Bruxelles, 17/06/2002 (Agence Europe) - Le chancelier Schröder a réitéré que l'Allemagne ne sera pas prête à négocier avec les pays candidats sur les aides directes à leurs agriculteurs tant que l'UE n'aura pas décidé les grandes lignes de la réforme de la politique agricole commune (Pac). La Commission présentera en juillet ses propositions sur la révision "à mi-parcours" de la PAC, et c'est seulement sur la base des "premiers résultats" de cette réforme que l'Allemagne va décider quelle offre elle pourra faire aux pays candidats en matière d'aides directes, écrit M. Schröder dans un commentaire pour la "Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung" du 16 juin. Pour lui, cette offre de l'UE (c'est-à-dire la position commune de négociation des Quinze) ne pourra être présentée que lors du Sommet européen de Copenhague en décembre prochain, lors duquel l'UE envisage de conclure l'ensemble des négociations d'adhésion avec jusqu'à dix futurs nouveaux membres. "Chacun comprendra que nous ne pourrons pas négocier avec les candidats sur les aides directes tant que nous ne connaissons pas ces propositions" de réforme, et tant que les "premiers résultats" de cette réforme ne seront pas connus", affirme M. Schröder. Pour l'Allemagne, cette réforme de la Pac devra notamment aboutir à une réduction générale des aides directes et, par conséquent, à une nette diminution des dépenses agricoles dont un quart est payé par l'Allemagne. Afin de ne pas retarder le processus d'élargissement (M. Schröder insiste dans son article sur le fait que l'Allemagne a toujours été - et restera - un fervent défenseur de l'élargissement), le chancelier propose de laisser momentanément de côté les aides directes et de poursuivre les négociations d'adhésion sur les 95% restants du dossier agricole, en attendant le Sommet de Copenhague. L'Allemagne est soutenue sur ce point par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède. M. Schröder a aussi réitéré la position allemande selon laquelle les aides directes ne font pas partie de l'acquis communautaire et que les pays candidats n'ont pas le droit de réclamer leur inclusion automatique dans cette partie de la Pac. "Selon les décisions du Sommet de Berlin en mars 1999, les aides directes ne sont prévues que pour les agriculteurs dans les anciens Etats membres, afin de compenser les réductions de prix. On peut regretter cela; je dois reconnaître que je n'en suis pas content non plus", écrit M. Schröder, en ajoutant: "Mais c'est un fait: l'Agenda 2000, qui a été approuvé à Berlin par l'ensemble des quinze pays membres, ne prévoit pas de financement pour des aides directes en faveur des pays candidats". L'extension de la Pac, dans sa forme actuelle, à une Union élargie de 25 membres entraînerait une hausse annuelle des dépenses agricoles de 8 milliards d'euros. "L'Allemagne, à elle seule, aurait à supporter un quart de cette somme, soit deux milliards d'euros par an", souligne M. Schröder. "Nous ne pouvons accepter cela, même si nous le voulions", car l'Allemagne s'est engagée auprès de ses partenaires européens à présenter d'ici 2004 un budget en quasi-équilibre, explique le chancelier. Et d'ajouter: "L'Allemagne a atteint la limite de ce qu'elle peut supporter financièrement. Si j'acceptais aujourd'hui l'extension du système des aides directes, le Commissaire Solbes pourrait déjà commencer, dès demain, à rédiger toute une série de lettres bleues" (l'avertissement aux Etats membres prévus par le Pacte de stabilité). M. Schröder réfute aussi l'idée (soulevée par l'opposition en Allemagne) d'un co-financement national des aides directes en indiquant qu'une telle proposition se heurterait non seulement à l'opposition farouche de la France (comme ce fut déjà le cas à Berlin en 1999), mais elle discriminerait aussi les futurs nouveaux membres qui n'ont pas tous les moyens financiers pour co-financer les paiements directs à leurs agriculteurs. La seule "voie réaliste" est de lancer la réforme de la Pac le plus rapidement possible, afin de pouvoir se prononcer sur les aides directes en décembre, estime M. Schröder.
Entre-temps, la Commission européenne a réitéré sa position: les aides directes font partie de l'acquis et les nouveaux membres ne pourront pas être exclus de ce système de soutien, a souligné un porte-parole, notant que le cadre financier décidé à Berlin permet d'octroyer ces aides directes selon un système de "phasing-in" au cours d'une période de 10 ans.