Bruxelles, 22/02/2002 (Agence Europe) -Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'est présenté mardi à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen en affichant sa confiance pour la situation de son pays et ses perspectives d'adhésion à l'Union européenne. "Il semble maintenant qu'il y aura un "big bang"", et nous n'avons pas d'objections à une adhésion de beaucoup de candidats en même temps, a-t-il dit, tout en ajoutant que, si un pays se heurte à des difficultés, cela ne devra pas retarder l'adhésion des autres.
Les députés ont surtout interrogé M. Orban sur la situation des minorités, aussi bien la minorité Rom en Hongrie que les minorités hongroises dans des pays voisins. Viktor Orban s'est attaché à souligner les efforts faits pour contribuer à l'intégration des Roms, en signalant que son gouvernement avait conclu un accord avec l'organisation qui les représente, et que les Roms pourront avoir des candidats aux prochaines élections. La Verte allemande Elisabeth Schroedter, qui s'est rendue récemment sur place, a quand même dénoncé le comportement discriminatoire de la police à l'égard des Roms, et M. Orban lui a assuré que, en cas d'incidents, les autorités réagissent avec "la plus grande fermeté". Nous avons d'ailleurs lancé un programme pour recruter des Roms dans nos forces de police, a-t-il signalé. Selon lui, il ne faut pas oublier que la situation hongroise est différente qu'ailleurs, parce que sa population Rom est "sédentaire, et pas nomade".
Au social-démocrate autrichien Hannes Swoboda qui (en constatant que "beaucoup de sang hongrois" coule dans ses veines) lui a demandé s'il était satisfait des solutions apportées au problème des minorités hongroises, M. Orban a répliqué: nous avons conclu des accords avec cinq pays (Slovénie, Croatie, Yougoslavie, Roumanie et Ukraine) et le seul pays où nous avons des difficultés, c'est la Slovaquie. Dans nos relations avec la Serbie, avec le changement de régime, la situation a "changé fondamentalement", de manière positive, pour les minorités de Vojvodine, a reconnu M. Orban (tout en faisant allusion en passant au "problème plus général de la position de la Vojvodine au sein de la Yougoslavie").
M. Orban a tenu aussi à rappeler que, en Hongrie, tous les partis, y compris l'extrême-droite et l'extrême-gauche, appuient l'adhésion à l'Union européenne. A propos des relations avec l'extrême-droite, le Vert allemand Daniel Cohn-Bendit s'est inquiété de l'antisémitisme et du racisme en Hongrie, en, demandant ce que le gouvernement compte faire pour lutter contre ce phénomène, et M. Orban a répondu: "il n'y a pas d'antisémitisme "politique" en Hongrie. Je pense que la situation en Hongrie et dans les autres pays candidats n'est pas très différente de celle des pays de l'UE". En même temps, il s'est exclamé: "je ne suis pas antisémite, mais ça me gêne d'être obligé de le prouver".
Qu'attendez-vous de la Convention sur l'avenir de l'Europe? a demandé Philippe Morillon (UDF, français), et la libérale suédoise Cecilia Malmström voulait le savoir aussi. Nous prenons la Convention très au sérieux, la preuve en est que nous envoyons comme représentants le ministre des Affaires étrangères et le président de la commission du parlement hongrois pour l'intégration européenne, a indiqué M. Orban. Mais il n'a pas voulu se laisser entraîner dans un débat sur le fond, et, au travailliste britannique Gary Titley qui lui demandait s'il se rangeait plutôt du côté des partisans de la méthode intergouvernementale ou de ceux de la méthode communautaire, il a dit: je ne vois pas la situation "en noir et blanc" , nous ne sommes "ni dans un camp ni dans l'autre", et "nous aurons nos propres idées".
Dans son exposé introductif, M. Orban s'était montré optimiste quant aux perspectives économiques de la Hongrie. Notre économie est "florissante", et malgré le ralentissement de la conjoncture, nous avons une croissance de l'ordre de 4%, alors que notre taux d'inflation est tombé de 18% il y a quatre ans à 6,8% en décembre dernier et devrait être de seulement de 5% à la fin de l'année, a-t-il lancé. Et il a rappelé que la Hongrie voudrait adhérer à la monnaie unique "deux, trois ans après l'entrée dans l'Union", et que sa banque centrale a une politique "coupée sur mesure" sur celle de la BCE. L'agriculture hongroise "est compétitive", et elle continuera à l'être, a-t-il affirmé, par ailleurs, en assurant que les agriculteurs hongrois "n'ont pas du tout peur de la politique agricole commune, ni l'actuelle ni celle qui sera réformée". Et il a annoncé que les "quatre de Visegrad" présenteront bientôt une position sur le paquet financier de la Commission sur l'élargissement.