Saragosse, 25/03/2002 (Agence Europe) - Les ministres européens de la Défense, lors de leur réunion informelle à Saragosse, ont confirmé qu'il n'y aurait pas d'intervention européenne en Macédoine avant la conclusion d'un arrangement définitif avec l'OTAN sur l'utilisation des capacités de l'Alliance atlantique pour des opérations menées par l'Union européenne. Après une discussion à huis clos, d'une demi heure, samedi 23 mars au matin, avec le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, au sujet des perspectives de cette intervention, les ministres ont reconnu aussi qu'une intervention ne pourrait avoir lieu qu'après les élections du 15 septembre en Macédoine et après des discussions approfondies avec les Etats-Unis sur les modalités de leur éventuel retrait de la région. Le Royaume-Uni et la Grèce ont souligné durant les débats qu'une intervention européenne ne devra pas apparaître, aux yeux de la population, comme un désengagement des Etats-Unis de la région, indique un diplomate européen.
Javier Solana a rappelé devant la presse les termes définis lors du Sommet de Barcelone: l'UE est prête à prendre le relais de la mission de l'OTAN "Amber Fox" en Macédoine s'il y a « une nécessité et une demande », mais il faut auparavant que l'UE et l'OTAN concluent un accord définitif sur la sécurisation des échanges de documents et un accord permanent sur l'utilisation des capacités de commandement, de communication et de planification de l'Alliance atlantique. « Nous sommes proches d'un accord entre nous sur la sécurité », a-t-il assuré.
Quant à l'accord sur l'utilisation des moyens de l'OTAN, bloqué par la Grèce, Javier Solana devrait se rendre à Athènes à la mi-avril pour négocier, après avoir entamé avec la Présidence espagnole, vendredi dernier à Madrid, les contacts au niveau technique avec la Grèce, selon le mandat que leur a confié le Sommet de Barcelone. « Je pense que nous pourrons parvenir à une solution dans des délais relativement brefs », a indiqué le Haut Représentant en assurant que, selon lui, un accord ad hoc avec l'OTAN pour l'intervention européenne en Macédoine ne sera pas nécessaire. «Absolument tous les ministres ont convenu qu'un accord sur l'utilisation des capacités de l'OTAN doit être conclu avant la fin de la Présidence espagnole », a assuré le ministre espagnol de la Défense, Fernando Trillo.
Le ministre grec Yannos Papantoniou a aussitôt nuancé cet optimisme en déclarant que la Grèce est engagée dans ces discussions et souhaite que « l'UE soit davantage impliquée dans les Balkans », mais qu'elle « n'est pas tenue par un délai ». Il a rappelé que la Grèce n'accepte pas de souscrire au « compromis d'Ankara » sur l'implication de la Turquie dans les futures décisions d'intervention militaire de l'UE, conclu en novembre dernier « en dehors du processus de décision communautaire », par le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Turquie. Le ministre a insisté afin que l'indépendance du processus de décision de l'UE soit préservée: « le problème est que l'autonomie de l'UE doit être assurée lorsque l'UE prendra des décisions qui n'impliqueront pas l'utilisation des capacités de l'OTAN ». Selon un haut responsable grec, toutefois, Athènes espère aussi arriver à un accord avant la fin de la Présidence espagnole et accepte que le compromis d'Ankara soit utilisé comme « base de travail ». « Nous serons constructifs » et « les changements ne sont pas majeurs, il s'agit de changer quelques mots », précise la même source.
La Grèce conteste surtout le second paragraphe du compromis d'Ankara sur les modalités de consultations des membres de l'OTAN lorsque l'UE prendra une décision sur une opération dans le cadre de la PESD. « Nous n'aimons pas ce long processus de consultations lorsqu'il s'agira de décisions qui n'impliqueront pas l'utilisation des moyens de l'OTAN », indique un haut responsable grec. « Nous ne pouvons pas créer un précédent dangereux pour l'avenir de la PESD en invitant un pays tiers à participer au processus de décision. Pour garantir l'avenir, nous devons prendre aujourd'hui une décision fondée sur l'autonomie et la transparence», estime la même source. Le ministre allemand Rudolf Scharping s'est montré lui aussi très prudent en déclarant qu'il ne s'attendait pas « encore à un accord avec l'OTAN dans les prochains mois » et qu'une intervention en Macédoine ne se fera « au plus tôt, qu'en septembre ».
En attendant, le Comité militaire et le Comité politique de l'UE ont entamé les travaux pour préparer une éventuelle intervention, sur la base des conclusions du Sommet de Barcelone.