Le rôle des instruments européens. Le ralentissement économique provoqué par les attaques terroristes étant acquis, les Etats membres comptent beaucoup sur l'UE pour en limiter les répercussions négatives. Ce n'est pas de la rhétorique européenne. Les chefs de gouvernement ont reconnu à Gand que les Quinze ne disposent presque pas de marges de manœuvre nationales dans le domaine budgétaire, et ils ont en pratique misé sur la coopération européenne (accélération de la "stratégie de Lisbonne") et sur deux organes de l'UE: la Banque centrale européenne (BCE) à court terme - par la réduction des taux d'intérêt dès que possible - et la Banque européenne d'investissement (BEI) à moyen et à long terme. Les péripéties du texte de Gand relatif aux taux d'intérêt sont connues. Le Sommet devait maintenir l'équilibre entre le message qu'il voulait envoyer et le respect de l'autonomie de la BCE. Il en est resté une ligne et demie: le Conseil européen "a noté qu'une nouvelle amélioration des perspectives concernant l'inflation et le maintien de la modération salariale fourniraient une marge de manœuvre pour la politique monétaire". La BCE agira sans doute dans les prochaines semaines, si les données sur l'inflation se confirment.
Quant au rôle de la BEI, à mon avis, on n'en parle pas suffisamment. Elle devient de plus en plus un instrument au service des politiques de l'Union. Philippe Maystadt a accentué et rendu plus visible le caractère politique de la Banque qu'il préside. Pendant les premières années de son existence, la BEI avait assis sa crédibilité, conquis la confiance des marchés et mérité le "triple A" qui lui permet d'obtenir les crédits aux conditions les meilleures. C'était indispensable, et c'est ce qui lui a permis ensuite d'élargir progressivement son action. Quel chemin parcouru depuis lors! Aujourd'hui, Philippe Maystadt est extrêmement attentif à toute possibilité de soutenir l'action de l'UE. Chaque fois que l'Union lance de nouveaux programmes ou de nouvelles stratégies, la BEI étudie les voies et moyens pour y contribuer; il suffira de rappeler son "Initiative innovation 2000" qui prévoit des prêts de 12 à 15 milliards d'euros sur trois ans en appui à la stratégie de Lisbonne, le doublement de la réserve destinée à garantir l'action en faveur du capital-risque des PME, la réforme du Fonds européen d'investissement, l'appui aux nouvelles orientations pour les transports.
Les trois initiatives de la BEI. Les initiatives "post Gand" de la BEI seront présentées en détail au Conseil Economie/Finances du 6 novembre, mais elles ont déjà été discutées par son président avec le président de la Commission, et anticipées pour l'essentiel par Philippe Maystadt lui-même qui a déclaré: " La BEI peut financer des projets de 15 ou 20 ans, en empruntant sur le marché des capitaux à taux intéressants auxquels les Etats ou les institutions financières privées n'ont pas toujours accès. Nous finançons des projets dont la durée et le coût peuvent effrayer les banques". En d'autres mots: si dans les circonstances actuelles les banques hésitent à financer des projets dont la rentabilité est éloignée, si les Etats ne sont pas en mesure, pour des raisons budgétaires, d'apporter tous les capitaux publics qui seraient souhaitables, si les PME rencontrent des difficultés à trouver des financements par les canaux habituels, la BEI est là. D'après les indications disponibles, le nouveau plan de la BEI comporterait essentiellement trois initiatives:
a) dans les domaines des transports, de l'environnement et du tourisme, la BEI se propose de financer exceptionnellement, pendant deux ans, jusqu'à 75% des projets (au lieu de 50% en temps normal). M. Maystadt a précisé que ceci concernera surtout les réseaux transeuropéens prioritaires, dont la réalisation accuse du retard (il a ajouté qu' "un effort de la Commission s'impose pour raccourcir les délais"), mais sans oublier les moyens et petits programmes environnementaux (traitement des eaux et des déchets, rénovation urbaine), en partenariat avec les autorités locales;
b) utiliser le "mécanisme de financements structurés" (prêts dont le remboursement est lié au succès des projets) pour les secteurs qui connaissent des difficultés particulières, comme les opérateurs télécoms ou les compagnies aériennes. Bien entendu, la BEI n'intervient pas dans les difficultés ponctuelles des entreprises de ces secteurs, mais elle peut contribuer par le mécanisme cité à leurs projets de recherche/développement, dans l'esprit des objectifs de Lisbonne (faire de l'Europe la zone la plus compétitive du monde);
c) intensifier l'action du Fonds européen de développement (dont la BEI est l'actionnaire majoritaire) dans le capital-risque, en prenant des participations dans des fonds qui, depuis le 11 septembre, ont perdu une partie considérable de leur capitalisation.
Certes, l'action de la BEI n'est qu'un élément de celle de l'UE, et elle n'a pas d'effet immédiat. Mais il est significatif que les Quinze s'appuient sur deux organes européens pour éloigner les risques de récession: la BCE (sans l'euro, l'Europe serait aujourd'hui en pleine crise monétaire) et la BEI. (F.R.)