Bruxelles, 04/07/2005 (Agence Europe) - Alors que la Commission est en train de revoir le Code de conduite appliqué aux systèmes informatisés de réservation (SIR) ((CEE) n°2299/89), et examine dans quelle mesure le marché peut être déréglementé, les représentants d'opérateurs de voyages et de compagnies aériennes ont eu l'occasion de s'exprimer lors d'une conférence, organisée le 29 juin par la BTC (Business Travel Coalition), et intitulée « Les Systèmes Informatisés de Réservation en Europe: vers un nouveau cadre ? ».
Les systèmes informatisés de réservation collectent des informations sur les prix et les disponibilités de compagnies aériennes, d'hôtels et de compagnies de location de voitures, qu'ils transmettent aux agences de voyages et aux sites web qui gèrent les réservations. Les quatre principaux systèmes sont Sabre, Galileo, Worldspan et Amadeus, qui est le seul à appartenir encore à des compagnies aériennes, et non les moindres (Air France-KLM, Ibéria et Lufthansa). Les règles instaurées en 1989 visent à éviter une distorsion de concurrence entre les transporteurs aériens qui détiennent leur propre système et ceux qui n'en ont pas, d'une part en obligeant les transporteurs détenteurs d'un SIR à transmettre leurs données aux autres systèmes (principe de participation obligatoire), d'autre part en imposant aux SIR de donner un accès aux mêmes informations, à tous les transporteurs (principes d'égalité et de non-discrimination). Ainsi, Lufthansa, par exemple, doit également participer au système Galileo, même si elle détient toujours une part significative d'Amadeus (11,44%), à défaut de quoi les agences de voyages en Allemagne n'auraient pas d'autre choix que d'utiliser Amadeus pour accéder aux vols de cette compagnie.
Ces règles doivent cependant être révisées, en raison du développement d'Internet, qui offre un nouveau canal de distribution de services de voyages, mais surtout en raison des effets involontaires que ces règles ont engendrés. Ainsi, le principe de participation obligatoire ne permet pas aux transporteurs d'utiliser leur pouvoir de marché pour négocier de meilleures conditions avec les SIR. Une déréglementation totale, comme aux Etats-Unis, devrait donc permettre de renforcer la compétition entre les SIR et les transporteurs, se traduisant au final par un choix plus large et des prix plus bas pour les consommateurs. En décembre 2002, la DG TREN avait proposé la suppression des principes de participation obligatoire et de non-discrimination. C'est ce que souhaite Amadeus, son vice-président David V. Jones considérant que la participation des trois compagnies aériennes à son capital n'affecte en rien ses activités, car elles agissent dans leurs propres intérêts. Or, le rapport commandité par la DG TREN au Brattle Group en octobre 2003, montre clairement que, dans le cas d'une intégration verticale comme Amadeus, ou même d'une simple entente, « l'incitation à abuser de son pouvoir de marché existe ». Galileo et Sabre, rejoints par British Airways et BTC, ont créé la coalition C-FARE (Coalition for Fair Access to Reservations in Europe), afin de défendre des conditions de concurrence équitables et favorables à la fois aux agences de voyages et aux voyageurs. La C-FARE a déjà fait savoir à la Commission qu'elle s'oppose à une dérégulation totale dans une lettre ouverte, envoyée le 19 mai dernier aux Commissaires Jacques Barrot (transports), Neelie Kroes (concurrence) et Markos Kyprianou (protection des consommateurs). Elle demande à la Commission de garder les principes de participation obligatoire et de non-discrimination, au motif que les compagnies détentrices de SIR ont tendance à ne pas transmettre toutes leurs informations aux SIR concurrents, et que leurs SIR, en retour, fournissent des informations biaisées en leur faveur. D'après Galileo et Sabre, 90% des réservations en Espagne, 79% en Allemagne et 73% en France sont faites par Amadeus. Dans ces conditions, la disparition totale du Code de conduite aurait des effets anti-concurrentiels.