Bruxelles, 12/11/2001 (Agence Europe) - Dans un discours qu'il a prononcé lundi au Collège d'Europe à Bruges, le président de la Commission européenne, Romano Prodi a donné sa recette pour « faire de l'Europe un acteur mondial » capable d'affronter les défis du XXIème siècle, d'assurer sa sécurité dans le nouveau contexte international illustré par les attentats du 11 septembre. Elle passe par un élargissement réussi, des politiques internes renforcées et une réforme institutionnelle approfondie. « Avec l'élargissement, l'Europe va acquérir le poids nécessaire (…) mais ni ses dimensions ni ses ressources économiques ne suffiront si elle n'est pas capable de renforcer ses politiques et de réformer ses institutions, si elle n'exprime pas sa volonté de réaffirmer le sens de sa propre unité », a déclaré M. Prodi en estimant que la Convention et la Conférence intergouvernementale qui la suivra devront permettre un saut qualitatif.
Le président de la Commission a ensuite évoqué successivement:
- l'élargissement: « D'ici un an, nous procéderons à une évaluation de la capacité de chaque pays d'assumer les droits et les obligations qui découlent de l'appartenance à l'Union », a rappelé M. Prodi avant d'affirmer: « Nous sommes certains qu'à cette date, nous pourrons conclure les négociations avec les pays qui auront respecté les critères d'adhésion ».
- la sécurité intérieure: un contrôle efficace des frontières extérieures est un élément indispensable à la sécurité intérieure et à la confiance des citoyens, a constaté M. Prodi en ajoutant: « C'est un contrôle dont bénéficieront tous les pays membres et dont, par conséquent, le coût et la responsabilité ne peuvent pas peser sur les seuls pays frontaliers. C'est un problème commun. Il nécessite donc des analyses communes en vue de développer une action unitaire pour le contrôle des frontières ». Il faut aussi faire avancer la collaboration policière au-delà de ce qui est prévu, estime M. Prodi qui plaide en faveur de la création d'une police européenne intégrée pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé.
- économie: «Des politiques budgétaires unilatérales menées par différents Etats membres seront toujours moins efficaces et risqueront au contraire d'avoir des effets négatifs pour l'ensemble de la zone euro et la crédibilité de l'Union économique et monétaire », affirme Romano Prodi qui estime qu'il « nous faut donc un consensus sur le modèle de politique budgétaire, un code de conduite qui donne une cohérence globale à la politique économique de la zone euro et rassure les citoyens et les marchés sur l'existence d'un système efficace de gestion de l'économie, à côté du pilotage de la monnaie assuré par la Banque centrale européenne ». La Commission présentera des propositions en ce sens.
- compétitivité et solidarité: évoquant la stratégie de Lisbonne, M. Prodi a déclaré: « Je ne peux pas taire ma préoccupation lorsque je constate le peu de progrès réalisés dans l'approbation des propositions qui se trouvent sur la table du Conseil et du Parlement depuis un an et demi ». Et de souhaiter qu'un accord final soit trouvé avant le Conseil de printemps à Barcelone sur le paquet télécommunications, le brevet communautaire et les paiements transfrontaliers mais aussi sur le paquet « open sky », les fonds de pension, les réseaux transeuropéens et les marchés publics. Evoquant les tragédies des tunnels du Saint-Gothard et du Mont-Blanc, M. Prodi a aussi plaidé pour des nouvelles liaisons ferroviaires et des mesures de sécurité plus sévères que la Commission devrait présenter au début de l'an prochain. Il a dit qu'il avait l'intention d'organiser le plus rapidement possible une réunion de travail rassemblant les autorités politiques et les opérateurs économiques des Alpes et des Pyrénées.
- rôle international de l'Europe: après avoir insisté sur le rôle à jouer dans la stabilité et le dialogue nord-sud en particulier avec l'Afrique, M. Prodi a dit que « c'est précisément le moment de montrer que nous sommes passionnément du côté des bâtisseurs de paix appartenant aux deux camps » du Proche-Orient. « Le moment est aussi venu d'ouvrir un nouveau chapitre pour l'ensemble de la zone méditerranéenne », a-t-il lancé en plaidant pour la création d'un marché intérieur et d'un « espace euroméditerranéen de sécurité, de liberté et de développement équilibré » avec « une structure permanente de concertation et de décision ». M. Prodi s'est aussi prononcé pour la création d'une banque de développement pour la Méditerranée, avec l'éventuelle participation de la BEI, comme le propose M. Aznar, ainsi que d'un observatoire commun, visant à donner cohérence et unité aux informations et aux statistiques sur le travail et l'immigration. « Nous devons lancer un nouveau et vaste programme de dialogue culturel en Méditerranée. Un dialogue destiné à contrer et réfuter toutes les hypothèses d'affrontement entre les civilisations », a-t-il ajouté avant de plaider pour une Europe qui parle d'une seule voix au niveau international et d'affirmer que la politique extérieure et de sécurité de l'Union doit être placée dans le domaine strictement communautaire.
- les réformes institutionnelles: « Nous devons oser beaucoup plus » qu'à Nice, a déclaré le président Prodi en plaidant pour une réforme en profondeur fondée sur un véritable projet pour l'Europe. Et d'insister sur (1) le vote à la majorité au Conseil qui devrait se réunir en public lorsqu'il remplit ses fonctions législatives, (2) les mécanismes d'association des parlements nationaux et (3) une nouvelle forme de recette votée par le Parlement et le Conseil afin de sortir d'un système où ce sont les Etats et non les citoyens qui sont les contribuables.