Bruxelles, 22/02/2002 (Agence Europe) - "L'esprit de Laeken n'est plus celui de Nice, focalisé sur les questions de mécanique institutionnelle et le rapport de forces", a constaté vendredi devant le Centre for European Policy Studies le Commissaire européen Michel Barnier, chargé en particulier des affaires institutionnelles (et qui fera partie, avec le Commissaire Antonio Vitorino, chargé des questions JAI, du présidium de la Convention sur l'avenir de l'Europe). M. Barnier a exprimé à cette occasion ses idées sur le processus de réforme qui va s'ouvrir, en regroupant en trois catégories les questions qu'il soulève:
(1) efficacité du système de décision." La Commission connaîtra des difficultés", estime en particulier M. Barnier, en rappelant qu'il n'a "jamais caché" sa préférence personnelle pour un collège restreint au maximum à vingt membres. "Le Traité de Nice n'exclut pas cette formule, qui pourrait être mise en place avant que l'Union ne compte vingt-sept membres"¸ remarque-t-il, en considérant "très encourageant" le fait que Jean-Luc Dehaene "ait rejoint ceux qui s'expriment en ce sens". "Pour la Commission, les solutions existent, et j'espère que nous aurons collectivement le courage politique de les appliquer", affirme-t-il.
Quant au Conseil, "la situation est plus difficile", notamment du fait de "l'effacement du Conseil derrière le Conseil européen", mais surtout à cause de l'unanimité. Selon M. Barnier, à la différence d'autres questions institutionnelles, "la question de l'unanimité n'a pas plusieurs solutions, mais une seule: décider à la majorité au Conseil, ce qui doit devenir la règle générale". En outre, il pose le problème de la Présidence, en affirmant: "Je n'ai pas de solution toute faite, et surtout pas celle de je ne sais quel directoire dont les milieux européens aiment à parler pour se faire peur. Mais il est clair que le système actuel des présidences tournantes favorise une gestion de nos intérêts collectifs moins cohérente qu'elle ne devrait l'être".
(2) rôle de l'Union dans un monde multipolaire, ce qui pose la question de la "puissance". M. Barnier affirme en particulier que "la zone euro a maintenant besoin d'une formule efficace pour sa représentation externe", en reconnaissant que cette question "dérange peut-être, mais il est urgent d'y répondre". En outre, après le 11 septembre¸ l'attitude des Européens lui "laisse espérer une présence européenne plus affirmée sur la scène internationale", et il estime que, au moment où "l'hyperpuissance américaine s'affirme comme jamais (..), ce qui est en cause, si nous voulons vraiment un monde multipolaire, c'est une Europe indépendante, partenaire des Etats-Unis, c'est-à-dire respectée par les Etats-Unis. D'autant que l'Union élargie possédera une frontière avec l'Ukraine et une enclave russe sur son propre territoire, lequel s'étendra par ailleurs jusqu'aux portes du Moyen-Orient". Dans de telles conditions, affirme M. Barnier,"la neutralisation de notre action extérieure ne peut être une solution".
(3) "la reconquête de l'opinion", qui pose le problème de la "légitimité de l'ensemble du système" et qui sera "un enjeu central de la Convention". M. Barnier attache donc beaucoup d'importance à la contribution de la société civile, tout en contredisant ceux pour qui il y a "trop peu de représentants élus dans le processus de décision européen". Selon lui, "la clé du changement est dans les mains des dirigeants nationaux", car "tant qu'ils n'expliqueront pas chez eux ce qu'ils sont allés dire et décider à Bruxelles, le débat public restera prisonnier de logiques purement nationales".