Strasbourg, 23/04/2004 (Agence Europe) - En adoptant un rapport d'Elmar Brok (CDU), le Parlement européen a approuvé, jeudi, la conclusion de l'accord de coopération entre l'Union européenne et le Pakistan, et a demandé à la Commission de lui présenter, un an après l'entrée en vigueur de l'accord, un rapport sur sa mise en œuvre et sur ses répercussions en matière de droits de l'Homme et de démocratisation et, si aucune amélioration n'est constatée dans ces domaines, de prendre les mesures qui s'imposent (amendement de la Danoise Ulla Sandbaek).
Le Parlement a aussi adopté une résolution de l'Irlandais John Cushnahan (Fine Gael) sur la situation des droits de l'Homme et de la démocratie au Pakistan. Il reconnaît la décision difficile prise par le Pakistan de se joindre à la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme, mais il attire l'attention sur les élections législatives de 2002 qui ont fait l'objet de fraudes importantes et regrette que les forces armées continuent d'exercer une forte influence sur le gouvernement. Il est extrêmement préoccupé par les atteintes graves et récurrentes aux droits de l'Homme, notamment le traitement réservé aux femmes, le travail des enfants, le sort des minorités religieuses et celui des journalistes. Le Parlement constate que, alors que le président Musharraf souhaitait sévir contre le terrorisme et la culture du Jihad et que, après le 11 septembre 2001, il avait interdit de nombreux groupes extrémistes, ceux-ci ont tout simplement refait surface sous des noms différents et leurs dirigeants n'ont pas été poursuivis au titre de la loi antiterroriste. Le Parlement est inquiet du rôle du Pakistan dans la prolifération d'armes nucléaires et exige de lui un complément d'informations sur l'essai nucléaire du 30 mai 1998 au Béloutchistan, dont certains pensent qu'il s'est agi d'un essai conjoint pour la mise au point de l'arme nucléaire par la Corée du Nord (amendement du travailliste britannique Glyn Ford). Le Parlement exige la libération immédiate du leader de l'opposition Javed Hashmi (amendement du socialiste autrichien Hannes Swoboda).
Le respect des droits de l'homme laisse encore beaucoup à désirer au Pakistan, le traitement des femmes et de certaines minorités n'est pas acceptable, et les exportations de technologies nucléaires sont préoccupantes: pour une minorité du Parlement intervenue pendant le débat, ceci justifierait un "non "à l'accord, mais la majorité estime que dire "oui" permettrait justement d'exercer une plus forte pression pour mettre fin à ces injustices. La Troïka de l'UE a fait part en février dernier de tous ces soucis au Président Musharraf, a affirmé mercredi en plénière le président du Conseil, Dick Roche, convaincu que l'adoption de l'accord permettrait de mieux encourager la démocratie au Pakistan. C'est aussi la position du Commissaire Chris Patten: « dans l'ensemble », la Commission est pour l'accord, qui faciliterait l'évolution vers la démocratie et la solution de certains problèmes de société pakistanaise, dans laquelle M.Patten décèle par ailleurs une « vigueur » qui augure bien pour l'avenir. Cet accord doit être utilisé pour contrôler l'évolution au Pakistan, enchaîne le président de la commission des affaires étrangères, Elmar Brok, surtout encouragé par le fait que le Pakistan semble vouloir se placer du côté de ceux qui combattent le terrorisme. Ce contrôle doit être réel, exige, pour la commission des libertés, la Baroness Ludford, qui constate: la diaspora pakistanaise (présente surtout au Royaume-Uni) veut cet accord, et j'ai l'impression qu'ils ont raison. Il y a des « pour » et des « contre », reconnaît le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda, mais, dans une question ou rien n'est noir ni blanc, ce sont les « pour » qui l'emportent. Se sont exprimés dans le même sens les travaillistes britanniques Glyn Ford et Richard Howitt (on renouvelle bien les accords avec la Russie, l'Ouzbékistan et, avec Israël, a-t-il invoqué) ou le démocrate-chrétien allemand Jürgen Schröder. Non à cet accord, s'écrient en revanche Catherine Guy-Quint (on traite ici avec un régime issu d'un coup militaire, avertit la socialiste française) et le Vert suédois Per Gahrton. Et, surtout, le rapporteur, l'Irlandais John Cushnahan (Fine Gael) qui considère que le Conseil et la Commission, en légitimant un régime quasi-militaire, ne sont que les « pantins » des gouvernements britannique et américain. Chris Patten se reconnaît mal dans ce portrait « assez bizarre », tout en respectant les sentiments qui animent M.Cushnahan. A une question d'Ulla Sandbaek (Europe des démocraties et des différences, danoise), qui lui demandait d'appliquer la clause de l'accord prévoyant une suspension en cas de non respect des droits de l'homme, M.Patten a répondu que la Commission « n'est pas prête à accepter pour cet accord des procédures qu'elle n'applique pas pour d'autres » dans des conditions semblables. Mais cette clause existe et, selon M.Patten, il sera plus facile d'assurer son respect si l'accord est en vigueur.