Bruxelles, 10/05/2005 (Agence Europe) - A l'initiative du libéral danois, Anders Samuelsen, l'ALDE a organisé, mardi 3 mai 2005, une conférence intitulée « Investir dans le futur: comment maximiser l'impact de l'aide au développement ».
La mauvaise gestion des affaires publiques en Afrique a été stigmatisée par plusieurs intervenants comme étant une des raisons principales des difficultés que connaît le continent pour se développer. Ousmane Sy, ancien ministre du Mali et lauréat 2004-2005 du Prix international Roi Baudouin pour le développement, pour son travail sur la gouvernance en Afrique, considère que le principal enjeu du développement est de donner de l'espoir dans un futur meilleur, en réformant la gouvernance par une approche décentralisée, qui respecterait et valoriserait les spécificités de la culture locale en Afrique. Créateur du Centre d'expertises politiques et institutionnelles en Afrique (CEPIA), il soutient que « l'aide n'aide pas au développement, elle installe au contraire une sorte d'insouciance et d'attentisme », tandis que la proximité permet une utilisation de l'aide publique plus efficace. Il prône un changement dans les mentalités et les négociations pour passer de l'aide au partenariat : les pays développés et en développement doivent définir ensemble les priorités et les moyens à mettre en œuvre, dans une attitude d'ouverture réciproque. Cette vision a été partagée par Andrew Jackson, directeur adjoint de la commission des Nations unies pour l'Afrique, qui a dit que « la gouvernance, c'est d'abord de la responsabilité de l'Afrique elle-même ». A ce propos, Anders Wijkman (PPE/DE, Suède) s'est dit peu convaincu par la méthode utilisée dans le Consensus de Copenhague, qui privilégie une approche verticale, alors que les stratégies de développement devraient, selon lui, être davantage équilibrées, horizontales et porter sur le long terme.
L'ancien directeur de l'Institut national danois pour l'Environnement et organisateur de la conférence sur le Consensus de Copenhague en mai 2004, Bjørn Lomborg, estime que l'aide au développement étant forcément limitée et la volonté politique fluctuante, il faut avoir une approche pragmatique et hiérarchiser les priorités. Ainsi, le panel d'économistes qui a travaillé lors de cette conférence a donné la priorité à la lutte contre les maladies (SIDA, paludisme et tuberculose), la malnutrition et le libre-échange, le changement climatique n'arrivant qu'en 17ème position, « parce que le problème de l'Afrique, c'est la croissance et que pour la croissance, on a d'abord besoin d'Africains en bonne santé, bien nourris et bénéficiant d'un environnement favorable pour vendre leur production », a expliqué M. Lomborg.
Alors que la révision de la politique européenne de développement (attendue en novembre 2005) et l'introduction de nouveaux instruments financiers pour l'action extérieure de l'UE sont en cours de discussion, Lieve Fransen, chef d'unité pour le développement social et humain à la Commission, a rappelé que ces trois maladies sont précisément au cœur des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), mais qu'il manque actuellement environ 14,9 millions de dollars US pour apporter une réponse véritablement efficace. Tandis que le Conseil et le Parlement ne sont toujours pas parvenus à un accord sur les prochaines perspectives financières, l'aide européenne apparaît indispensable. « C'est maintenant que nous devons donner des inflexions à notre politique de coopération au développement car sinon, l'Afrique devra encore passer son tour pour un siècle », a déclaré Mme Fransen.