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Bulletin Quotidien Europe N° 8115
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le renouveau de l'Europe a été lancé, la Déclaration de Laeken en constitue la base

Absence de mémoire. Il faut un certain mépris de la vérité, ou une remarquable absence de mémoire, pour présenter le Sommet de Laeken comme un demi-échec. Et pourtant, tel est le message que certains médias importants ont transmis aux opinions publiques, à cause de l'absence de décision sur le siège des Agences. Je parle d'absence de mémoire, car il ne faudrait pas oublier quelques points fondamentaux. Pendant de longues années, l'UE a refusé de discuter de ses objectifs, de ses ambitions, de ses finalités. Il y a quelques mois à peine, le principe même de la Convention n'était pas du tout acquis. Les termes de Constitution ou de "textes constitutionnels" étaient rejetés a priori par certains Etats membres. L'idée que la politique européenne commune de sécurité et de défense soit déclarée "opérationnelle" n'était même pas prise en considération. À Laeken, tout ceci a été dépassé.

Un reproche ridicule. Ainsi, l'UE a dépassé le système de négociation qui avait régi l'élaboration de tous les Traités précédents, en décidant de faire précéder la négociation intergouvernementale par une Convention où les représentants directs des peuples et des institutions communautaires sont nettement plus nombreux que les représentants des pouvoirs exécutifs. Et si la Convention fonctionne comme elle doit, ses conclusions représenteront le point de départ du nouveau Traité. La Convention est invitée non pas à définir quelques réformes institutionnelles ponctuelles (résultat modeste et à moitié raté des dernières négociations intergouvernementales, à Amsterdam comme à Nice), mais à répondre aux questions essentielles sur l'Europe de demain, ses responsabilités, ses tâches, ses ambitions. L'UE a déclaré opérationnelle sa politique de sécurité et de défense. Elle a défini, parfois de manière générale mais parfois avec précision, sa conception économique et sociale, en épousant définitivement le concept du développement guidé par des principes "éthiques" (adjectif qui figure dans le texte). Le Sommet qui a approuvé la "Déclaration de Laeken", loin de constituer un demi-échec, marque un tournant dans l'histoire de la construction européenne. Le reproche fait à sa déclaration de poser les questions sans donner des réponses est ridicule: la grande innovation consiste justement dans le fait de demander à la Convention de répondre, et non de le faire à sa place!

L'idée claire de Guy Verhofstadt. En définitive, l'obstination du Premier ministre belge a payé. Il avait une idée claire de la signification qu'il voulait donner à la Déclaration de Laeken. Elle devait reconnaître expressis verbis les lacunes et les fautes dans le fonctionnement de l'Union et les causes du désintérêt progressif de l'opinion publique, et en même temps indiquer les voies du redressement. Le premier jet de ce texte n'était pas acceptable tel quel, car il donnait l'impression que la Communauté européenne était, à sa naissance, dépourvue d'objectifs politiques et de vision, et il méconnaissait sa signification et son résultat essentiel: mettre fin pour toujours aux conflits et aux inimitiés entre les Etats membres. En outre, les questions posées donnaient l'impression, par leur formulation, d'indiquer déjà les réponses, ce qui était inacceptable pour certains Etats membres, alors que d'autres y voyaient une tendance excessive à la renationalisation des "politiques communes". Le Premier ministre belge a tenu compte de ces remarques et il a longuement retravaillé son texte, avec ses conseillers et collaborateurs. Les défauts ont été biffés (même s'il reste une demi-ligne que je n'aime pas…), et cette déclaration dessine vraiment l'avenir de l'Europe, dense de concepts fondamentaux et d'engagements fermes. Plusieurs de ses aspects méritent qu'on y revienne, ainsi d'ailleurs que les "conclusions de la présidence" (reproduites, ensemble avec la déclaration, dans notre bulletin spécial de dimanche). J'invite le lecteur à lire ces textes mot par mot, en me proposant d'en commenter ensuite plusieurs éléments, qui recèlent, on le verra, un certain nombre de surprises.

Une présidence bien équilibrée. La solution retenue pour la présidence de la Convention mérite une remarque immédiate. Je ne m'attendais pas du tout à la formule de la présidence triple, trouvaille belge géniale qui a permis de surmonter quelques réticences à l'égard de Valéry Giscard d'Estaing et d'équilibrer le pilotage de la Convention. Au cours des années, Giscard d'Estaing a mûri et affermi ses convictions européennes et, depuis quelque temps, ses prises de position ne justifient aucunement la crainte (évoquée dans quelques capitales) qu'il penche pour la méthode intergouvernementale. En outre, il s'est prononcé, à côté de Jacques Delors, pour une avant-garde structurée, pour le cas où les ambitions des Etats membres actuels et futurs diffèrent de manière trop radicale. À ses côtés, Jean-Luc Dehaene saura conduire (tout en restant ferme sur les principes essentiels) l'œuvre de médiation nécessaire pour qu'une majorité forte et si possible un consensus s'exprime au sein de la Convention, et Giuliano Amato pourra ajouter sa subtilité dans la recherche de formules appropriées. Ainsi, la présidence de la Convention cumulera les qualités nécessaires: autorité et hauteur de vues du président, capacité de médiation et de formulation des deux vice-présidents. (F.R.)

 

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