Bruxelles, 18/12/2001 (Agence Europe) - La majorité des députés européens intervenus pendant la session extraordinaire du 17 décembre sur le Conseil européen de Laeken ont évoqué la Déclaration de Laeken, et leur jugement a été largement positif, même si plusieurs parmi eux auraient préféré une équipe dirigeante plus jeune et pas exclusivement masculine (voir EUROPE d'hier, pages 4 et 5). Certains députés ont constaté que la Déclaration de Laeken soulève beaucoup de questions: c'est ce qu' a fait Marianne Thyssen (démocrate-chrétienne belge), en notant que Guy Verhofstadt posait les questions alors que Jean-Luc Dehaene donnera sans doute les réponses. « M. Dehaene m'a aidé à poser les questions, je l'aiderai à donner les réponses », a répliqué Guy Verhofstadt, en ajoutant: « ce n'est pas l'envie qui me manquait de donner déjà les réponses… » (Certaines questions « rhétoriques » ne sont « pas du tout des questions », alors que certaines questions, comme celle du risque d'une « hégémonie des grands », n'ont pas du tout été posées, a commenté Reinhard Rack, membre autrichien du PPE). Je suis d'accord avec vous pour regretter l'absence des femmes, à ce stade, dans le Présidium de la Convention, a reconnu M.Verhofstadt, en lançant: je ne peux que suggérer aux gouvernements et aux parlements de proposer des femmes pour les places encore à remplir au Présidium. Par ailleurs, M.Verhofstadt a exhorté à ne pas sous-estimer l'importance de la participation des régions dites «constitutionnelles » à la Convention ( j'en ai parlé avec le Président du Comité des Régions, a-t-il indiqué). Je viens d'un pays à structure fédérale -comme l'Allemagne et l'Autriche -, alors que d'autres introduisent de tels éléments « petit à petit », a tenu à rappeler le Premier ministre belge, en s'écriant: « le fédéralisme, c'est la seule possibilité de faire vivre ensemble des communautés différentes sans recours à la violence ! ».
Quant au président du Conseil Louis Michel, il a notamment évoqué la situation internationale, en estimant que le Parlement européen devrait jouer un rôle plus grand, en particulier si la coalition internationale contre le terrorisme se maintient ; en effet, a-t-il dit, cette situation entraîne un « danger de dévoiement de la qualité de la vie démocratique dans nos pays » et de confusion entre lutte contre le terrorisme et le bâillonnement de l'opposition dans des « régimes durs », et l'Europe ne doit pas se laisser « entraîner d'office, sans débat, sans consultation, dans une solidarité aveugle avec les Etats-Unis ». « J'ai appris à connaître ce Parlement, je me sens bien parmi vous (…). Il y a là une liberté et une fraîcheur qui me conviennent très bien, et j'espère pouvoir un jour venir rafraîchir mon esprit chez vous.. », a conclu le ministre belge des Affaires étrangères.
Nous avons voulu une Convention, nous l'avons, et nous devons savoir que cela entraîne aussi pour nous, parlementaires, « une nouvelle responsabilité », car pour la première fois la réforme des institutions est aussi « dans nos mains », a constaté le social-démocrate allemand Klaus Hänsch, qui a noté qu'il n'est pas certain qu'au bout du travail de la Convention il y aura une constitution, mais que « l'impératif catégorique », c'est de travailler dans ce sens. La Convention devra parvenir au consensus le plus vaste possible, car c'est seulement ainsi qu'elle pourra faire accepter les résultats de ses travaux, a estimé l'élu de la CDU Hartmut Nassauer. Plusieurs députés ont critiqué le choix du trio qui présidera la Convention: « trois hommes d'un certain âge », qui sont individuellement très compétents, mais qui, collectivement, ne reflètent pas la « diversité » de l'Europe, a estimé le travailliste britannique David Martin. Même son de cloche chez la co-présidente des Verts, l'Italienne élue en Belgique Monica Frassoni (qui aurait préféré que la Convention élise elle-même son président) et chez Pernille Frahm (élue danoise de la Gauche unitaire/Gauche verte nordique), qui a en revanche salué les résultats du Sommet sur l'élargissement. Un autre Danois, Ole Krarup (Europe des démocraties et des différences), a parlé de « trois retraités » qui « déploieront l'art d'hommes d'Etat chinois » pour faire passer un message jeune, alors que Gerhard Hager (du FPÖ de Joerg Haider) s'est dit rassuré par ce choix, et que la socialiste française Catherine Lalumière a souligné qu'il s'agissait de « trois fortes personnalités » au clair engagement européen. Peu de députés ont évoqué la querelle des sièges: c'est ce qu'a fait Roberta Angelilli (Alleanza nazionale) pour qui l'Autorité alimentaire doit aller à Parme. Les Finlandais Piia Kauppi et Ilkka Suominen (tous deux du PPE-DE) ont évoqué eux aussi le problème de l'Autorité alimentaire. Parmi les voix discordantes, celles du conservateur britannique Jonathan Evans, qui a critiqué l'ensemble de la Présidence belge comme étant trop ambitieuse (notamment en matière fiscale) et a reproché à Louis Michel d'avoir présenté à Laeken « la force dirigée par le Royaume-Uni (pour l'Afghanistan) comme une initiative de l'UE », et celle de Georges Berthu (non inscrit français) qui reproche à la Déclaration de Laeken d'avoir « noyé » l'idée de Nice d'examiner le rôle des parlements nationaux et d'avoir introduit la notion de Constitution qui ne figurait pas parmi les « tirets » de Nice (« le groupe de pression fédéraliste est revenu à la charge », a-t-il dit). Roy Perry, conservateur britannique, a insisté sur le fait que, même si on a besoin de l'Europe, c'est « d'Etats indépendants et souverains » qu'il s'agit, et, en saluant la présence du Médiateur européen Jacob Söderman parmi les observateurs, il a estimé que les membres de la Convention devraient bien faire de l'écouter.
M. Barnier: faire du travail « responsable, utile et utilisable »
Le débat a été clôturé par le Commissaire aux affaires institutionnelles Michel Barnier, qui a affirmé que la Convention devra être « perméable » aux suggestions venant de l'extérieur, de la société civile, et que celle-ci devra être « écoutée et, s'il le faut, auditionnée ». Au moment où six ou sept Etats membres vont vers des élections générales (France, Allemagne, Pays-Bas, Irlande, sans doute Portugal….), il faudra être très attentifs à la voix des citoyens, a-t-il souligné. Quant au « trio de haute qualité » qui animera la Convention, M.Barnier a réagi aux commentaires sur leur âge en parlant de leur « jeunesse d'esprit » et en assurant que « nous aurons besoin de leur autorité ». M.Barnier a salué par ailleurs le mandat « ouvert » donné à la Convention, tout en soulignant la responsabilité qui incombe à ses membres. Si l'expérience réussit, toutes les autres réformes se feront selon cette méthode, a-t-il conclu, en répétant que la Convention doit prendre le temps, avant de s'attaquer au travail institutionnel, de se demander ce qu'on attend du projet européen: sur cette question fondamentale, « je crois comprendre que le président de la Convention entend aller interroger les Etats membres, en utilisant tous les moyens modernes, et si on le lui demande, en allant dans les capitales », a indiqué M.Barnier.