Ankara, 16/01/2004 (Agence Europe) - Après ses entretiens à Ankara avec le Président, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères turcs, ainsi qu'avec des représentants du monde économique et de la société civile, Romano Prodi a prononcé le 15 janvier à la Grande Assemblée nationale turque un discours dans lequel il a rappelé qu'il était le premier président de la Commission européenne à visiter la Turquie, après Walter Hallstein en 1963 (l'accord d'association UE/Turquie ouvrant une perspective d'adhésion entrait en vigueur en décembre 1964: NdlR).
Dans son discours, M.Prodi a tenu à souligner le rôle que la Turquie a joué en faveur de la stabilité et de la sécurité en Europe à l'époque de la guerre froide, ainsi que l'ampleur de ses réformes dans les dernières années. La capacité de la Turquie de se rapprocher de l'Union dépendra avant tout de "sa propre capacité de remplir les critères politiques de Copenhague, pas seulement en termes juridiques, mais aussi en termes pratiques", a-t-il souligné. "Ces critères n'ont pas été inventés pour la Turquie, mais s'appliquent de manière égale à tous les candidats"¸ a rappelé M.Prodi (voir EUROPE d'hier, p.6, au sujet de sa conférence de presse avec M.Erdogan).
Le Président de la Commission s'est dit conscient de "l'impressionnant niveau du consensus existant en Turquie en faveur de l'adhésion à l'Union européenne"."En fait, il semble y avoir un soutien quasi unanime à la stratégie de modernisation", a-t-il noté. Mais il a averti: "Cependant, il y a des soucis quant à la manière de laquelle la Turquie est perçue au sein de l'UE. Et c'est vrai que les relations UE/Turquie font de plus en plus l'objet d'un débat public. Contrairement à la situation en Turquie, dans l'UE l'opinion publique n'est pas unanimement en faveur d'une adhésion turque. Selon moi, il est important que les leaders politiques de l'UE et Turquie reconnaissent et gèrent cette réalité politique. Il y a ceux qui sont préoccupés par la dimension religieuse. D'autres ont posé le problème de la capacité de l'Union d'intégrer un pays de la taille et de l'importance démographique de la Turquie, de son développement économique et de sa situation géographique. Nous devons répondre à ces préoccupations".Dans ce contexte, M.Prodi a regretté l'échec de la CIG, en déclarant: "l'architecture institutionnelle de l'UE doit être redessinée (...). En vue de l'élargissement, ces réformes sont plus importantes que jamais. La Turquie, par sa participation au travail de la Convention européenne, a contribué par son expérience et sa créativité à cette tâche commune". M.Prodi a évoqué aussi devant les parlementaires turcs le problème d'un "plein contrôle démocratique des militaires, y compris une pleine maîtrise parlementaire sur le budget de la défense".
Quant à Chypre, M.Prodi a répété: "Chypre entrera dans l'UE le 1er mai 2004. Ce serait une source d'inspiration pour nous tous si les Chypriotes grecs et turcs pouvaient adhérer ensemble à l'UE (...). Je suis convaincu qu'un règlement global d'ici le 1er mai serait dans l'intérêt non seulement de tous les Chypriotes, mais de toute la Méditerranée orientale. Un règlement faciliterait aussi considérablement les aspirations de la Turquie à l'adhésion et influencera clairement les décisions à prendre dans la deuxième moitié de cette année (...). Ceci n'est pas une condition formelle, mais une réalité politique".