Bruxelles, 07/03/2002 (Agence Europe) - L'envoyé spécial de l'Union en Afghanistan, Ambassadeur Klaiber, s'est livré, jeudi à Bruxelles, à un plaidoyer pour la prolongation et le renforcement en nombre de la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan (Isaf) dont le mandat expire à la fin mai. Selon lui, deux raisons impérieuses plaident pour cela: des raisons de sécurité évidentes, mais aussi des raisons politiques.
Au cours d'une conférence de presse, l'émissaire de l'Union a peint un tableau très sombre des conditions de sécurité dans le pays et estimé que « l'environnement en Afghanistan est et restera extrêmement difficile ». Evoquant l'explosion, mercredi, de missiles sol-air ayant entraîné la mort de deux soldats allemands et de trois soldats danois lors d'une opération de déminage à Kaboul, Klaus-Peter Klaiber a déclaré: « on peut s'estimer heureux qu'il s'agisse d'un accident et non d'une tragédie orchestrée par des gens qui ne comprennent pas encore que la communauté internationale et le nouveau gouvernement intérimaire travaillent à la reconstruction du pays ».
Le bilan de la situation politique dressé par M. Klaiber est mitigé. Il s'est félicité que le processus de Bonn vers la démocratie soit "sur les rails" et que les travaux visant l'établissement d'un calendrier pour le programme politique avancent, mais il a mis en évidence plusieurs ombres au tableau. « Le gouvernement intérimaire est bien instauré, mais il a des difficultés à travailler comme nous aimerions le voir travailler. Hamid Karzaï est talentueux, mais il serait sage qu'il concentre son travail sur l'Afghanistan plutôt que de parcourir le monde pour entretenir des liens avec des pays qui se sont, de toute façon engagés à aider à la reconstruction du pays ». Quant aux ministres de l'autorité intérimaire, M. Klaiber a estimé qu'ils devraient engager des fonctionnaires représentatifs de tous les groupes de la population "plutôt que leurs amis".
Soulignant l'importance que revêt l'assistance internationale à l'autorité intérimaire dans ce contexte difficile, M. Klaiber s'est félicité que les fonds mobilisés à cette fin soient maintenant suffisants et que l'Union ait été en première ligne avec une aide initiale de 2,5 millions d'euros, complétée par 20 millions d'euros pour aider à la poursuite des travaux. Il a également insisté sur l'importance d'une action coordonnée de l'UE « entre les acteurs à Bruxelles et à Kaboul », ajoutant qu'à son initiative des réunions de coordination ont commencé avec les ambassadeurs de l'UE sur place, avec Echo (l'office humanitaire de la Communauté) et avec le représentant de la Commission européenne qui vient d'arriver à Kaboul, Karl Harbo.
«La question la plus difficile à trancher est de déterminer le type d'assistance que l'Union est disposée à apporter pour la stabilité et la sécurité du pays (…). Sans la poursuite de l'Isaf, le processus de reconstruction est condamné à l'échec », a estimé M. Klaiber, en soulignant l'urgence de régler cette question.
Les discussions sur la prolongation et l'extension éventuelles du mandat de l'Isaf sont en cours. M. Klaiber a confirmé qu'il en discute avec les Etats membres de l'Union participant à cette force internationale de sécurité, mais, a-t-il regretté, « l'Union européenne n'a pas d'avis sur le sujet ». Or selon, lui, "une présence militaire nominale mais visible et constante, et le maintien d'une certaine pression sur les acteurs régionaux" sont indispensables pour venir à bout du désordre ambiant; sans compter que l'assistance à l'effort de reconstruction, promise par la communauté internationale, était conditionnée aux efforts consentis par l'Afghanistan pour la sécurité et la stabilité du pays. "Il est dans l'intérêt de l'Union de convaincre tous les pays voisins, en particulier l'Iran et le Pakistan, de coopérer à cet effort international pour aider l'Afghanistan à se remettre debout. Dans un pays aux traditions complètement différentes, avancer dans la bonne direction requiert de la patience ainsi que des efforts militaires et politiques", a déclaré l'émissaire de l'Union, conscient de la difficulté de la tâche.