Bruxelles, 28/06/2001 (Agence Europe) - Lors d'une conférence de presse, le président de la délégation du Parlement européen, le vert allemand élu en France, Daniel Cohn-Bendit, a estimé que la réunion, deux jours durant, de la commission parlementaire mixte UE/Turquie a «démontré la normalité qui existe dans nos relations». Il a indiqué que la crise économique en Turquie a fait l'objet de discussions, même si les participants ont consacré une grande partie de leur débat au programme national pour l'adoption de l'acquis communautaire que la Turquie vient d'adopter. M. Cohn-Bendit a expliqué que l'une des grandes faiblesses de ce programme national est l'absence de calendrier pour sa mise en oeuvre, en particulier en ce qui concerne les critères politiques de Copenhague. Non sans juger «contradictoire» la récente interdiction du Parti de la vertu, qui a été condamnée par presque tous les groupes politiques du PE, M. Cohn-Bendit a insisté sur la situation dans les prisons. A ce propos, son homologue turc, Kürsat Eser, a dit que l'on parle beaucoup de la situation dans les prisons de son pays mais qu'il a eu l'occasion de visiter des prisons dans l'UE et qu'elles ne répondaient pas non plus aux exigences qui sont formulées à l'égard de la Turquie. Notant que, selon les autorités turques, la grande réforme constitutionnelle devrait intervenir en septembre prochain, M. Cohn-Bendit a insisté sur la nécessité de supprimer les délits d'opinion, avec pour corollaire l'amnistie de milliers de détenus, parmi lesquels figure Leyla Zana, lauréat du Prix Sakharov du Parlement européen. M. Eser a rappelé que la Turquie a déjà amnistié 2500 prisonniers et il a affirmé que «ceux qui sont toujours en prison ont apporté un soutien direct au terrorisme».
«Chypre sera dans les prochains mois le principal problème dans les relations de l'UE avec la Turquie», a souligné M. Cohn-Bendit en estimant qu'une «solution est absolument nécessaire avant toute ratification de l'élargissement», et il a indiqué qu'il a proposé l'organisation au Parlement d'une grande audition sur le dossier chypriote (voir aussi EUROPE d'hier, p.4). Lors de la réunion de la commission mixte, à laquelle participait aussi le ministre turc des Affaires étrangères, Ismail Cem, M. Cohn-Bendit avait, pour illustrer l'attitude des protagonistes de la question chypriote, fait référence au film «la Fureur de vivre» (un film de Nicholas Ray de 1955, avec James Dean: NdlR), où deux acteurs jouent à un jeu consistant à savoir lequel sautera en dernier de son véhicule qui fonce droit vers un ravin. Il a souhaité que cette audition permette de trouver une solution qui permettra à tout le monde de sauter de la voiture avant qu'elle ne tombe dans le ravin. Répondant à une question du libéral-démocrate britannique Andrew Duff sur la règle prévue par l'accord de 1960 qui interdit à Chypre de devenir membre d'une organisation internationale dont la Grèce et la Turquie ne seraient pas membres, M. Cem a dit qu'une adhésion unilatérale obligerait tant la Turquie que la partie chypriote turque à «réagir avec véhémence», tout en reconnaissant que cela nuirait à tout le monde et peut-être même plus à la Turquie qu'aux autres.