Bruxelles, 27/03/2002 (Agence Europe) - Le négociateur en chef de la Pologne pour les négociations d'adhésion, Jan Truszczynski, est venu mardi expliquer devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen (présidée par Elmar Brok, PPE allemand) que la nouvelle stratégie du gouvernement de Leszek Miller (en place depuis l'automne 2001) est d'accélérer les négociations sur les nombreux chapitres techniques encore en suspens et, si possible, de les conclure avant la fin de la Présidence espagnole en juin prochain. Toute l'attention nécessaire pourra ainsi être focalisée, au cours de la deuxième moitié de 2002 (sous présidence danoise) sur le règlement des trois principaux dossiers à forte implication financière et politique, à savoir l'agriculture, la politique régionale et le budget. La Pologne a déjà enregistré, la semaine dernière, un succès incontestable en clôturant les négociations sur deux chapitres très sensibles, à savoir la libre circulation des capitaux (y compris la délicate question de l'achat des terres agricoles en Pologne par des citoyens communautaires non-Polonais) et la fiscalité (où l'obtention d'une période transitoire jusqu'en 2009 sur la taxation des cigarettes était considérée par le gouvernement polonais comme essentielle pour des raisons sociales, mais aussi pour maintenir l'appui populaire en faveur de l'adhésion du pays à l'UE). M.Truszczynski s'est félicité de l'attitude "très positive et compréhensive" de l'UE sur ces dossiers, notant avec grande satisfaction que les Etats membres ont pris en compte la "situation spéciale" de la Pologne sur ces deux sujets.
Il n'en demeure pas moins que beaucoup de travail reste à faire si la Pologne veut réussir le pari de "débarrasser" la table de négociation d'ici mi-2002, pour faire place aux grandes discussions finales sur les trois grands thèmes mentionnés ci-dessus. Parmi les principaux problèmes à résoudre d'ici là, M.Truszczynski a cité les chapitres suivants: - justice et affaires intérieures. Le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour assurer l'introduction de visa pour les citoyens de Russie, Ukraine et Bélarus à partir du 1er juillet 2003, ce qui permet à la Pologne de s'aligner sur la politique de visa de l'UE. Interrogé par des députés européens sur l'avenir des relations entre l'UE et l'Ukraine (et notamment des multiples contacts transfrontaliers quotidiens qui caractérisent aujourd'hui la frontière entre les deux pays), M.Truszczynski a souligné que son pays allait tout faire pour faciliter au maximum les conditions d'obtention et d'utilisation des visas. Le négociateur de la Commission pour la Pologne, Françoise Gaudenzi, a estimé qu'il y a toujours "certains problèmes de mise en oeuvre (de l'acquis) à clarifier", notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières extérieures, la politique de visa, mais aussi à propos de Kaliningrad. L'intention est de conclure les négociations sur ce chapitre très rapidement, a dit M.Truszczynski; - transports. La Pologne vient de modifier sa position de négociation sur ce sujet, affirmant qu'elle est prête à libéraliser entièrement le transport routier avec l'UE (trafic international et cabotage) dès le premier jour de son adhésion. L'UE, par contre, demande une période transitoire allant jusqu'à 5 ans pour le cabotage routier; - pêche. Il s'agit d'un chapitre important pour la Pologne, mais aussi d'un chapitre complexe et difficile, dont les principaux problèmes sont liés à la mise en oeuvre pratique de l'acquis existant, a estimé Mme Gaudenzi; - politique de concurrence. Le gouvernement polonais travaille actuellement à une nouvelle position à prendre sur les fameuses "zones économiques spéciales" (ZES) dans lesquelles la Pologne a accordé aux investisseurs étrangers des aides fiscales incompatibles avec le droit communautaire et pour lesquelles Varsovie a initialement demandé une période transitoire allant jusqu'en 2017 (jugée inacceptable par l'UE). Il s'agit maintenant de transformer ces aides (octroyées à long terme) en aides compatibles avec les règles de concurrence de l'UE.
M.Truszczynski a aussi souligné tous les efforts que son gouvernement fait pour augmenter la capacité administrative du pays car, comme l'a aussi dit Mme Gaudenzi, "sans capacité administrative suffisante, il n'y aura pas d'élargissement valable". La lutte contre la corruption est également une priorité du gouvernement Miller, a dit le négociateur en chef polonais. Interrogé par plusieurs députés européens sur la politisation de l'administration polonaise, M.Truszczynski a affirmé que le recrutement administratif dans les ministères se faisait sur base des connaissances et qualifications individuelles, et non en fonction des relations personnelles ou de l'affiliation politique. Interpellé par la verte allemande Elisabeth Schrödter sur l'état de préparation de la population polonaise à l'adhésion, M.Truszczynski a admis qu'il restait beaucoup de travail d'information à faire; la stratégie de communication et d'information du gouvernement polonais démarrera en mai prochain et visera à préparer les citoyens au référendum qui devrait avoir lieu au cours de la seconde moitié de 2003. L'intervention de l'église catholique polonaise dans le débat européen (en prenant clairement position en faveur d'une adhésion à l'UE) a été évoquée par Jacques Poos (lux., PSE), mais M.Truszczynski a défendu la position prise par l'église en estimant qu'en tant que "leaders d'opinion" en Pologne, les membres du clergé ont aussi le droit d'exprimer leurs opinions en restant fidèles à leur "responsabilité éthique et morale".