Bruxelles, 15/11/2000 (Agence Europe) - Le dumping des chantiers navals coréens continue à menacer la reprise du secteur de la construction navale dans le monde et en Europe: telle est la principale conclusion de la Commission européenne dans son troisième rapport sur la construction navale dans le monde adopté ce mercredi.
Malgré la hausse des commandes de navires neufs - elles ont doublé entre 1999 et 2000, signe de la reprise après la crise économique de 1997 - le prix des navires neufs "restent toujours d'environ 13% en deçà de leurs niveaux de 1997 et ne commencent qu'à retrouver leur niveau de 1998", constate la Commission. Pire, "en terme de tonnes brutes compensées, 74% des commandes additionnelles ont été passées à la Corée du Sud", précise le rapport. La Corée du Sud a couvert 40% des nouvelles commandes pour les 8 premiers mois de 2000, suivie par le Japon (25%) et l'Union européenne et la Norvège (16%). Sur le segment porteur des navires à conteneurs, la part des Sud-Coréens atteint même 60%, contre 4% pour le Japon, et 8% pour l'UE et la Norvège.
La Commission confirme les tendances mises en lumière dans son rapport d'avril 2000, à savoir que "à quelques exceptions près, les chantiers coréens continuent d'accepter des commandes à des prix qui ne couvrent pas intégralement les coûts" de production. C'est le cas notamment dans les secteurs où ils souhaitent conquérir des parts de marchés, comme pour les grands porte-conteneurs et les grands méthaniers, laissant à la construction navale européenne le secteur des navires très spécialisés et les commandes intérieures. Selon les informations de la Commission, "les pertes calculées qu'auraient subies les chantiers coréens se situent entre 4% et 39% des coûts de construction effectifs", confirmant ainsi l'hypothèse du dumping.
Faute de progrès du règlement à l'amiable recherché avec la Corée, la Commission européenne a ouvert le 24 octobre une procédure sur la base d'une plainte déposée par l'industrie navale européenne dans le cadre du règlement sur les obstacles au commerce (voir EUROPE du 25 octobre p. 10). La Commission doit décider d'ici quinze jours si elle poursuit une enquête de cinq mois qui pourrait mener à l'ouverture d'une procédure à l'Organisation mondiale du commerce. L'association des constructeurs coréens a immédiatement réagi par un communiqué pour protester contre ces "allégations", en assurant qu'ils ont gagné des part de marché grâce à l'amélioration de leur coût de production et les effets qualitatifs des investissements réalisés ces dernières années.
En tout état de cause, le rapport de la Commission juge la stagnation des prix d'autant plus alarmante que l'Union européenne a réduit radicalement les aides d'Etat à la construction navale. Le plafond des aides au fonctionnement a été limité à 9% depuis 1992, et les aides au fonctionnement devraient en principe être remplacées progressivement par d'autres formes de soutien permettant le développement de la compétitivité de la construction navale européenne. Le règlement de 1998 régissant les aides expirera en janvier prochain, rappelle la Commission dans son rapport.
Le collège des commissaires devrait avoir un débat approfondi sur la question des aides d'Etat à la construction navale le 29 novembre prochain. La question devrait également être évoquée lors de la visite officielle du chancelier Schröder à la Commission la semaine prochaine, l'Allemagne ayant pris la tête des Etats membres qui demandent une prolongation du régime d'aide. Le Conseil Industrie/Energie du 5 décembre prochain se penchera sur ces questions. En vue de ce Conseil, la Commission propose dans son rapport de: 1) continuer à suivre l'évolution du marché, 2) examiner rapidement la plainte déposée par l'industrie européenne contre le dumping coréen, 3) rester ouverte aux propositions coréennes, 4) poursuivre les efforts pour rétablir une concurrence loyale au niveau international, 5) encourager le FMI à veiller à ce que la restructuration des chantiers coréens face l'objet d'une surveillance étroite, 6) continuer à coopérer avec l'industrie sur les questions de compétitivité, 7) examiner avec le Conseil d'éventuelles propositions pour faire face au problème, sans préjudice des règles européennes sur les aides d'Etat à la construction navale.