Strasbourg, 18/05/2001 (Agence Europe) - A quelques semaines de la visite qu'une délégation du Parlement européen doit faire dans les prisons turques, la Présidence suédoise du Conseil de l'UE et la Commission européenne ont informé mercredi les députés sur leurs derniers contacts avec les autorités turques au sujet de la grève de la faim dans les prisons et de la répression qui, depuis quelques mois, a déjà fait vingt-deux morts. Le Conseil, a dit Lars Danielsson, a demandé instamment aux autorités turques, dans le cadre du dialogue approfondi UE/Turquie, de prendre les mesures pour mettre fin à cette crise et de suivre les recommandations du Comité contre la torture du Conseil de l'Europe. En même temps, le président du Conseil a lancé un appel aux grévistes afin qu'ils mettent fin à leur action. Les conditions dans les prisons figurent parmi les priorités du Partenariat d'adhésion, a rappelé M. Danielsson. Quant au Commissaire européen chargé de l'élargissement, Günter Verheugen, il a indiqué qu'il avait évoqué cette grave affaire, mardi à Bruxelles, avec le ministre turc des Affaires étrangères Ismail Cem, qui lui a rappelé que le parlement turc doit se prononcer prochainement sur de nouvelles lois qui devraient permettre d'améliorer les conditions dans les prisons, y compris une loi prévoyant un organe de contrôle dont feraient partie des représentants d'ONG. M. Verheugen a souhaité la coopération de tous les intéressés pour qu'il n'y ait plus de morts dans les prisons turques. Nous attendons d'un pays qui veut adhérer à l'Union qu'il respecte les droits de l'homme partout, y compris dans les prisons, a affirmé M. Verheugen.
Alain Lamassoure (UDF, français), rapporteur du PE sur les relations avec la Turquie, a tenu à souligner que le Parlement européen ne veut pas "intervenir intempestivement" dans cette crise, tout en dénonçant à la fois la « répression particulièrement sanglante » du mouvement de la part des autorités turques et l'attitude des meneurs de ce mouvement, des « organisations extrémistes fanatisées qui n'hésitent pas à jouer avec la vie de leurs militants ». Le président de la délégation du PE pour les relations avec la Grande Assemblée nationale turque, le vert allemand Daniel Cohn-Bendit, qui a noté que, même dans les pays les plus développés, les prisons sont « le lieu le plus faible de la démocratie », a estimé qu'"on peut trouver une solution rapide", car les demandes des grévistes pour mettre fin à leur action ne sont plus si difficiles à satisfaire - notamment, dialogue avec les autorités, facilitation des visites des familles et des avocats… Le libéral démocrate britannique Andrew Duff, qui s'est récemment rendu en Turquie, s'est prononcé lui aussi pour des « mesures de confiance » concrètes, comme justement l'amélioration des conditions des visites aux détenus, la protection des avocats , la formation du personnel des prisons, une assistance médicale adéquate. Quant au social-démocrate autrichien Hannes Swoboda, il a lancé un appel aux deux parties et a posé un problème de fond: celui d'un pays qui "un jour après l'autre, continue à produire des prisonniers politiques" non pas parce qu'il y a des attentats, mais à cause du droit pénal en vigueur. Il s'agit d'améliorer non seulement la situation pénitentiaire, mais aussi le système politique qui engendre un tel système pénitentiaire, a reconnu M. Danielsson, d'accord avec M. Swoboda. Deux députés allemands d'origine turque sont intervenus dans le débat: Feleknas Uca, du groupe de la Gauche unitaire, qui a fustigé les lois qui empêchent certains détenus de participer aux activités collectives dans les prisons, et Özan Ceyhun, membre du groupe socialiste, qui a affirmé que la Turquie doit comprendre que l'UE s'intéresse aux conditions de ses prisons parce qu'elle « la prend au sérieux ». La démocrate-chrétienne néerlandaise Johanna Maij-Weggen, a posé le problème de la situation de la minorité chrétienne dans les prisons turques, en affirmant que la minorité chrétienne arménienne subit des « attaques permanentes ». Je continuerai à protester contre l'adhésion de la Turquie à l'UE, a-t-elle ajouté.