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Bulletin Quotidien Europe N° 8386
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Deuxième série de "prix européens" pour des articles sur l'Europe d'écrivains français (Pascal Bruckner, Maurice Druon, Patrick Besson)

Les experts m'ont assuré que, tant que le mois de janvier n'est pas terminé, il est encore temps de distribuer des prix au titre de l'année précédente. Me revoici donc à suggérer une deuxième série de prix européens 2002, après celle publiée dans cette rubrique du 11 janvier. Les trois nouveaux prix ont une caractéristique commune: ils sont attribués à des écrivains français qui ont consacré à l'Europe des articles spécifiques. Le jury a octroyé, sans possibilité d'appel, les prix européens suivants:

1. Prix de la lucidité à Pascal Bruckner, écrivain et essayiste, pour l'article publié dans le quotidien (de gauche) "Libération" du 2 décembre 2002. La motivation réside dans les passages suivants (qu'il n'est pas obligatoire de partager à 100%): "Depuis un demi-siècle, l'Europe est habitée par les tourments du repentir. Ruminant ses crimes passés, l'impérialisme, le fascisme, le stalinisme, elle ne voit dans sa longue histoire qu'une continuité de tueries et de pillages qui ont abouti aux deux conflits mondiaux. L'Européen moyen, homme ou femme, est un être d'une sensibilité extrême toujours prêt à s'apitoyer sur les malheurs du monde, à s'en attribuer la responsabilité (…). N'en doutons pas: le même raisonnement eût prévalu si les terroristes avaient détruit la tour Eiffel ou Notre-Dame: on nous frappe, donc nous sommes coupables (…). L'Europe a sans doute enfanté des monstres; elle a du même geste enfanté les théories qui permettent de détruire les monstres (…). L'aventure coloniale est morte de cette contradiction fondamentale: assujettir des continents aux lois d'une métropole qui leur inculquait par ailleurs l'idée nationale et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (…). Nous n'aurions qu'une obligation, expier sans fin nos forfaits. Voyez la vague de repentance qui gagne comme une épidémie nos latitudes et surtout les principales Eglises. (…). Comment expliquer que tant de monde veuille devenir européen, nous rejoindre ? (…). La démocratie européenne est devenue un espace d'une grande diversité, où il fait bon vivre, se réaliser, s'enrichir si possible, dans le voisinage de chefs-d'œuvre culturels (…). Ce résultat ne suffit pas. Nous devons retrouver une vocation historique digne de notre prospérité (…). Ou nous retrouvons nos capacités civilisatrices et l'orgueil de soi, ou nous serons vassalisés avec notre consentement. Auquel cas notre maison commune se réduirait à un camp de vacances luxueux, toujours prêt à abdiquer sa liberté pour un peu plus de calme et de confort."

2. Prix Flaubert (section « dictionnaire des idées reçues ») à Maurice Druon, de l'Académie française, pour son article "l'Europe: un marché ou une puissance?" publié dans « le Figaro » du 16 décembre 2002. Nous pouvons y lire notamment: "La Commission de Bruxelles, faute de recevoir ses instructions d'un pouvoir exécutif et d'être contrôlée par lui, n'a de cesse de s'enfler et de se saisir de toutes les compétences laissées à sa portée (…). Faute de freins ou de balises, elle est devenue pléthorique: près de 50.000 fonctionnaires. Voilà des années que la Commission exaspère toutes les professions par des directives d'une insupportable et parfois délirante minutie. À décider de la longueur des queues de cerises, la Commission va amener tous les pays européens à produire des biens de consommation rigoureusement identiques. De surcroît, le même esprit l'anime dans les négociations." On pourrait croire à une satire spirituelle des lieux communs qu'on entend sur la bureaucratie de Bruxelles. Le malheur est que notre Académicien a écrit ça le plus sérieusement du monde. Ce prix lui revient donc de droit.

3. Prix de l'humour à Patrick Besson, romancier et essayiste, pour son article sur les élargissements futurs de l'Union, publié dans le premier numéro de la revue "Salamandra". Il nous informe que la Commission européenne s'est réunie "pendant dix-huit semaines", afin d'examiner huit nouvelles candidatures à l'adhésion. Pour le premier pays, la Tasmanie, "l'éloignement géographique tout relatif n'est nullement en cause; mais la Commission a jugé qu'elle ne jouirait pas, dans l'Union, de toute la considération à laquelle elle a droit". Les îles Kerguelen sont accueillies grâce à leur passé francophone. Le Chili pose un problème: Pinochet est toujours en liberté, ce qui "déplaît fortement aux démocrates espagnols." Or, "tous nos partenaires européens d'Outre-Atlantique doivent bien comprendre que l'Europe au sens large du terme (elle regroupe déjà 101 pays) est une entité démocratique qui ne saurait tolérer aucune exception". Les îles Fidji sont acceptées avec les félicitations de la Commission, grâce à la qualité de leurs plages, certifiée par le comité Europe-Pacifique Ecologie. Le Groenland est bien sûr européen, mais les subventions à ses agriculteurs risquent d'être trop chères. Les Colombiens parlent espagnol, preuve de leur caractère européen, mais le problème de la cocaïne pose quelques difficultés. Le Libéria est plus proche de Bruxelles que Fidji, mais l'état de son économie est déplorable. Le Koweït entrera car il "a toujours été, est et sera toujours européen", ainsi que le prouve la guerre que les Etats-Unis et l'UE ont fait ensemble pour "sauver leur ami européen" agressé. (F.R.)

 

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