Bruxelles, 01/03/2001 (Agence Europe) - Lors d'un débat jeudi matin en plénière, les députés européens ont souligné que les divergences des Etats membres à propos des derniers bombardements américano-britanniques sur l'Irak montrent une fois de plus les faiblesses de la Politique étrangère et de sécurité commune. Interrogés sur l'efficacité des sanctions, les représentants de la Commission et du Conseil ont plaidé pour des sanctions plus «ciblées ».
Pour le Conseil, le Secrétaire d'Etat suédois Lars Danielsson a reconnu que « certains Etats membres ont participé à l'intervention militaire, d'autres l'ont regretté et pourtant la Pesc suppose une position commune du Conseil ». Pour le communiste français et initiateur du débat, Francis Wurtz, la participation du Royaume-Uni au raid contre l'Irak, aux côtés des Etats-Unis, met en jeu la crédibilité même du projet européen, « puisque l'un des piliers de la future avant-garde, en matière de défense notamment, joue contre l'Europe avec les Etats Unis ». Quel exemple pour les pays candidats auxquels on demande de faire alliance avec leurs voisins plutôt qu'avec la superpuissance américaine ! a ajouté le président du groupe de la Gauche unitaire/Gauche verte nordique.
M. Danielsson a constaté qu'il « n'y a pas de convergence de vues sur la base juridique internationale qui permet de telles interventions ». Dans le même sens, le Luxembourgeois Jacques Poos a remarqué au nom du groupe PSE qu'il «appartient au Conseil de sécurité des Nations Unies de se prononcer sur la légalité des attaques et des mesures coercitives contre un pays ». Au nom des verts, le Néerlandais Joost Lagendijk a estimé lui aussi que « la base juridique des bombardements est très problématique » et que l'utilisation de la force militaire renforce « le sentiment anti-impérialiste » des populations irakiennes et arabes. Le travailliste britannique Gary Titley a en revanche défendu l'intervention, en soulignant que l'on ne peut pas laisser les pilotes occidentaux être attaqués sans riposter. « Il y a un moyen de faire cesser les sanctions: c'est que Saddam Hussein se conforme aux résolutions de l'ONU », a-t-il dit.
A l'image des clivages au sein même des groupes politiques, apparus lors de l'audition organisée au début de la semaine par le PE (voir EUROPE d'hier p.3), les députés sont partagés sur la nécessité ou non de lever les sanctions, qui sont contre-productives pour la majorité d'entre eux mais restent nécessaires pour empêcher le réarmement de l'Irak selon les autres. « Personne n'a autant tiré parti des souffrances du peuple irakien que le régime lui-même », a remarqué l'Espagnol José Ignacio Salafranca, au nom du PPE, en s'interrogeant sur la pertinence de l'embargo. Selon les pays arabes, les détournements de l'embargo représentent une fraude annuelle de plus de 1 milliard de dollars, a-t-il indiqué. M. Poos a aussi souligné l'ampleur des « dégâts collatéraux » causés à la population par des sanctions demeurées inefficaces pour déstabiliser le régime. M. Wurtz a plaidé pour la levée de l'embargo et un soutien efficace à l'opposition irakienne.
Le président du Conseil et le Commissaire aux relations extérieures, Chris Patten, ont rappelé que l'ONU examine actuellement l'opportunité d'une modification des sanctions. « Nous sommes parvenus aujourd'hui à un point important des négociations avec l'Irak », a remarqué Chris Patten en ajoutant que, « après dix ans de sanctions sans résultats », la communauté internationale devrait envisager « ce que l'on appelle des sanctions intelligentes, tout en s'assurant qu'il n'y a pas de réarmement ». M. Patten a espéré que, malgré leurs résultats incertains jusqu'ici, les rencontres entre le Secrétaire général de l'ONU et le ministre irakien des Affaires étrangères permettront une évolution positive. Le Commissaire a rappelé que l'UE a apporté de 8 à 10 millions d'euros d'aide humanitaire à l'Irak, et que 12 millions seront déboursés cette année.
Interrogé par Emma Nicholson, libérale démocrate britannique, sur la création d'un Tribunal International pour juger les crimes de Saddam Hussein, M. Danielsson, a dit: « Tout ce qui sera fait contre le régime irakien doit l'être dans le cadre d'une résolution des Nations Unies. Aller au-delà serait préjudiciable pour tout le monde ». Il a rappelé que la Résolution 687 n'exige pas un changement de régime en Irak.