Strasbourg, 18/05/2001 (Agence Europe) - Le Parlement européen a déploré les atteintes contre la liberté de la presse en Russie et plaidé pour la libération immédiate et sans conditions des « trop nombreux journalistes détenus arbitrairement » dans le monde, en approuvant (100 oui, 6 non, 4 abstentions) , pendant ses débats d'urgence de jeudi après-midi, une résolution des groupes socialiste, libéral, des Verts/ALE, de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique.
La plénière a maintenu un « considérant » exprimant sa préoccupation pour « la concentration de la propriété des médias qui menace la presse également au sein de l'Union », mais a rejeté deux passages dans lesquels il aurait dû appeler les gouvernements des Etats membres de l'UE à: - « veiller scrupuleusement aux conflits européens » et aux « rapports ambigus entre les rédactions et les propriétaires et financiers du monde des médias » (53 oui, 55 non, 2 abstentions) ; - ouvrir un large débat sur « l'organisation économique et financière des entreprises de presse » (52 oui, 53 non, 2 absentions): ce dernier appel était adressé aussi « aux autorités européennes ».
Au cours du bref débat, la Verte allemande Ilka Schroedter et le socialiste néerlandais Max van den Berg ont insisté sur la nécessité que la liberté et le pluralisme dans la presse soient garantis non seulement dans les pays en voie de développement et les pays candidats à l'adhésion à l'UE, mais aussi dans l'Union européenne elle-même. Nous assistons à un phénomène inquiétant de concentration de la propriété de médias aussi au sein de l'Union, a dit M. van den Berg, en ajoutant: je ne citerai pas de noms, mais le groupe socialiste entend prendre des initiatives pour lutter en faveur du maintien du pluralisme. L'élu de l'UDF, Philippe Morillon a répliqué en indiquant que son groupe, celui du PPE-DE, avait été parmi ceux qui avaient pris l'initiative d'une telle résolution, à l'occasion de la Journée de la liberté mondiale de la presse, le 3 mai ; « malheureusement, cette idée toute simple a été détournée par l'initiative d'autres groupes qui ont relancé une polémique politicienne contre un des membres de notre groupe qui est devenu le chef du gouvernement d'un des Etats membres », a-t-il ajouté, en annonçant que son groupe ne souscrivait plus à la résolution. M. Fiori, élu de Forza Italia, s'est insurgé lui aussi contre ce qu'il a appelé « une politique des poisons », alors que l'élu des Democratici di sinistra, Demetrio Volcic, a évoqué le « conflit d'intérêts » en demandant: lorsque le Premier ministre et le propriétaire (de médias importants) « sont la même personne, qu'est-ce qu'on fait ? ». Les députés espagnols MM. Sanchez Garcia (groupe libéral) et Hernandez Mollar (groupe du PPE-DE) ont, eux , rappelé qu'un journaliste basque, M. Landaburu, a été grièvement blessé lors d'un attentat de l'ETA, juste après les élections de dimanche dernier au Pays basque, et le Commissaire Günter Verheugen a noté qu'il s'agit du frère du directeur général à l'élargissement à la Commission, Eneko Landaburu. Par ailleurs, M. Verheugen ne s'est pas attardé sur le problème de la concentration de la presse dans l'UE et, alors qu'il a souligné que la liberté de la presse et sa pluralité sont indispensables, il s'est limité à esquisser les actions de l'UE dans ce domaine dans le monde entier (il a cité en particulier un grand projet en Asie et en Afrique visant à aider les journalistes arrêtés du fait de leur activité ainsi que leurs familles).