Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, a annoncé, mardi 7 juillet, que son pays allait créer un prix annuel en l'honneur de John Hume, ancien eurodéputé et grand artisan de la réconciliation en Irlande du Nord ayant débouché sur l'accord du Vendredi saint de 1998, afin de récompenser « un Européen qui a contribué aux valeurs que John défendait et au développement de notre Union (européenne) ».
« Seul député européen à avoir reçu le Prix Nobel de la paix alors qu’il siégeait au Parlement », M. Hume était « un ardent défenseur de la paix et de la prospérité à travers un avenir européen commun », a rappelé M. Martin.
Présentant les priorités de la Présidence irlandaise du Conseil de l'Union européenne en session plénière du Parlement européen à Strasbourg, le Taoiseach a assuré que son pays n'épargnerait aucun effort pour promouvoir « les idéaux démocratiques et humanitaires de l'Europe ».
Le Premier ministre a rappelé les trois axes moteurs de la Présidence irlandaise : la compétitivité, les valeurs européennes et la sécurité (EUROPE 13884/26).
Concernant la compétitivité, l'Irlande s'appuiera sur la 'feuille de route' interinstitutionnelle visant à approfondir le marché unique (EUROPE 13856/4). Nous piloterons les travaux menant aux transitions climatique et numérique, nous simplifierons la vie des entreprises, notamment à travers la création d'un « 28e régime », et nous tenterons de franchir des « étapes décisives » dans la concrétisation de l'Union de l'épargne et des investissements, « un dossier où les avancées ont été beaucoup trop lentes », a assuré M. Martin.
L'Irlande est pourtant relativement réticente à l'établissement d'une supervision d'acteurs financiers au niveau européen.
Concernant les valeurs européennes, l'Irlande entend défendre l'État de droit, les droits fondamentaux tant dans l'UE que dans le monde. Elle soutiendra les forces politiques dans les pays candidats à l'adhésion qui veulent embrasser ces valeurs et vivre « sous notre parapluie de prospérité et de sécurité ». Ainsi, a rappelé le Taoiseach, l'objectif fixé est de finaliser les négociations avec le Monténégro et d'accomplir « des progrès historiques » avec la Moldavie et l'Ukraine (EUROPE 133903/10).
Gaza. Toujours dans le chapitre des valeurs de l'UE, Micheál Martin est revenu sur la situation humanitaire « critique » dans la bande de Gaza et sur la détérioration de la situation en Cisjordanie.
« Le comportement du gouvernement Netanyahu devient de plus en plus extrême. Aucune valeur démocratique ou humanitaire n'est suffisamment souple pour justifier l'ampleur des morts, des destructions et des déplacements auxquels nous avons assisté », a-t-il appuyé, notant « la tristesse et la colère » que ressentent de nombreux Européens parce que « l'Europe n'en fait pas assez pour faire pression sur Israël ». Il a certes dit respecter les difficultés qu'ont de nombreux pays à faire évoluer des politiques établies de longue date avec Israël, « mais nous devons simplement faire plus », a-t-il estimé.
En matière de sécurité, la Présidence irlandaise poursuivra le soutien politique, financier et militaire à l'Ukraine, tout en augmentant la pression sur la Russie afin qu'elle s'engage dans des négociations de paix. Et elle fera avancer les travaux sur la stratégie européenne de sécurité dès que la Commission européenne l'aura proposée.
Enfin, concernant le budget de l'UE post-2027, le Premier ministre irlandais a préconisé un cadre financier pluriannuel 2028-2034 à la hauteur des ambitions affichées (EUROPE 13901/1). « L'une des plus grandes faiblesses de notre Union est que nous lui imposons des exigences très élevées sans être prêts à la financer comme il se doit », a-t-il relevé.
L'Irlande présentera un deuxième cadre de négociation chiffré ('negotating box') en vue du sommet européen d'octobre, avant que le président du Conseil européen, António Costa, prenne la main. Objectif : parvenir à un accord unanime des États membres fin 2026.
Voir le discours de Micheál Martin : https://aeur.eu/f/mqz (Mathieu Bion)