Bruxelles, 17/12/2001 (Agence Europe) - Lors du Conseil européen de Laeken, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont, pour la première fois dans un texte officiel, identifié les pays candidats qui, à leur avis, devraient être en mesure d'achever les négociations d'adhésion en 2002 afin d'adhérer à l'UE en 2004, à temps pour participer aux prochaines élections européennes. « Si le rythme actuel des négociations et des réformes dans les pays candidats est maintenu, Chypre, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République slovaque, la République tchèque et la Slovénie pourraient être prêts », affirment les conclusions du Sommet. Les Quinze vont ainsi au-delà de la déclaration approuvée la semaine dernière par le Conseil Affaires générales qui -à la demande de la France notamment- avait soigneusement évité de découpler les dix pays les plus avancés des deux pays retardataires, la Bulgarie et la Roumanie. Cependant, si les conclusions de Laeken renforcent clairement la perspective d'un « big bang » de dix adhésions simultanées en 2004, elles envoient aussi un signal fort à la Bulgarie et la Roumanie dont les efforts sont « appréciés » et qui sont « encouragés à poursuivre sur cette voie ». L'UE souligne aussi son intention de préparer l'année prochaine un calendrier et une feuille de route (« road map ») ajustée pour ces deux pays, afin de les soutenir dans leur effort de rattrapage.
Si la mention explicite de dix candidats constitue clairement un appui politique considérable pour ces pays (plus fort que ce qu'ils auraient pu espérer après le Conseil Affaires générales de la semaine dernière), les chefs d'Etat et de gouvernement ont aussi suscité une nouvelle incertitude non négligeable en enlevant des conclusions la référence à la « suffisance » des moyens financiers prévus par le Sommet de Berlin pour permettre l'entrée des dix pays. En effet, à la demande de l'Allemagne et de la France, a été effacée du texte final l'affirmation de la Commission européenne (répétée à maintes reprises par le Commissaire Verheugen) selon laquelle « le Conseil européen de Berlin a établi le cadre financier permettant un élargissement jusqu'à dix nouveaux Etats membres à partir de 2004 ». A sa place, les conclusions finales se bornent à indiquer que « le Conseil de Berlin a établi le cadre financier permettant un élargissement ».
Dans leurs conclusions, les Quinze ont aussi mis un accent particulier sur la capacité administrative et institutionnelle des candidats de mettre correctement en œuvre l'acquis communautaire. L'UE est prête à aider les candidats dans cette tâche, étant donné qu'ils accusent encore tous de grands retards dans ce domaine. Dans sa récente stratégie d'élargissement (présentée en novembre dernier), la Commission annonçait son intention de lancer au début de 2002 un nouveau plan d'action destiné à aider les candidats à acquérir les structures institutionnelles et les capacités administratives nécessaires, et à Laeken, les chefs d'Etat et de gouvernement ont convenu que la Commission présentera un rapport sur la mise en oeuvre du plan d'action au Conseil européen de Séville, en juin 2002.
Les Quinze ont aussi réitéré leur attachement à la feuille de route (« road map ») pour la poursuite des négociations, même si, presque certainement, il ne sera pas possible pour l'UE d'arrêter une position commune de négociation pour les transports avant la fin de cette année. « La feuille de route établie par le Conseil européen de Nice reste entièrement d'application », lit-on dans les conclusions. La Commission est invitée à proposer, dès le début 2002, des positions de négociation communes des Quinze sur les chapitres agriculture, politique régionale et questions budgétaires « sur base de l'acquis actuel et des principes décidés à Berlin » dans le cadre de l'Agenda 2000. Le Conseil européen de Laeken a aussi décidé que la rédaction des traités d'adhésion devra être entamée dans la première moitié de 2002.
Réactions des pays candidats
Après leur déjeuner de samedi à Laeken avec les participants au Sommet, les chefs de gouvernement des pays candidats se sont exprimés devant la presse. Le Premier ministre polonais Leszek Miller s'est félicité que son pays ait été explicitement mentionné comme l'un des dix candidats capables d'adhérer en 2004, et s'est dit aussi réconforté par les « nombreux encouragements » reçus, en particulier par Guy Verhofstadt. Avec désormais « presque 20 chapitres clos » dans les négociations (Varsovie en a fermé 19 jusqu'ici), la Pologne est « back on track », a dit M.Verhofstadt. « Nous sommes à nouveau sur la bonne voie et nous y resterons », a insisté M.Miller. La Pologne essayera d'accélérer davantage les négociations dans les semaines et mois prochains, a-t-il dit. Le Premier ministre polonais a aussi fait état de progrès dans ses contacts avec les gouvernements des Etats membres en vue d'obtenir de leur part des engagements bilatéraux sur l'ouverture des marchés de l'emploi aux travailleurs polonais après l'élargissement. Une « vaste majorité d'Etats membres » (le Premier ministre a cité le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, l'Irlande, le Royaume-Uni, la France, la Grèce et l'Espagne) ont indiqué qu'ils n'envisagent pas de limiter la libre circulation des travailleurs au-delà de 2 ans.
La Bulgarie est consciente qu'elle devra encore faire d'énormes efforts, a reconnu le Premier ministre Saxecoburggotzki. La semaine dernière, le ministre bulgare des Affaires étrangères avait dit à Bruxelles (à l'issue d'une réunion de négociation d'adhésion) que son pays voulait adhérer à l'UE en 2004 (au lieu de 2006), avec la première vague. A Laeken, le Premier ministre n'a pas voulu confirmer ce changement d'ambition. Au contraire, M.Saxecoburggotzki a souligné à plusieurs reprises qu'il était « réaliste » et que son pays devra se concentrer sur ses « devoirs ». « Mais, ne sous-estimez pas la Bulgarie », a-t-il remarqué.
La Roumanie a la ferme ambition d'ouvrir les négociations sur tous les chapitres restants au cours de la Présidence espagnole et de conclure les négociations d'adhésion d'ici fin juin 2003, a dit le Premier ministre roumain Adrian Nastase. A cette fin, les négociations seront accélérées au cours des prochains mois, si possible avec une assistance supplémentaire de la Commission et des Etats membres « qui ne doivent pas nous discriminer » par rapport aux autres candidats, a souligné M.Nastase. Selon lui, cependant, l'adhésion sera possible seulement lorsque l'économie roumaine sera prête à affronter la concurrence sur le marché intérieur, car une entrée prématurée serait fatale et pourrait entraîner la destruction pure et simple des entreprises roumaines. En fonction des progrès des réformes économiques et des circonstances générales, la date envisagée de l'adhésion pourrait être avancée à 2006 ou 2005, a estimé le président Ion Iliescu, alors que jusqu'ici la Roumanie s'est toujours fixée comme objectif d'entrer en 2007.
Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, a regretté qu'il n'ait pas été possible de régler à Laeken le problème du nombre des sièges qu'occupera la Hongrie au Parlement européen après son adhésion à l'UE. A Nice, la Hongrie s'était vu attribuer 20 sièges au lieu des 22 qui auraient dû lui revenir sur la base de son poids démographique. M.Orban s'est néanmoins dit confiant que cette question pourra être réglée bientôt.
Le Premier ministre de Lettonie, Andris Berzins, s'est félicité du fait que le processus d'élargissement ait, une nouvelle fois, été qualifié de « irréversible ». Le principe de différenciation a été réaffirmé, « ce qui veut dire que ceux qui seront prêts à conclure les négociations fin 2002, dont la Lettonie, pourront adhérer en 2004 ». Le Premier ministre letton a aussi exprimé l'espoir que les candidats pourront participer « pleinement » à la Convention, même sans droit de vote.
La question de la liste de noms ne semble pas être importante pour la République tchèque, puisque "nous sommes en deuxième position" pour le degré de progrès dans les négociations, a souligné le Premier ministre Milos Zeman. Le ministre des Affaires étrangères Jan Kavan a regretté que l'UE n'ait toujours pas de position commune sur le chapitre des transports (selon la feuille de route, la position commune doit être disponible avant la fin de l'année, mais elle est bloquée pour l'instant par l'Autriche à cause de la question des écopoints: voir notre Edition spéciale de dimanche sur le Sommet de Laeken). Interrogé sur les réformes européennes, le Premier ministre tchèque s'est prononcé "pour une fédéralisation ouverte et transparente, pour une Constitution européenne, avec la Charte des droits fondamentaux en préambule". "Ce serait une étape logique de l'intégration européenne", a-t-il déclaré.
Le Premier ministre turc Bülent Ecevit s'est déclaré devant la presse très satisfait des conclusions du Sommet qui soulignent les progrès de la Turquie et envisagent pour la première fois l'ouverture des négociations (les conclusions disent que "la perspective de l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie s'est ainsi rapprochée"). Tout en reconnaissant que des réformes supplémentaires sont nécessaires pour remplir les critères de Copenhague, il a dit: "Nous en avons la volonté" au sein du gouvernement comme du parlement, comme l'a montré la récente réforme constitutionnelle.
Le président de la République de Chypre, Glafcos Clerides a rappelé, lors d'une conférence de presse, qu'il était parvenu à un accord avec le leader turco-chypriote Rauf Denktash pour ouvrir un dialogue direct, et il a indiqué qu'une nouvelle rencontre pourrait avoir lieu entre Noël et Nouvel An sur les modalités de ce dialogue (il a parlé de trois rencontres par semaine) qui devrait débuter le 16 janvier en présence du représentant de l'ONU, M. de Soto. Soulignant que M. Denktash avait évoqué l'objectif de parvenir à une solution du problème chypriote en juin prochain, il a dit que cette date butoir n'avait pas été très bien accueillie par les Chypriotes grecs, mais que "si la volonté existe, c'est possible".