des interventions qui illustrent les choix politiques, pas toujours forcément contradictoires ou exclusifs, mais certainement ambitieux, qui attendent l'UE. Mardi, lors des cours d'été de l'Université de Malaga, dirigés par le Président du Parlement européen, Josep Borrell, M. Vidal-Quadras a longuement plaidé en faveur de la discipline budgétaire et les réformes, notamment en nombre d'heures travaillées, si l'UE souhaite préserver ses piliers de croissance et de cohésion. Dans son exposé jeudi, M. Le Cacheux s'est en revanche écarté de cette ligne orthodoxe, imaginant une autre Europe à bien des égards. Les performances économiques désastreuses de la zone euro ne sont pas dues à son économie vieillissante, ni au manque de réformes structurelles, mais aux institutions européennes qui « sont mauvaises et produisent de mauvaises politiques », a-t-il lancé. Le professeur voit dans les échecs récents sur les perspectives financières ou le traité constitutionnel autant d'occasions pour de nouveaux départs.
Les politiques macro-économiques de la zone euro sont « inadaptées » et la réforme du Pacte de stabilité et de croissance n'a pas éliminé ses défauts, principalement son « biais anti-croissance », s'est-il lamenté. Inefficaces pour réduire l'endettement des Etats membres, les règles du PSC modifié n'ont rien résolu: il y a toujours des dérapages dans tous les pays et on sera toujours embarrassé de condamner les Etats membres, indique M. Le Cacheux. Au contraire, il aurait fallu instaurer, selon lui, une 'golden rule' excluant certaines dépenses du critère de déficit, pour éviter que les gouvernements ne coupent régulièrement dans les dépenses les plus porteuses pour l'activité économique, comme la recherche et développement. Les politiques de l'UE restent, d'après lui, « exagérément influencés par les petits pays » et s'avèrent défavorables aux plus grands. Dans le cas du Pacte, ces derniers se retrouvent sans moyen alors que les plus petits ont la possibilité de développer des stratégies concurrentielles, en matière fiscale ou sociale notamment.
De même, la politique monétaire de la zone euro est elle aussi dictée par les petits pays et s'avère « trop restrictive pour l'Allemagne » par exemple, souligne M. Le Cacheux, qui constate surtout que la Banque centrale européenne (BCE) est « trop indépendante ». Regrettant que celle-ci ne soit pas plus responsable politiquement, il s'inspire des Etats-Unis, où le Sénat peut convoquer le gouverneur de la Federal Reserve pour qu'il explique la politique monétaire suivie. « Il faudra un jour revoir les statuts de la BCE » afin de mettre en œuvre une politique plus pragmatique, car « lorsque la situation change, il faut changer soi même », constate t-il. Sans aller jusqu'à demander une telle modification des statuts, Josep Borrell estime pour sa part qu'une « politique centralisée avec une BCE plus indépendante que la Federal Reserve et une politique budgétaire décentralisée et dé-coordonnée, avec seulement des chiffres maximums pour les déficits publics, est insuffisante ». Comme lui, Alejo Vidal-Quadras reconnaît aussi le « besoin d'un gouvernement économique européen », mais minimise la capacité de la politique monétaire à entraîner la croissance, dont « les moteurs sont la production et l'innovation ».
Sur les perspectives financières, le choix ne doit pas non plus être technique, insiste M. Le Cacheux, préférant un échec à un mauvais compromis qui « nous bloque pendant encore huit ans ». La logique comptable du précédent cadre budgétaire avait empêché d'affecter les moyens nécessaires aux objectifs de Lisbonne décrétés seulement un an après le Conseil européen de Berlin, observe-t-il pour souligner « l'absurdité » du calendrier des perspectives financières. Et de préconiser une approche différente et moins stérile que le concept « imbécile et sans fondement » des contributions nettes, qui est « le plus sûr moyen de ne pas arriver à un accord » et consiste en un jeu à somme nulle ne profitant à personne. Une solution serait de mettre en place dans le budget de l'UE de vraies incitations financières, consistant à octroyer plus d'argent à un Etat membre selon qu'il a mis en œuvre telle ou telle politique prioritaire, propose M. Le Cacheux. Convaincu du mérite de Tony Blair d'avoir lancé le débat en donnant « un coup de pied dans la fourmilière », il reconnaît toutefois que « mon horizon n'est pas les 6 mois de Présidence britannique, mais un ou deux ans ». L'argument consistant à opposer politiques du passé (la PAC, selon le Premier ministre britannique) et politiques d'avenir est erroné, car « à l'avenir il faudra toujours manger », glisse-t-il ainsi. D'une manière générale, M. Le Cacheux n'entend pas « gâcher la crise » actuelle et appelle à élire une vraie Assemblée constituante chargée de réécrire un traité constitutionnel, qui ne soit pas dénaturé par une conférence intergouvernementale. Sans surprise pour un fédéraliste, les institutions européennes devraient alors répondre à une claire séparation des pouvoirs, explique-t-il avec optimisme.