Strasbourg, 17/06/2002 (Agence Europe) - La dernière réunion, mardi dernier à Strasbourg, de la délégation du Parlement européen à la Convention européenne a montré qu'une certaine grogne, doublée d'une impatience grandissante face à la nature incertaine du produit final censé sortir de la Convention, se développe à l'égard du président Giscard d'Estaing. De nombreux députés, parmi lesquels Elena Paciotti (Democratici di Sinistra) ou la démocrate-chrétienne néerlandaise Hanja Maij-Weggen, ont critiqué l'attitude du président de la Convention. Le vert autrichien Johannes Voggenhuber a dit avoir le sentiment que les intentions des Conventionnels n'entrent pas en ligne de compte quand elles ne correspondent pas aux idées personnelles du président. Evoquant des déclarations de M. Giscard d'Estaing selon lesquelles il ne ferait pas de propositions que les gouvernements ne voudraient pas, M. Voggenhuber a dit craindre que le président "descende du Sinaï avec un projet que la Convention ne pourrait plus modifier". Ce sont les socialistes français Olivier Duhamel et Pervenche Berès qui ont pris la défense de Valéry Giscard d'Estaing qu'ils qualifient de "bon président" dont la délégation du Parlement devrait utiliser les talents. L'élu du Partido popular Inigo Mendez de Vigo a dit quant à lui que le président de la Convention considère le PE comme son allié, mais, avec le social-démocrate Klaus Hänsch, il a fait part de sa frustration devant le manque de clarté sur l'objectif final de la Convention. M. Hänsch, qui représente le PE avec M. Mendez au présidium de la Convention, a souligné que toutes les tentatives faites au présidium pour obtenir la définition d'un objectif final ont échoué et, a-t-il pris soin de préciser, "pas à cause de M. Giscard d'Estaing". Pour le démocrate-chrétien français Alain Lamassoure, cette absence d'accord sur l'objectif final et les craintes de "faire de la peine" à tel ou tel gouvernement empêchent la Convention de se mettre réellement au travail et risquent de la transformer en une "super-CIG" qui ne parviendra qu'à s'auto-censurer. Pour relancer la dynamique, Mme Paciotti a proposé que le PE rédige lui-même un projet de texte constitutionnel, sur la base des travaux de l'Institut de Florence et des positions déjà exprimées par le Parlement. Elle a reçu le soutien du démocrate-chrétien allemand Joachim Wuermeling et de M. Duhamel, mais M. Mendez de Vigo a appelé à la prudence en soulignant qu'une proposition globale pourrait susciter des réactions négatives de la part des autres conventionnels.
Quant au social-démocrate allemand Jo Leinen, il note dans un communiqué que M. Giscard d'Estaing fait le tour des capitales alors que "personne au sein de la Convention ne peut apprendre ce qui s'est dit à huis clos". Ceci laisse croire que le Président Giscard "mène avec les chefs d'Etat et de gouvernement des grands Etats membres des consultations secrètes sur des résultats essentiels de la Convention", estime M. Leinen, qui constate que, d'après plusieurs interviews, "il apparaît, que pour lui, le "gouvernement" de l'UE n'est pas la Commission européenne, mais le Conseil européen". Cette approche intergouvernementale est en contradiction avec les déclarations de la plupart des conventionnels, dit M. Leinen, qui se demande si la Convention" sera en mesure de maintenir sa propre indépendance ou si ses résultats seront décidés à l'extérieur". Selon lui, le présidium "devrait exercer son leadership et présenter des textes concrets, sinon il y a un réel danger que le président présentera, avec quelques gouvernements, un texte dont la Convention ne pourra plus amender l'essentiel".