Bruxelles, 10/10/2001 (Agence Europe) - Le dialogue euro-africain sur « la nouvelle initiative africaine», débattue mardi à Bruxelles par l'Union européenne et les cinq chefs d'Etat africains promoteurs de ce programme d'action pour le développement de tout le continent africain (voir EUROPE d'hier, p. 7), est en voie d'institutionnalisation, et des projets pilotes pourront être présentés au prochain G8, au Canada en juin-juillet 2002. Ces deux avancées, qui traduisent la volonté commune de passer rapidement à la mise en œuvre de projets concrets, couronnent de succès la réunion de travail organisée par la Présidence belge entre les Présidents du Conseil européen, Guy Verhofstadt, et du Conseil Louis Michel, le Haut Représentant pour la PESC Javier Solana, le Président de la Commission Romano Prodi, les Commissaires Chris Patten et Poul Nielson, et les chefs d'Etat africains Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdoulaye Wade (Sénégal), Abelaziz Bouteflika (Algérie), Osni Moubarak (Egypte), et le président en exercice de l'OAE/UA, Frederik Jacob Titus Chiluba (Zambie). Les résultats de l'échange de vues, consignés dans une déclaration commune, traduisent la reconnaissance par les Européens des mérites d'un plan d'action global, conçu par les Africains, pour résoudre leurs problèmes, et la détermination des partenaires à renforçer leur coopération pour assurer la réussite de ce plan fondé sur la promotion de la paix, de la stabilité, de la démocratie et du développement.
Commentant devant la presse cette déclaration commune, Guy Verhofstadt a énoncé les raisons pour lesquelles l'UE soutient cette « nouvelle initiative africaine » parce qu'elle: 1) se fonde sur les idées des leaders africains eux-mêmes et incarne par excellence le concept d'"appropriation africaine"; 2) repose sur des objectifs clairs: démocratie, transparence, bonne gestion des affaires publiques, Etat de droit et droits humains; 3) établit un juste équilibre entre prévention des conflits, aide aux différents pays, commerce et investissement, aide et allégement de la dette ; 4) vaut pour tout le continent africain tout en faisant à la coopération régionale la place qui lui revient.
Evoquant les résultats tangibles de la réunion, Guy Verhofstadt a cité les décisions de: a) organiser deux fois par an une rencontre entre le comité directeur de la nouvelle initiative africaine (les 5 chefs d'Etat africain et la présidence de l'Union africaine) et l'UE, qui sera préparée au niveau des experts ; b) établir un lien permanent entre les task force de la nouvelle initiative africaine (NIA) et la Commission européenne ; c) mettre en place immédiatement un groupe de réflexion conjoint sur la relation entre la NIA et les efforts existants de coopération au développement tels que l'accord de Cotonou, et le processus du Caire; d) lancer un projet pilote de coopération dans le domaine du développement des capacités africaines, en particulier en matière de formation des fonctionnaires au niveau régional; e) créer un groupe commun sur les infrastructures, en tant que domaine prioritaire du prochain programme du Fed (Fonds européen de développement).
« Ces conclusions seront présentées les 17 et 18 octobre prochains à Londres, pour la première réunion du groupe de suivi de la nouvelle initiative africaine mis en place par le G8 », a dit Verhofstadt, qui a rappelé que l'idée de la Présidence belge et de la Commission de ne pas attendre le prochain G8 pour commencer à travailler sur cette initiative était née de l'indignation du Président nigérian Obassanjo lors du G8 à Gênes, quand les pays les plus industrialisés avaient salué l'initiative en proposant d'en rediscuter dans un an seulement… « Notre espoir est que dans les prochains mois, ce modèle puisse être adopté dans le cadre du G8. Nous, pays industrialisés, avons une responsabilité historique dans les déséquilibres qui existent encore au niveau mondial », a conclu M. Verhofstadt.
Au nom des pays africains, le Président Chiluba a rendu hommage aux idées du Président Mbeki et du Président Wade qui sont à la base de la nouvelle initiative et il a insisté sur l'objectif d'éradication de la pauvreté. Il a aussi salué les relations avec l'UE « acceptée comme un allié naturel ». Rappelant que, lors du dernier sommet de l'OUA, les pays africains avaient jugé que le mandat de cette organisation avait été « complètement exécuté et rempli » et que le moment était venu de créer une Union africaine fondée sur l'intégration régionale, il a estimé que cette Union africaine serait l'outil de mise en œuvre de la nouvelle initiative africaine, qui constitue, elle, « un agenda ». Mais, a-t-il ajouté, « avec tout l'intelligence et la meilleure volonté du monde, l'Afrique n'a pas les ressources financières pour réussir. Nous avons besoin de votre coopération pour la mise en œuvre du plan ».
Au nom de la Commission européenne, Poul Nielson a insisté sur l'importance économique de la bonne gestion des affaires publiques, qui crée les conditions favorables à l'investissement étranger. « L'an prochain, nous allons commencer les investissements dans le cadre de l'accord de Cotonou. 2,2 milliards d'euros seront déboursés pour stimuler les partenariats d'affaires ACP/UE, mais si nous ne disposons pas de la base décrite dans la nouvelle initiative africaine, les bénéfices à attendre de ces investissements seront inférieurs à ce que l'on peut escompter», a-t-il déclaré.