Les dirigeants des pays alliés se retrouvent mercredi 8 juillet à Ankara pour une session plénière de trois heures, après un dîner, mardi 7 juillet, en présence du président ukrainien, Volodymyr Zelesky, et des dirigeants des pays partenaires du la région Asie-Pacifique (la Corée du Sud, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande).
« L'enjeu de ce sommet, c'est : les Européens se prennent en main, les Alliés soutiennent l'Ukraine et les Européens et les États-Unis reconvergent », a résumé une source de l’Élysée.
Ainsi, les Alliés devraient faire un point sur les engagements pris l’an dernier au Sommet de La Haye concernant les dépenses en matière de défense. Lundi, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a expliqué qu’il attendait « des nations qu'elles présentent des plans clairs, concrets et crédibles pour atteindre cet objectif de 5% ». Il a souligné que les résultats déjà obtenus en un an étaient « impressionnants », avec des Européens et des Canadiens qui investissent déjà environ 4% de leur PIB dans la défense et la sécurité, selon lui. Un haut responsable de l'OTAN a expliqué que les 4% correspondaient à des dépenses de défense de 2,53% et des dépenses liées à la défense de 1,4%.
« L'an dernier, les Alliés européens et le Canada ont consacré près de 20% de plus à leurs composantes essentielles de la défense que l'année précédente. Si l'on considère les années 2025 et 2026 combinées, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires. Et cette tendance se poursuit », a expliqué M. Rutte. Les dépenses auraient atteint 600 milliards de dollars en 2025, et neuf pays seraient déjà à 5%. « En 2025, les dépenses des Alliés hors US auront augmenté de 139 milliards de dollars », a expliqué une source élyséenne.
L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matt Whitaker, s’est dit « convaincu que tous les Alliés afficheront des progrès significatifs, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, en matière de dépenses de défense, ce qui permettra un partage plus équitable des charges ».
Au-delà des dépenses, il s’agit d’investir dans l’industrie de la défense transatlantique, qui peine (EUROPE 13904/3). « Il faut utiliser l’argent. Passer des plans de défense aux drones, des financements aux missiles et intercepteurs. Cela implique de placer l'innovation au cœur des priorités, de surmonter la fragmentation des industries de défense nationales et de simplifier les procédures administratives », a résumé Mark Rutte.
« Accélérer le développement de l'industrie de la défense et l'innovation des deux côtés de l'Atlantique est crucial pour la mise en œuvre de l'objectif de 5% (des dépenses de défense d’ici 2035). Cela implique un déploiement rapide des systèmes de défense traditionnels et des systèmes innovants non conventionnels », a déclaré M. Whitaker. Selon lui, il est indispensable de déployer un « véritable effort » pour harmoniser l'ensemble du secteur, le rendre plus efficace et accroître sa production dans les domaines nécessaires, notamment la défense aérienne, les frappes de précision en profondeur et les systèmes sans pilote.
« Nous allons donc continuer à œuvrer pour une coproduction accrue, davantage de co-entreprises, rechercher des opportunités, lever les obstacles, que ce soit du côté de l'UE, des États-Unis ou ailleurs », a ajouté l’ambassadeur américain, dénonçant le « discours protectionniste souvent présent dans les initiatives de défense européennes, qui exclurait des Alliés, non seulement les États-Unis, mais aussi tous les Alliés non membres de l'UE, y compris la Turquie ».
« La capacité de produire à l'échelle est devenue une composante extrêmement importante de la capacité à dissuader l'adversaire », a estimé une source de l’Élysée, précisant qu’il fallait renforcer la vitalité de l'Alliance, renforcer sa capacité à produire en masse, à produire à faible coût. Contrairement à M. Whitaker, cette source a mis en avant la préférence européenne.
Les Alliés devraient aussi discuter de l’OTAN 3.0, avec un engagement plus fort des Européens sur la défense conventionnelle du territoire européen face à la réduction de l’engagement des Américains. Ces derniers mènent actuellement un réexamen de leur présence en Europe (EUROPE 13891/5). « L’objectif est clair : continuer à transférer la charge de la défense conventionnelle de l’Europe à nos Alliés de l’OTAN. (…) Les États-Unis restent pleinement engagés, mais nous avons des responsabilités à l’échelle mondiale et nous attendons donc de nos Alliés qu’ils se joignent à nous, qu’ils partagent notre engagement et qu’ils renforcent la défense conventionnelle du continent européen », a déclaré M. Whitaker.
« Nous savons désormais beaucoup plus précisément ce que les Américains peuvent fournir et les Européens sont déjà en train de prendre le relais », a expliqué Mark Rutte.
« Il va falloir réfléchir avec l'ensemble des Alliés européens (sur) un nouveau modèle pour l'Alliance et spécifiquement un nouveau modèle capacitaire, évidemment basé sur les réflexions qui sont celles du NATO Defence Planning Process, c'est-à-dire le plan capacitaire de l'OTAN, qui correspond lui-même à l'exécution d'un plan militaire de défense de la zone européenne de l'OTAN », a ajouté une source de l’Élysée.
Les Alliés devraient aussi réaffirmer leur soutien à l’Ukraine. La déclaration qu’ils devraient adopter met en avant un soutien financier des Alliés - hormis les États-Unis - de 70 milliards d’euros en 2026 et la même somme en 2027. La semaine dernière, l’Italie a bloqué l’adoption du texte, ne souhaitant pas un engagement pour 2027, mais un accord a finalement été atteint vendredi dernier. Les 70 milliards d’euros représentent 40 milliards d’engagements bilatéraux – la même somme que celle annoncée lors du Sommet de Vilnius en 2023 - et 30 milliards pour 2026 du volet militaire du prêt de l’UE de 90 milliards pour 2026/2027. Le programme PURL a déjà été doté de plus de 6 milliards d’euros pour des systèmes de pointe de fabrication américaine, notamment des missiles de défense aérienne Patriot et Pac-3.
Concernant l’adhésion à l’OTAN de l’Ukraine, tout comme l’an dernier, la « voie irréversible vers l’OTAN » (irreversible path to NATO) décidée lors du sommet de Washington en 2024 ne devrait pas être soulignée dans la déclaration commune que les dirigeants devraient adopter. La déclaration des dirigeants, qui fait référence à l’article 5, devrait rappeler, comme l’an dernier à La Haye, que la Russie est une « menace à long terme pour la sécurité euroatlantique ».
Au-delà des discussions formelles, le Sommet devrait être l’occasion pour les Alliés de tenter de se réconcilier avec le président américain, Donald Trump, vexé que ces Alliés ne participent pas aux côtés des Américains à l’opération contre l’Iran, certains refusant même l’utilisation de leurs bases par l’armée américaine.
Par ailleurs, si le prochain sommet était prévu en Albanie l’an prochain, la déclaration mentionne seulement que les dirigeants comptent se revoir, sans précision sur le lieu où la date de rendez-vous. Certains dirigeants s’interrogeraient sur la nécessité de se réunir chaque année. D’autres questionneraient le choix de l’Albanie, qui, l’an dernier, n’avait pas encore atteint une part de 2% du PIB en dépenses pour la défense. (Camille-Cerise Gessant)