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Bulletin Quotidien Europe N° 8010
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Petite chronique du débat sur l'Europe future - Ne pas confondre autocritique et autoflagellation - premier bilan du débat national en France

Le "débat ouvert" de lundi matin, à Bruxelles, entre les ministres des Affaires étrangères de l'UE sur "le dialogue avec les citoyens" n'a certes pas ému les foules. Soyons honnêtes: en général, le citoyen ne sait même pas que de tels débats existent et qu'il peut y assister. Ceci ne signifie pas qu'ils manquent toujours d'intérêt. Celui de lundi (résumé dans notre bulletin du 17 juillet, pp.4/5) mérite quelques remarques.

Une réaction saine. Certains ministres ont réagi à la tendance à exagérer l'indifférence, voire l'hostilité de l'opinion publique à l'égard de l'Europe. Selon le ministre portugais Jaime Gama, "nous ne devons pas aborder ce débat avec un sentiment de mauvaise conscience". Tout en reconnaissant les lacunes, il faudrait faire valoir les éléments positifs de l'intégration européenne; et il a rappelé le marché unique, l'euro, les progrès de la Pesc et de la Pesd, les actions en matière d'emploi, environnement, sécurité alimentaire, en soulignant que "l'Europe a aujourd'hui dans le monde une place que nous ne connaissions pas avant". D'autres ministres aussi ont estimé que l'autoflagellation permanente n'est pas un exercice utile, ni par ailleurs justifié par la réalité. Mme Lydie Polfer (Luxembourg) a invité ses collègues "à ne pas dénigrer nos propres institutions".

Je crois que c'est une réaction saine. L'autocritique est salutaire et même nécessaire, et les institutions communautaires ne doivent pas rester dans une sorte de satisfaction béate en négligeant les alertes qui proviennent de la participation insuffisante aux élections et aux référendums sur l'Europe ou des eurobaromètres. Mais lorsque nous savons pertinemment que quelque chose est bon pour l'Europe et pour ses citoyens, nous devons le défendre, et le faire connaître. Le président du Conseil Louis Michel a raison de dénoncer les dangers, mais je ne suis pas sûr qu'il soit justifié de parler de "l'incompréhension, voire de l'indifférence ou même hostilité d'une partie de l'opinion publique à l'égard de l'intégration européenne". Je ne crois pas que l'attachement des peuples européens à l'idée de l'Europe unie soit en danger; et lorsqu'il l'est, la faute en revient en partie à l'attitude de ces autorités nationales qui ont la tendance à détourner sur l'Europe le mécontentement de leurs citoyens (le cas irlandais est instructif, voir cette rubrique dans EUROPE d'hier). D'ailleurs, en indiquant après le débat de lundi les "lignes d'action" à suivre, M.Michel lui-même y a inclus l'exigence d' "éviter que les gouvernements utilisent l'Europe comme un bouc émissaire". Certaines critiques de l'Europe, même et surtout en provenance de milieux qui se prétendent intellectuels, sont absurdes et parfois ridicules (je me propose d'y revenir prochainement).

Quelques indications préliminaires. Un premier effort de synthèse d'un "débat national" sur l'avenir de l'Europe a été effectué en France. Les débats nationaux, on le sait, représentent la première phase de la préparation à la révision des Traités prévue pour l'année 2004. Ils devraient en principe se dérouler d'ici la fin de l'année, pour laisser ensuite la place à la Convention, ou au Forum, qui devrait, dans le courant de l'année prochaine, définir les grandes lignes de la nouvelle réforme. Cette Convention, ou Forum, resterait ensuite ouverte en permanence aux apports extérieurs, afin que les différentes branches de la "société civile" puissent continuer à s'exprimer.

On ne sait pas grand-chose, pour le moment, du déroulement de ces "phases nationales". C'est pourquoi il est peut-être utile de faire écho aux toutes premières évaluations en France, pays qui a structuré son débat et a créé un organe (dont fait aussi partie un journaliste, Philippe Lemaître, ancien correspondant du Monde à Bruxelles) pour suivre le processus. A l'enseigne du slogan "ensemble, bâtissons l'Europe", les réunions se suivent, un peu paresseusement pour le moment (vacances obligent) mais avec une relance attendue pour septembre, pour atteindre le chiffre prévu de 26 débats régionaux. Les premières réunions - à Nantes, Clermont-Ferrand et Châlons-en-Champagne - ont permis à quelques observateurs d'en tirer les indications suivantes: a) la tonalité générale des intervenants est nettement pro-européenne; b) les associations, fédérations et autres organisations qui s'expriment demandent "davantage d'Europe" dans plusieurs domaines, plutôt que "moins d'Europe" (les critiques à "l'interventionnisme européen" ont un caractère "rituel", selon un observateur de la Commission, mais dès que l'on cite des secteurs spécifiques, c'est souvent pour estimer que l'Europe n'est pas assez présente); c) il n'y pas de demandes de modifications radicales ni, jusqu'à présent, de "propositions novatrices". L'impression générale est que ce "débat national" permettra surtout de faire connaître un peu mieux l'Europe aux populations, mais qu'on pourra difficilement en tirer des orientations opérationnelles. Attendons toutefois, car l'exercice ne fait que commencer. Il est trop tôt pour évaluer l'efficacité et l'intérêt de ces débats nationaux, en France comme ailleurs. (F.R.)

 

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