Bruxelles, 25/03/2002 (Agence Europe) - Le ministre italien des Transports, Pietro Lunardi, rencontrait ce lundi à Bruxelles les Commissaires européens aux transports, Loyola de Palacio, et au marché intérieur, Frits Bolkestein, pour leur faire part des doléances italiennes à propos de la fermeture du tunnel du Mont-Blanc aux camions. Le Commissaire Bolkestein a indiqué à l'issue de la rencontre que la Commission avait adressé une demande d'information à la France pour qu'elle justifie la fermeture du tunnel. Paris a cinq jours pour répondre, avant que la Commission ne décide d'ouvrir une procédure d'infraction pour entrave à la libre circulation. Il n'y a pas nécessairement infraction si la fermeture est justifiée pour des raisons de sécurité, a précisé le Commissaire. La question devrait être abordée lors du Conseil Transports mardi, dans le cadre d'une discussion plus générale sur le transit routier dans les Alpes, incluant la question du transit en Autriche et en Suisse.
Lors d'une réunion conjointe Italie/France le 5 mars, le ministre français des Transports, Jean-claude Gayssot s'était engagé à réouvrir le tunnel aux voitures le 9 mars et le 25 mars aux camions. Les engagements ont été tenus pour les voitures mais pas pour les camions. Or, a souligné Pietro Lunardi devant la presse, "la France n'a donné aucune raison technique ou de sécurité pour justifier son refus (d'ouvrir le tunnel aux poids lourds). Il semble qu'il s'agisse de motivations relevant purement de la politique intérieure, et qui créent une situation d'urgence pour les routiers". La fermeture du tunnel depuis l'accident de mars 1999 a coûté 2,58 milliards d'euros à l'économie italienne, a-t-il indiqué. Le ministre français avait déclaré la semaine dernière que, à terme, "au moins 35% des camions passant actuellement par le tunnel du Fréjus" repasseront par le Mont-Blanc, mais "après trois ans d'interruption, une phase expérimentale est nécessaire. Elle sera réservée aux plus petits camions".
La Commission n'a pas encore de preuve d'infraction à la législation sur la libre circulation, mais examinera les plaintes qui lui seront présentées, a indiqué lundi Jonathan Todd, porte-parole du Commissaire Bolkestein, avant la rencontre des Commissaires et du ministre italien. Gilles Gantelet, porte-parole de Mme de Palacio, a remarqué pour sa part qu'il existe un "réel problème d'asphyxie de la région", depuis la fermeture du tunnel et le report du trafic vers le tunnel du Brenner et du Fréjus. Depuis la fermeture du Mont-Blanc, 1,6 million de camions passent chaque année par la vallée de la Maurienne et le tunnel du Fréjus. "Il faudra voir pourquoi le tunnel n'a pas été ouvert aux poids lourds et s'il y a de réelles raisons de sécurité", a-t-il précisé. Il a souligné que la Commission a insisté dans son Livre blanc sur l'avenir des transports en Europe sur la nécessité de développer des infrastructures alternatives à la route.
Le projet de ferroutage Lyon/Turin, dont le chantier a été lancé la semaine dernière par les ministres français et italien des Transports, est "une urgence", a-t-il remarqué, en regrettant que le projet actuel prévoit un tunnel à un tube, au lieu de deux comme le préconise la Commission pour éviter que des accidents comme celui du Mont-Blanc ne puissent se reproduire. D'un coût total de 11 milliards d'euros, le tunnel ferroviaire de la ligne Lyon-Turin est programmé pour 2015, mais pourrait être prêt vers 2012, assurent les autorités françaises. Cette ligne devrait transporter un million de camions par an. Parallèlement, les capacités de la ligne Dijon-Modane-Italie devraient être augmentées pour transporter 35.000 à 50.000 camions par an vers 2007.