Bruxelles, 04/07/2005 (Agence Europe) - Alors que s'ouvre une période de réflexion au sein des Etats membres pour débattre des suites à donner au processus de ratification de la Constitution, le besoin de dialoguer n'en est pas moins présent parmi les associations et les médias établis à Bruxelles, et au sein des institutions européennes. C'est dans cette optique que l'ECAS (European Citizen Action Service) a organisé le 29 juin, avec le soutien de Journalists at your service, un séminaire sur le thème « La Constitution redeviendra-t-elle une priorité ? », parallèlement à la diffusion d'un questionnaire intitulé « Comment organiser le plan D ? ». Sous la présidence de l'ancien Commissaire Mario Monti, Président de l'ECAS, le panel a tenté de déterminer, après l'échec des référendums en France et aux Pays-Bas, quels doivent être les termes de ce débat, comment l'organiser pour susciter l'intérêt des citoyens et quelles sont désormais les chances de survie de la Constitution.
Tony Venables, Directeur de l'ECAS, a insisté pour que le débat porte sur la façon dont les associations et les organisations comme l'ECAS doivent s'y prendre pour mettre en relation les citoyens qui ont envie de s'impliquer. Il souhaite que le débat soit le plus large possible, afin de contrer la menace d'une « renationalisation » liée au constat que l'Europe ne fonctionne pas. Andrew Duff (ALDE, Royaume-Uni) souhaite, de son côté, que l'on veille à impliquer les ONG, car « après s'être intéressées aux débats, lors des travaux de la Convention, elles se sont ensuite de nouveau penchées sur leurs intérêts spécifiques ». La journaliste Emily Von Sydow a constaté le paradoxe suivant: « Plus on parle de la nécessité de renforcer la démocratie en Europe, moins on suscite d'intérêt ». Selon elle, il ne faut pas élargir le débat mais, au contraire, le centrer sur les sujets qui préoccupent les citoyens, à savoir l'adhésion de la Turquie, la directive sur les services, ou encore le changement climatique. Nous entamons une période délicate, selon Mario Monti, car nous devons à la fois répondre aux préoccupations des citoyens, sans tomber dans une « auto- flagellation » des institutions européennes. Il importe d'intensifier le débat sur les futures règles du jeu et d'améliorer la communication des institutions. Il a notamment suggéré que la Présidence britannique clarifie la stratégie de Lisbonne, tant au niveau du contenu, que de la répartition des compétences. En effet, « l'UE a été blâmée pour ne pas avoir réussi à relancer la croissance, alors qu'elle est responsable de la stabilité et qu'elle ne dispose pas d'instruments pour relancer directement la croissance ».
Le débat a également permis de tirer les leçons des référendums passés, et de s'interroger sur le processus de ratification. Tout en reconnaissant l'impact « hautement pédagogique » d'un référendum, Mario Monti a considéré qu'on ne devrait pas consulter directement les citoyens, lorsqu'il s'agit d'une question aussi complexe et qu'un traité international est en jeu, « car ils ne comprennent pas qu'il n'y a aucune marge de manoeuvre pour renégocier » .Tandis qu'Andrew Duff a déploré les campagnes « pathétiques » française et néerlandaise en faveur de la Constitution, par des hommes politiques « qui n'avaient pas compris le texte et qui avaient peu de crédibilité », Emily Von Sydow a salué le rôle « extraordinaire » joué par les médias en France. Face au désarroi de la salle, qui se demande « quel message doit-on donner aux gens ? », les membres du panel étaient également divisés quant à l'avenir de la Constitution. Andrew Duff considère que « la Constitution est morte, car les Britanniques n'accepteront jamais de voter sur un texte qui a été rejeté, et que les Français n'accepteront pas de voter une deuxième fois sur le même texte ». Il souhaite que l'expérience de la Convention soit renouvelée, mais que ses méthodes de travail soient reconsidérées. « Un site web ne saurait servir de substitut à des relations directes avec la société civile », a-t-il déclaré. Martin Selmayr, porte-parole de la Commission, a estimé au contraire que ce texte, qui a la signature de 25 Etats-membres, ne doit pas être mis aussi rapidement de côté. « Ce qui est certain, c'est que cet échec aura marqué cette génération de leaders politiques des institutions européennes, des partis politiques et des gouvernements, (…) et que si nous échouons de nouveau, nous en resterons au Traité de Nice, lequel, nous le savons, ne fonctionnera pas à 25 », a conclu Andrew Duff.