Bruxelles, 15/11/2000 (Agence Europe) - Les syndicats européens et internationaux soutiennent les négociations en cours entre l'Union européenne, le Mercosur et le Chili pour la conclusion d'accords d'association et de libéralisation des échanges. Dans un communiqué, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), la Confédération européenne des syndicats (CES) et la Confédération mondiale du travail (CMT) se félicitent des progrès réalisés la semaine dernière dans ces négociations, progrès "qui permettront de formaliser les liens étroits entre les deux régions, fondés sur des engagements partagés en faveur de la démocratie, du développement durable, de la croissance économique et de la justice sociale".
Les organisations syndicales internationales rappellent les engagements du Sommet UE/Amérique latine de Rio en juin 1999 en faveur de la justice sociale et des droits de l'homme comme élément d'équilibre à la libéralisation du commerce, et appellent les négociateurs à honorer ces engagements dans le futur accord. Soulignant que tous les pays participant à la négociation soutiennent les principaux droits de travail définis par l'Organisation internationale du travail, les syndicats appellent les négociateurs à inclure explicitement la défense des droits de l'homme et du travail dans le futur accord et à s'en servir de base pour défendre l'inclusion de ce sujet dans le prochain round de négociation à l'OMC.
Pour les syndicalistes, le futur accord entre l'Union européenne et le Mercosur notamment semble beaucoup plus prometteur que le projet de zone de libre-échange des Amériques en négociation entre les 34 pays du continent américain. L'accord avec l'Union européenne va au-delà du commerce en incluant la coopération et les résultats commerciaux devraient être plus équilibrés que dans les négociations avec les Etats-Unis, qui représentent déjà 73% du PIB du continent, a remarqué dans une interview à EUROPE Kjeld Jakobsen, secrétaire pour les relations internationales de la Central Unica de Trabalhadores (CUT) du Brésil.
Toutefois, remarque Kjeld Jakobsen, "pour l'instant, les flux commerciaux entre l'UE et le Mercosur sont à l'avantage des Européens et concentrés sur des produits à faible valeur ajoutée de l'agriculture. Si le futur accord ne change pas cet état de fait, il présentera des risques pour les secteurs notamment de l'automobile, de l 'agro-alimentaire, des technologie de l'information ou de l'électronique". Pour le porte-parole international du syndicat brésilien, " en mettant l 'accent sur l'agriculture, le gouvernement brésilien donne l'impression de ne pas avoir de politique dans les secteurs industriel et des services; or, les services sont le premier secteur d'emploi au Brésil ". Pour Kjeld Jakobsen, "il y a une certaine contradiction dans la position du gouvernement qui critique l'UE parce qu'elle protège ses agriculteurs qui ne représentent que 2% de la population active européenne, alors que même au Brésil, les agriculteurs ne représentent que 18% d'une population de 40 millions de personnes."
Le secteur privé brésilien attache au contraire beaucoup plus d'importance à la négociation trans-américaine qu'à celle entamée avec l'UE. "L'Europe représente certes 40 % de nos exportations, mais les négociations de la zone de libre-échange des Amériques couvrent davantage de domaines commerciaux et sont beaucoup plus avancées", indique Sandra Rios, coordinateur pour l'intégration internationale de la Confédération nationale de l'industrie brésilienne, en rappelant que les neuf groupes de négociations de la zone de libre-échange des Amériques travaillent déjà avec des mandats de négociations spécifiques par secteur et comptent parvenir à un premier projet d'accord en avril 2001.
"Les Etats-Unis ont accepté de parler de tous les sujets commerciaux, y compris des règles anti-dumping qui limitent nos exportations sidérurgiques, alors que l'UE se refuse toujours à aborder le thème des subventions en agriculture", remarque un haut fonctionnaire du ministère brésilien de l'Industrie et du développement. "Si le thème des subventions agricoles qui rendent nos exportations agro-alimentaires moins compétitives n'est pas abordé avec l'UE, la négociation n'a pas d'intérêt", tranche Maurice Costin, directeur du département des relations internationales, de la Fédération des industries de l'Etat de Sao Paulo (FIESP). Selon lui, l'unique intérêt du Mercosur est de pouvoir étendre ses exportations agricoles, secteur où il est le plus compétitif au niveau international, ce qui lui permettrait de redresser sa balance commerciale et de là, la dette publique.