Bruxelles, 25/03/2002 (Agence Europe) - Le ministre turc des Affaires étrangères demande "beaucoup de pragmatisme" dans une relation entre l'Union européenne et la Turquie qui est pour lui "une relation de raison plus que d'amour". Invité par la nouvelle Fondation Europe-Turquie à débattre lundi de "la Turquie et l'avenir de l'Europe" aux côtés du Commissaire Barnier, Ismail Cem a beaucoup insisté sur la nécessité de dépassionner les débats, dans les discussions UE-Turquie comme au sein même de la Turquie. Ce sont pour Ismail Cem les "intérêts convergents", propres à un mariage de raison, qui constituent "la plus forte dynamique pour l'adhésion". En soulignant que la Turquie "n'est pas un candidat comme les autres", ne serait-ce qu'en terme de population. Ismail Cem a critiqué "certains cercles politiques, certaines personnes" dans l'UE qui sont opposées à l'adhésion de la Turquie, soit parce qu'elles craignent la concurrence de la main-d'œuvre turque, soit parce qu'elles estiment que l'Europe est "une zone chrétienne, romaine" ou encore parce qu'elles ont "une image exagérée de certains points du processus démocratique de la Turquie où celle-ci à quelques retards". M. Cem a aussi dénoncé la tentation d'une attitude "colonialiste" de certains. Pour ce qui est de la Turquie elle-même, il a estimé que les Turcs mettent "parfois trop d'émotions" à propos de leur relation avec l'Union européenne, "sans regarder la réalité", en lui attribuant soit tout le bien soit tout le mal qui arrive en Turquie.
L'attitude de l'Union européenne, même "involontairement", "encourage l'intransigeance des Grecs chypriotes", selon le ministre turc des Affaires étrangères, qui dénonce le fait que l'UE dise aux Chypriotes grecs que quoi qu'ils fassent dans les discussions avec les Chypriotes turcs, cela "n'influencera pas leur adhésion à l'UE". "L'UE a une obligation morale et juridique envers les deux parties de Chypre", a-t-il souligné. Le ministre turc des Affaires étrangères s'est aussi plaint de ce que "certaines des préoccupations (de la Turquie) ne sont pas prises en compte". Sans citer nommément le PKK, il a critiqué le fait que certaines "organisations terroristes installées en Europe de l'Ouest" n'aient pas été considérées comme telles dans certains pays.
Dans son discours, le Commissaire Michel Barnier n'a pas répondu aux interrogations qu'il a qualifiées d'extrêmement franches d'Ismail Cem, mais il a consacré son intervention aux enjeux et objectifs de la Convention sur l'avenir de l'Europe. Il a souligné l'importance pour les pays candidats de participer à ce débat et a tout particulièrement encouragé la Turquie à "intensifier son travail d'explication" auprès des Quinze. Ismail Cem devait ensuite rencontrer, en fin d'après-midi, le Commissaire européen à l'élargissement, Günter Verheugen.