Bruxelles, 19/11/2001 (Agence Europe) - Lors de la conférence d'amélioration des capacités qui a eu lieu lundi à Bruxelles, les ministres de la Défense de l'Union européenne ont réaffirmé leur engagement à l'égard du développement de l'objectif global (le "Headline Goal") d'un effectif de 60.000, effectifs déployables dans un délai inférieur à 60 jours et pour une durée de mission d'au moins un an, pour des missions dirigées par l'UE. La réunion du Conseil Affaires générales avec la participation des ministres de la Défense s'est achevée sur l'adoption d'une déclaration qui constate que des missions seront possibles d'ici 2003 mais qu'elles ne seront pas sans risques, puisqu'un certain nombre de lacunes n'ont toujours pas été comblées. « Des efforts devront être menés pour permettre à l'Union d'être en mesure de conduire de façon optimale les opérations les plus complexes et de réduire les limitations et restrictions éventuelles en terme d'ampleur de l'opération et de délai de déploiement, ainsi que de niveau de risque », indique la déclaration. Les Etats membres se sont mis d'accord sur un « plan d'action européen sur les capacités » qui reprend tous les efforts, investissements, développements et mesures de coordination, tant nationaux que multinationaux, entrepris ou envisagés en vue d'améliorer les moyens existants et de développer progressivement les capacités nécessaires aux actions de l'Union.
La déclaration constate que les contributions volontaires des Etats membres confirment l'existence d'un ensemble de moyens composé d'un réservoir de plus de 100 000 hommes, d'environ 400 avions de combat et de 100 bâtiments, qui permettent de satisfaire pleinement aux besoins quantitatifs définis par l'objectif global pour mener différents types d'opérations de gestion de crise. Les Etats membres ont apporté des contributions additionnelles qui permettent de remédier totalement ou partiellement à plusieurs lacunes et déficiences. Dans le domaine terrestre, ceci concerne notamment les unités de lance-roquettes multiples, de transmissions, de guerre électronique, d'infanterie blindée et de génie de franchissement. Pour les moyens maritimes, des progrès ont été accomplis dans le domaine aéronaval. Dans le secteur aérien, les contributions additionnelles, mais encore insuffisantes, concernent la recherche et le sauvetage de combat ainsi que des armements de précision. Des efforts supplémentaires doivent être accomplis dans les domaines de la protection des forces déployées, de la capacité d'engagement et de la logistique. Le degré de disponibilité des éléments terrestres, la mobilité opérationnelle et la flexibilité de la force déployée doivent aussi être améliorés. Il en va de même pour les moyens aéronavals et d'évacuation sanitaire maritime. Sur le plan des capacités stratégiques, les moyens de commandement paraissent quantitativement suffisants et les moyens de communications et de renseignement ont été renforcés par des contributions additionnelles, mais de nombreuses lacunes demeurent encore. Cela vaut aussi pour la projection et la mobilité stratégique des forces. La déclaration constate notamment que « les possibilités de renseignement, d'acquisition d'objectifs, de surveillance et de reconnaissance restent limitées ». Au niveau de la mobilité stratégique, les manques les plus significatifs portent toujours sur les avions gros porteurs et les navires rouliers.
Pour remédier à ces lacunes, le plan d'action envisage trois types de solutions: - la mise à disposition de forces et de capacités nationales supplémentaires ; - l'amélioration de l'efficacité et de l'efficience des capacités déjà mises à disposition ; - des solutions multinationales pouvant inclure la coproduction, le financement et l'acquisition de capacités et éventuellement la gestion et l'utilisation commune des équipements acquis de cette façon. L'analyse et l'évaluation tant quantitative que qualitative de l'ensemble des lacunes sera poursuivie sous la direction du Comité militaire. Dans un souci d'efficacité, de souplesse et de responsabilisation des Etats membres, le plan prévoit aussi la réunion, par type de capacité, de groupes d'experts chargés d'analyser les lacunes résiduelles et de recenser toutes les solutions nationales ou multinationales envisageables. L'animation de ces groupes pourrait être prise en charge par un Etat membre ou un groupe d'Etats pilotes. Sur la base d'avis du Comité militaire, le Comité politique et de sécurité fera régulièrement rapport au Conseil.
Voici un rapide aperçu des contributions des Etats membres au 19 novembre 2001: Autriche: ce pays est en mesure de fournir un maximum de 2000 hommes pour des opérations simultanées (UE, OTAN , ONU, etc.) avec notamment 1 bataillon mécanisé d'infanterie, 1 bataillon d'infanterie légère, une unité NBC, une escadrille d'hélicoptères de transport et une compagnie de transport ; Belgique: 1 brigade mécanisée pour une mission de six mois, 1 escadrille de 12 F16 (24 pour des opérations de courte durée), 8 C130 et 2 Airbus, deux frégates, six navires de déminage et un navire de commandement (pour des durées de 4 mois) ; Finlande: 1500 hommes comprenant notamment 1 bataillon d'infanterie mécanisée et 1 compagnie de transport ainsi que des unités de commandement, de soutien et de logistique ; France: 12 000 hommes (à partir d'un réservoir de 20 000) comprenant notamment 1 PC de division, 1 brigade lourde , 1 brigade légère, 1 brigade aéroportée et 1 brigade amphibie ; s'y ajoutent 1 groupe aéronaval (22 avions de combat, 2 avions de détection), 1 sous-marin nucléaire d'attaque, 2 grands bâtiments amphibies, 4 frégates, 3 bâtiments de soutien ainsi que 75 avions de combat, 8 avions ravitailleurs, 3 avions de transport longs-courriers et 24 avions de transport de moyen rayon d'action, 2 AWACS ; le 19 novembre, la France a aussi mis dans la corbeille des éléments de soutien pour 4 bataillons (lance roquettes multiples, hélicoptères, guerre électronique, défense nucléaire, bactériologique, chimique), de nouveaux drones de reconnaissance, un doublement à sa contribution initiale en protection NBC, le renforcement de sa contribution en soutien médical embarqué, l'apport des premiers missiles anti-piste APACHE, d'une capacité de frappe de nuit par avions de combat embarqués, des forces spéciales ; Allemagne: 18 000 hommes, avec notamment 14 escadrilles aériennes et 13 navires, des moyens sanitaires et des éléments de soutien ; ces moyens seront complétés par le système de surveillance par satellite (SAR LUPE), des drones et d'autres systèmes de reconnaissance/surveillance (LUNA, KZO, COBRA), l'avion de transport A400M et le bâtiment de transport amphibie ETRUS ; Grèce: 6500 hommes, avec notamment 1 brigade d'infanterie, 1 compagnie d'hélicoptères de combat et une autre de transport, huit navires et 42 avions ; Irlande: 850 hommes, dont 1 bataillon d'infanterie légère (750) ; Italie: 12 500 (qui pourraient être portés à 14 500 sur un maximum de 4 mois) avec 19 navires et 26 avions de combat ainsi que des éléments de commandement et de soutien ; Luxembourg: 1 compagnie de reconnaissance sur véhicules blindés légers ; Pays-Bas: 1 brigade mécanisée, 1 brigade aérienne, 1 bataillon amphibie ainsi que des frégates et des avions F16 ; Portugal: environ 4000 hommes des trois armes avec notamment 1 frégate, 1 sous-marin, 12 F16, 4 Hercules C130 et 4 hélicoptères PUMA ; Espagne: 1 brigade mécanisée, des unités de montagne, d'opérations spéciales et d'infanterie légère (niveau bataillon) avec notamment un groupe aéronaval, deux escadrons de chasseurs F-1 et F-18 (24 au total) et un escadron de transport. Suède: 1 bataillon d'infanterie mécanisée de 900 hommes, 1 compagnie du génie de 175 hommes et 1 compagnie de police militaire de 160 hommes, 1 unité de la marine avec 206 hommes et deux corvettes, 1 escadrille de reconnaissance aérienne et 4 C130 ; la participation suédoise sera décidée au cas par cas ; Royaume-Uni: environ 12 500 hommes, avec 18 navires et 72 avions de combat ainsi que des moyens de commandement, de soutien et de renseignement.
Au cours de leur déjeuner, les ministres des Affaire étrangères ont évoqué la possibilité d'organiser des Conseils Défense formels, en plus de réunions informelles et d'invitations au Conseil Affaires générales. Les ministres ne sont pas arrivés à un consensus, certains soulignant qu'il y avait déjà trop de Conseils.