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Bulletin Quotidien Europe N° 8116
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/etats-unis

Débat sur l'acier entre MM. Lamy et Zoellick

Bruxelles, 18/12/2001 (Agence Europe) - La conférence de presse conjointe que le Commissaire Pascal Lamy a tenue ce mardi, avec son « homologue et ami Bob Zoellick », pour la première fois à Bruxelles en sa qualité de Représentant au Commerce des Etats-Unis, s'est ouverte sur un échange de louanges étayées par un état des lieux très probant des avancées récentes de la coopération transatlantique sur le front commercial. Le jour même, un arrangement bilatéral en vue du réglement définitif du différend sur les droits d'auteurs - dans le cadre duquel la législation américaine autorisant la diffusion gratuite de musique dans des sites commerciaux avait été condamnée à Genève - est encore venu conforter les deux responsables dans leur satisfaction. Mais l'exercice plutôt concordant au départ a finalement viré à la joute orale lorsque l'affaire sidérurgique a été abordée.

L'Union est prête à consentir un nouvel effort de réduction de ses capacités, de l'ordre de 16 millions de tonnes de produits finis dont 13 d'acier brut sur une période de quatre ans (sur une capacité annuelle de 200 millions de tonnes: Ndlr), a indiqué M.Lamy. Mais l'offre, avancée le même jour à Paris, où se tenait une réunion à haut niveau de l'OCDE sur la sidérurgie, est "bien sûr étroitement liée à l'ensemble du processus et notamment la façon dont les Etats-Unis se comporteront (...) Nous ne le ferons pas gratuitement", a-t-il précisé, la condition étant que Washington renonce à la tentation protectionniste et à l'unilatéralisme, pour procéder à la nécessaire restructuration sans cesse différée de son industrie. « Une seule partie ne peut être tenue responsable de la situation actuelle », a-t-il dit, convaincu de la nature structurelle du problème pour lequel les Etats-Unis blâment les importations alors qu'elles ne cessent de reculer sur le marché américain. Une solution durable et efficace à la crise sectorielle passe par cette restructuration outre-Atlantique, par l'accessibilité de ce marché aux produits européens (y compris le renoncement au "niveau déjà très élevé de protection") et par une réduction globale des capacités, a-t-il insisté, en convenant qu'au moins sur un point Bruxelles et Washington partagent la même analyse: le problème a bien une dimension mondiale du fait des surcapacités et de la sur-fragmentation qui pèsent sur le marché, face à une demande en baisse constante. Toutefois, là où les Américains mettent l'accent sur le rééquilibrage auto-généré par le marché - tout en pressant des concurrents réticents comme la Russie, la Corée, la Chine ou le Japon à se restructurer, les Européens privilégient les efforts tant individuels que collectifs, dans le cadre d'une approche véritablement coopérative et responsable. Et de renvoyer aux importants sacrifices déjà consentis par l'industrie européenne en l'espace de quinze ans (y compris la réduction de plus de 50% de ses effectifs), un exemple probant du ménage que chacun peut faire chez soi de façon à rester ou redevenir compétitif, en contribuant ainsi à soulager le marché mondial, estime-t-on à Bruxelles. "Nous suivrons cela de près au cours des semaines à venir", a indiqué M.Lamy en ajoutant: "Le temps est compté".

"C'est clairement un problème mondial", a estimé le Représentant américain et l'industrie américaine n'a pas pu profiter des "différentes subventions et protections" que l'UE a procuré à ses sidérurgistes dans la pure "tradition socialiste" qui est la sienne. Il a rappelé que les mesures de sauvegarde que Washington envisage de prendre seront temporaires, le temps de permettre un "ajustement" du secteur et un retour à la compétitivité. Cela n'aurait pas de sens autrement, a-t-il dit en substance, en récusant l'argument selon lequel cette industrie serait en mal de restructuration. C'est déjà chose faite, selon lui, et la preuve en est que plus de 60% de ses effectifs ont été sacrifiés au cours des dernières années. M.Zoellick a indiqué que les importations avaient la mainmise sur 40% du marché sidérurgique américain en 1998 et qu'en 2000, leur part était "encore" de 30%, dont 20% pour les Européens qui sont des "exportateurs nets". Ce n'est plus vrai depuis cette année, a rectifié M.Lamy en répondant aux allusions de son homologue sur la faiblesse de l'euro et l'impact sur le négoce européen: "la compétitivité de l'acier américain est lié à la devise mais d'ici 10 à 15 ans?...". Quant à la légalité des mesures envisagées, "encore faut-il que les conditions posées à l'OMC soient réunies", a-t-il averti.

Le même jour un premier pas vers une solution globale a été effectué à Paris où la plupart des 39 pays qui participaient à la session de l'OCDE sont convenus d'une réduction de leurs capacités de production, de l'ordre de 80 à 84 millions de tonnes métriques par an (contre les 100 millions de tonnes visés par l'UE). L'Ukraine et deux autres pays n'ont pas suivi le concert mais ce sont essentiellement les intentions américaines qui laissent les Européens sceptiques. "Nous sommes optimistes quant à la volonté et la disponibilité des participants à s'engager dans des réductions mondiales mais nous sommes dans l'incertitude" quant à celles des Etats-Unis après la recommandation faite au Président Bush de surtaxer les importations, a commenté le Directeur général pour le Commerce à la Commission européenne Peter Mogens Carl. Si la mesure de sauvegarde est effectivement prise en mars prochain, les exportations européennes vont chuter et l'Union sera contrainte de demander à Genève l'autorisation de prendre des mesures compensatoires du même type, dont l'effet cumulé sera de pousser le chômage à la hausse à travers le monde. "Ceux qui ont leur doigt sur la gâchette porte une énorme responsabilité, en essayant d'exporter leurs difficultés faute de pouvoir exporter leur acier", a-t-il lancé, espérant tout de même un retour à une politique à long terme et un accord définitif l'an prochain, si possible dès le mois d'avril, autour des promesses qui viennent d'être faites. "Par principe, nous devrions tous nous engager à identifier un maximum de sites non-rentables à fermer", a-t-il estimé.

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