Strasbourg, 12/06/2002 (Agence Europe) - En accueillant le Roi de Jordanie, mercredi à Strasbourg, le président du Parlement européen, Pat Cox, a rappelé que cette visite du souverain hachémite s'inscrit dans une tradition qui a vu le Roi Hussein, son père, prendre à deux reprises la parole devant le PE en 1983 et 1991. Il a souligné que cette visite intervient aussi alors que s'ouvre une nouvelle phase dans les relations entre l'UE et la Jordanie, après l'entrée en vigueur, le 1er mai dernier, de l'Accord d'association avec ce pays dont il a salué le rôle positif dans le processus de Barcelone et le développement du dialogue euroméditerranéen (voir EUROPE d'hier, p.13). "Nous nous réjouissons, Sire, de votre engagement pour la cause des femmes dans la société jordanienne", a dit M. Cox en affirmant que l'Union aidera la Jordanie à renforcer le pluralisme politique, le rôle de la société civile et le respect des droits de l'Homme. Rappelant que le Roi Hussein avait eu, en 1994, "le courage de signer un accord de paix avec Israël", le président Cox a salué le rôle important que joue aujourd'hui son fils en essayant d'étendre la paix à toute la région.
"Je n'ai pas besoin de vous dire que votre travail offre des leçons au monde", a dit le Roi Abdallah qui a souligné le caractère exemplaire de la construction européenne qui prouve qu'après les plus terribles conflits des peuples de nations différentes peuvent créer ensemble un avenir de paix. Et, après avoir cité la phrase de Jean Monnet "nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes", il a dit: "Votre parlement a été à l'épicentre de cette réalisation. Vous avez construit des ponts, là où d'autres encourageraient la division". "Il n'est pas exagéré de suggérer qu'aujourd'hui, vous n'avez pas de partenaires plus importants que les pays du sud de la Méditerranée. Notre relation est riche de millénaires d'expérience partagée et d'intérêts mutuels. Ma région est le berceau de notre histoire commune et des trois grandes religions monothéistes. Depuis des siècles, nous sommes liés à l'Europe au travers de ce que l'historien renommé Fernand Braudel a baptisé les "civilisations chevauchantes"", a poursuivi le Roi Abdallah avant d'affirmer: "Nous partageons les promesses du XXIème siècle et nous partageons tout autant ses risques et ses dangers. Le besoin urgent de développement, les démons du terrorisme, la menace des armes de destruction massive, l'occupation de la Palestine nous affectent tous". Et tout en soulignant la gravité des défis qui doivent être relevés en commun, il a salué l'action du Parlement européen: "Au moment où les ennemis de notre amitié historique risquaient de tirer avantage de la confusion et des peurs (…), vous vous vous êtes exprimé avec clarté et avec force contre le fait de prendre pour cible des Arabes et des musulmans innocents. Vous avez exprimé un engagement pour un monde de tolérance, de compréhension et de progrès partagés". "Ne permettons jamais aux opportunistes de provoquer une guerre de civilisation", a-t-il ajouté en insistant sur la nécessité de lutter contre les stéréotypes et de promouvoir la démocratie, la liberté, le respect de la diversité. Il faut "ouvrir les portes à la prospérité et à l'espoir pour tous nos peuples", a dit le Roi, en soulignant que la moitié du monde arabe a moins de 18 ans. "Nos jeunes gens, comme les vôtres, veulent faire partie du XXIème siècle. Mais un trop grand nombre d'entre eux sont privés de ce qui rend notre époque si prometteuse: l'innovation, les nouvelles connaissances, l'emploi et la prospérité. Trop perçoivent comme infranchissable le fossé qui sépare l'Occident qui a tout du reste du monde qui n'a rien. Cette division offre un terreau fertile aux haines et aux conflits (…). L'Europe a un rôle particulier à jouer, au travers de ses partenariats, pour donner aux jeunes gens l'opportunité de l'espoir", a affirmé Abdallah II avant d'évoquer la contribution que l'Accord d'association peut apporter au développement des relations économiques avec son pays qui devrait cependant pouvoir bénéficier d'un soutien immédiat pour sortir de son endettement. Il a rappelé dans ce contexte que la Jordanie a eu en 2001 une croissance de 4,2%, mais que l'absence de paix dans la région lui a coûté au moins 1% de croissance. Insistant sur la nécessité de "mettre un point final au conflit" et sur l'initiative adoptée par les pays arabes à Beyrouth, il a déclaré: "Aujourd'hui, nous avons un besoin urgent que l'Europe prenne un rôle de leadership (…). Une coalition internationale composée des Etats-Unis, de l'Europe, de la Russie, des pays arabes et d'autres devrait apporter le soutien - en termes de sécurité, d'économie et de politique - dont les Israéliens et les Palestiniens ont besoin (…) pour croire en la route qui mène vers la paix". Et, citant à nouveau Jean Monnet - "Quand on est déterminé sur l'objectif que l'on veut atteindre, il faut agir sans faire d'hypothèse sur le risque de ne pas aboutir. Aussi longtemps que vous ne l'avez pas essayé, vous ne pouvez pas dire qu'une chose est impossible" -, le Roi a conclu: "Aujourd'hui, je sais que la paix est possible. Mais elle ne deviendra réalité que si nous agissons tous. Ensemble, nous pouvons créer une destinée collective pour donner espoir à tous nos peuples. Mais agissons maintenant, agissons de manière décisive".
Le président Cox a salué dans ce discours celui d'un "dirigeant qui a des convictions, est doué de raison et qui a une vision" et il a remercié le roi d'avoir "touché notre raison et fait appel à notre émotion".
Session plénière du Parlement européen (suite et fin)