Bruxelles, 22/02/2002 (Agence Europe) - Lors du périple de six jours qu'il a effectué en Asie du Sud-Est, le Commissaire européen Pascal Lamy a signalé la disponibilité de l'Union à aller plus loin dans sa relation de bloc à bloc avec l'Asie, si celle-ci donne de l'ambition à son intégration régionale.
Entre jeudi et mardi derniers, Pascal Lamy a brièvement séjourné - et « pris la température » - dans trois pays représentatifs de la diversité régionale: Singapour, dont le PNB est plus élevé que celui de l'UE tout entière, l'Indonésie, qui a le territoire le plus vaste de l'ASEAN, et le Cambodge, qui est l'un des pays les moins avancés au monde, a-t-il résumé dans une intervention à Phnom Penh juste avant de regagner Bruxelles. Et le sentiment qu'il dégage de ces escales est que « chaque pays représente un défi différent pour l'Union ». Dans le cas de Singapour, a-t-il dit, il est maintenant question d'explorer la possibilité d'aller au-delà des engagements vis-à-vis de l'OMC. M.Lamy a promis à son homologue George Yeo d'examiner sérieusement et « avec pragmatisme » l'accord de libre-échange qu'il propose à l'Union de négocier (voir EUROPE du 20 février, p. 13). «Il faudrait que l'exercice soit justifié » et, notamment, « qu'il permette d'aller bien au-delà du résultat du Cycle multilatéral de Doha », souligne-t-on à Bruxelles, en référence au secteur des services (banques, télécommunications, distribution et assurances) où l'Union est particulièrement compétitive à l'échelle mondiale, alors que l'accès au marché des biens est déjà très ouvert de part et d'autre. Le Commissaire a précisé que l'éventuelle négociation devrait aussi viser l'investissement, la propriété intellectuelle et un certain nombre de règles communes car « une idée comme celle-ci peut s'avérer fructueuse dans certaines conditions mais dans d'autres conditions, elle ne justifierait pas la moindre négociation ». « Je pense que d'ici la fin de l'année, je saurai plus ou moins si je peux mobiliser les représentants des milieux d'affaires européens ou non ». Il faudra aussi « plancher sur cette question (…) calmement, vu la priorité que nous nous sommes donnée et qui est de réussir ce que nous avons amorcé à Doha », a dit M. Lamy. Mais à Singapour, comme dans les autres étapes de son périple, le Commissaire a surtout mis l'accent sur l'intégration régionale, présentant dans le détail les différentes sortes de modèles (« bon voisinage » et « famille heureuse ») qu'il qualifie plus volontiers de « pôles d'un même continuum » et suggérant aux pays d'Asie de clarifier leurs visées. « Le choix le plus important porte sur le niveau d'intégration », a-t-il dit, estimant pour sa part que « nous devons nous donner plus d'ambitions au plan bilatéral et multilatéral si nous voulons maîtriser la mondialisation », ce qui « vaut également pour les accords interrégionaux, où nous devons aller au-delà de l'élimination tarifaire ». Dans un langage un peu moins codé, M.Lamy a signalé, juste avant de quitter la région, que «l'Europe se tient prête à explorer la possibilité de renforcer encore davantage nos relations de région à région, auxquelles nous, Européens, attachons tellement d'importance dans ce chapitre le plus récent de la mondialisation ».
A Jakharta, seconde étape de cette tournée, le Commissaire a constaté que « les choses ont clairement bougé » depuis sa denière visite en septembre. Néanmoins, «il reste encore beaucoup à faire », notamment en termes de lutte contre la corruption et de transition vers une « économie ouverte, fondée sur des règles », a-t-il dit. M.Lamy a salué l'adoption d'une nouvelle législation sur l'investissement, qui devrait faciliter les opérations des investisseurs étrangers, et annoncé qu'une délégation européenne se rendra dans le pays, au début du mois prochain, en vue donner le coup denvoi à un dialogue bilatéral et à une coopération à l'OMC. Il a indiqué en outre que l'Union fournira à l'Indonésie une assistance commerciale technique, à hauteur de 28 millions d'euros sur cinq ans (douanes, normes de qualité et investissement).
Enfin, à Phnom Penh, où il a inauguré la représentation de la Commission européenne, M.Lamy a estimé que le défi le plus pressant est de soutenir l'intégration accélérée du Cambodge dans le système commercial mondial et de l'aider à diversifier ses exportations. « Nous travaillerons main dans la main pour que le Cambodge accède à l'OMC dès que possible (…), peut être même à temps pour la prochaine Conférence ministérielle » qui se tiendra à Mexico au cours du premier semestre de 2003, a-t-il indiqué, en promettant une enveloppe de 3 millions d'euros pour l'assistance technique à la capacité commerciale de ce pays.