login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8094
Sommaire Publication complète Par article 10 / 40
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/proche-orient

Ariel Sharon confirme son intransigeance à la Troïka de l'UE, à laquelle il demande de cesser d'aider l'Autorité palestinienne

Jérusalem, 19/11/2001 (Agence Europe) - La Troïka européenne menée par le Président du Conseil européen Guy Verhofstadt n'a pu que constater le blocage des discussions entre Israéliens et Palestiniens sur le processus de paix, lors de sa visite de trois jours, de samedi à lundi au Proche-Orient. La rencontre de la Troïka avec le Premier ministre israélien, dimanche à Jérusalem, a confirmé l'intransigeance d'Ariel Sharon sur la question de l'arrêt total des violences pendant sept jours avant la reprise du dialogue, à tel point que la délégation européenne s'interrogeait, à l'issue de ces entretiens, sur la pertinence du moment choisi pour cette mission que lui avait confiée le Sommet de Gand. « Il est manifeste que le climat n'est pas encore bon pour reprendre les négociations », a déclaré le Président du Conseil de l'UE Louis Michel avant de s'envoler pour Bruxelles. « La patience de l'UE est mise à mal, après avoir passé des heures à tenter de rapprocher les points de vue », a-t-il ajouté. « Je suis d'une nature optimiste et j'espère que tous comprendront que c'est le moment d'être constructifs », remarquait avec une certaine amertume le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, tout en espérant en une" une nouvelle dynamique du processus de paix dans les prochaines semaines ».

A la veille du discours très attendu sur le processus de paix que le Secrétaire d'Etat américain Colin Powell devait prononcer lundi soir à l'université de Louisville (Kentucky), l'UE a eu aussi du mal à faire valoir sa position d'interlocuteur dans le processus. Au cours de la tournée, la Troïka a mis en avant la convergence des positions européennes et américaines ainsi que l'importance d'un réengagement des Etats-Unis dans la région. « Nous faisons chaque jour des efforts de coordination avec les Etats-Unis », a remarqué le président de la Commission Romano Prodi. Les Européens ne pouvaient toutefois pas cacher que le discours prononcé par le Président Bush à New York sur le Proche-Orient n'avait pas répondu à leurs attentes et que le discours de Colin Powell, dont ils n'avaient visiblement pas été informés en détail, n'apporterait pas d'éléments nouveaux majeurs. « Il s'agira d'un discours constructif, sans entrer dans les détails », commentait dimanche Javier Solana.

Les Européens semblent toutefois avoir enregistré une fin de non-recevoir de la partie israélienne. Avant même son arrivée à Jerusalem, un haut responsable israélien avait mis en doute dans une déclaration à l'AFP la « neutralité » de l'Union européenne dans les discussions. La diffusion, jeudi à la télévision belge RTBF, d'un reportage sur le rôle de Ariel Sharon dans les massacres de Sabra et Chatila en 1982, lorsqu'il était ministre de la Défense, et des déclarations, dimanche, du maire de Jerusalem traitant le gouvernement belge de « salopard » auront encore contribué à alourdir l'atmosphère de la visite. A l'issue de la rencontre entre la Troïka et Ariel Sharon, Guy Verhofstadt a dû défendre la position européenne en assurant que « contrairement à ce que l'on prétend, elle n'est pas pro-palestinienne, mais neutre ». « Nous avons toujours une position équilibrée lorsque nous venons dans la région, et nous disons qu'il est nécessaire à la fois d'avoir un Etat pour les Palestiniens et la sécurité pour Israël », a-t-il déclaré devant la presse palestinienne.

Lors d'une conférence de presse, cependant, Ariel Sharon a clairement dénié à l'UE un rôle politique dans la région, en la cantonnant dans un rôle économique. « Les dirigeants de l'Union européenne ont un rôle important à jouer pour parvenir à la paix à laquelle nous aspirons. Je vous appelle à aider le peuple palestinien à construire des usines, établir des infrastructures et investir dans l'industrie palestinienne », a-t-il déclaré, en lançant toutefois un avertissement: « ne transférez pas vos fonds à l'Autorité palestinienne, car votre argent sera utilisé pour acheter des armes, qui seront ensuite dirigées directement contre l'Etat d'Israël. Votre rôle aujourd'hui est d'investir dans les populations ». Dans le même temps, alors que les Européens l'avaient pressé de débloquer les revenus douaniers des territoires palestiniens retenus par l'Etat israélien, Ariel Sharon a clairement indiqué qu'il n'en était pas question pour le moment, en déclarant que « nous n'allons certainement pas donner à l'Autorité palestinienne de l'argent qui servira à payer le salaire de ceux qui nous assassinent ».

Quant au processus de paix, la partie européenne ne semble pas avoir reçu de signe encourageant de la partie israëlienne sur la reprise sans conditions des discussions. Il n'est pas nécessaire de faire de nouvelles propositions, le plan Mitchell sur les mesures de confiances et le document Tenet sur la sécurité sont déjà sur la table, et il s'agit maintenant de « déterminer les conditions nécessaires pour arriver à leur mise en oeuvre », assurait Guy Verhofstadt lors de la première étape de la visite, en Egypte. Selon lui, deux éléments auraient pu contribuer à débloquer la situation: la relative période d'accalmie sur le terrain depuis la rencontre Peres/Arafat à Bruxelles il y a une dizaine de jours, et « l'approche commune » - définie lors de la rencontre à quatre entre les Etats-Unis, le Secrétaire général de l'ONU, la Russie et l'UE en marge de l'Assemblée générale de l'ONU - sur la nécessité d'assurer un Etat pour les Palestiniens et la sécurité d'Israël. En outre, selon les informations en provenance de Washington, le discours de Colin Powell devait marquer la prise de distance des Etats-Unis avec l'exigence israélienne d'un arrêt des violences pendant sept jours avant d'entamer la mise en oeuvre du plan Mitchell. Samedi, lors d'une conférence de presse, le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a assuré que « nous ferons tous les efforts nécessaires pour maintenir le cessez-le-feu », en réaffirmant son engagement pour « une mise en oeuvre immédiate du plan Mitchell ». « Nous avons mis en oeuvre tout ce que nous avons promis aux Américains », a-t-il ajouté. Ariel Sharon a toutefois campé sur ses positions en soulignant devant la presse que son pays demande non un ralentissement des violences, mais « un calme absolu pendant sept jours et une accalmie pendant six semaines ». Une condition qui « ne fait pas partie intégrante du plan Mitchell », souligne un diplomate européen. « Une période de calme complet de sept jours est difficile à obtenir, car elle donne aux plus violents le pouvoir de briser le processus de paix. C'est, à mon avis, une stupidité », n'a pas hésité à déclarer à la presse Javier Solana. Gardant espoir, le Haut Représentant a toutefois espéré que la mission de la Troïka aura permis de démontrer que le moment est venu de faire « 100% d'efforts, même si l'on arrive pas à 100% de résultats ».

En Israël, malgré la teneur peu encourageante des entretiens, Guy Verhofstadt a rencontré une deuxième fois, dimanche soir, Ariel Sharon, pendant près de deux heures, pour discuter notamment de la contribution que l'UE pourrait apporter à la mise en oeuvre de mesures de sécurité.

La Troïka a visité lundi la Syrie et le Liban, sans MM. Michel et Solana, qui sont rentrés à Bruxelles pour la réunion du Conseil Affaires générales. La visite en Jordanie a été annulée pour des raisons "d'organisation": les autorités d'Amman avaient demandé de tenir un peu plus tard la rencontre prévue lundi avec le roi Abdallah II, mais l'emploi du temps très serré de la Troïka a rendu une telle modification du programme impossible.

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE