Bruxelles, 21/05/2026 (Agence Europe) – Saluant l’accord obtenu entre les négociateurs du Parlement européen et du Conseil de l’UE sur la déclaration commune de ‘Turnberry’, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Andrew Puzder, a fait le point avec Agence Europe sur les autres dossiers de coopérations transatlantiques. (Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant et Juliette Verdes)
Agence Europe - Mercredi 20 mai, les négociateurs du Parlement européen et du Conseil de l’UE sont parvenus à un accord sur la déclaration commune de ‘Turnberry’ (EUROPE 13871/1). Le processus a pris du temps. Êtes-vous satisfait ?
Andrew Puzder - C'est une bonne nouvelle. C'est très encourageant que nous ayons franchi cette étape. Le processus a été long. J'aimerais que ce soit déjà terminé, mais il semblerait qu'il reste encore une étape [l'approbation finale par les institutions de l'UE, NDLR].
Nous attendons avec impatience la finalisation de cet accord, mais je trouve encourageant que les négociateurs du Conseil de l’UE et du Parlement aient mené à bien ce processus. Ils ont travaillé d'arrache-pied pour faire aboutir cet accord commercial et ils méritent vraiment d'être félicités pour cela.
Comme vous l’avez dit, le processus a pris beaucoup de temps, notamment en raison de certaines préoccupations concernant le Groenland du côté du Parlement européen. Est-ce toujours une source de tension dans les relations transatlantiques ?
J’espère que non. Je ne pense pas que la question du Groenland ait justifié le report de l'accord commercial. Certains pays européens ne nous ont pas soutenus sur la guerre en Iran, pour autant nous n’avons pas dit : « Très bien, alors nous n’irons pas de l’avant avec l’accord commercial ». Ce sont des événements sans rapport les uns avec les autres.
Je crois que les retards expliquent aussi pourquoi le président Trump a déclaré : « Nous allons rétablir les droits de douane sur les voitures. Vous profitez des avantages depuis neuf mois et vous n'avez pas réduit un seul droit de douane. Il est donc temps de faire avancer les choses ».
La présidente von der Leyen l’a ensuite appelé pour demander un délai supplémentaire et le président Trump a accordé à l'UE jusqu'au 4 juillet. Il semble donc que nous allons arriver à un accord de justesse, avec quelques semaines d'avance, ce qui est une très bonne nouvelle.
Un protocole d'accord a également été signé le mois dernier concernant les minerais critiques (EUROPE 13856/8). Où en est la coopération sur ce sujet ? Quels sont les objectifs des États-Unis dans le cadre de ce partenariat ?
Tant du côté américain que du côté européen, il existe une volonté très forte d’aller de l'avant avec ce protocole d'accord. Nous avons besoin d'un accord définitif, qui traitera de questions telles que les prix plancher pour les minerais critiques.
Il est très important que nous progressions sur ce point. Nous ne voulons pas que ce document reste une simple note de service aux formulations ambitieuses dont personne ne tiendra compte. Nous voulons que cet accord produise des résultats. Quand je dis « nous », je parle des États-Unis comme de l'Union européenne. J'ai donc bon espoir que des projets concrets en découleront.
Toujours au sujet de la coopération, l'UE doit encore donner son feu vert à l'initiative Pax Silica. Certains États membres de l'UE émettent des réserves à ce sujet (EUROPE 13851/8). Comment comptez-vous rassurer la partie européenne concernant cet accord, et ce retard vous préoccupe-t-il ?
Je ne sais pas exactement quelles sont les préoccupations concernant cet accord, mais Anthropic, qui a récemment développé un programme appelé Mythos (EUROPE 13870/11), a publié un rapport le 15 mai indiquant que ce dernier était capable de s'introduire dans des systèmes sécurisés et d'en détecter les failles.
Les États-Unis collaborent avec leurs partenaires pour faire en sorte que la menace potentielle que représente Mythos ne se concrétise pas et qu'il ne soit pas utilisé comme une arme. Je pense donc que vous devriez nous faire confiance, car nous assumons nos responsabilités en matière d'IA.
Nous souhaitons établir un partenariat avec l'UE, c'est pourquoi nous menons des initiatives telles que les accords commerciaux, les minerais critiques et Pax Silica. Les États-Unis ont non seulement une longueur d'avance sur l'Europe en matière de technologie de l'IA, mais aussi sur la Chine. Mais rien ne garantit que nous conserverons cette avance.
Il serait plus facile de conserver cette avance si nos alliés européens s'associaient à nous pour développer des capacités en matière d'IA avant les Chinois. Nous avons bon espoir qu'ils le feront, et c'est pourquoi nous avons conclu ces accords pour l'avenir. Et nous pensons qu'il y a de bonnes raisons de le faire.
C'est aussi pour cette raison que l'Union européenne souhaite développer ses propres capacités souveraines en matière d'IA. La Commission européenne présentera, probablement début juin, un ensemble de mesures sur la souveraineté technologique (EUROPE 13870/9). Il semblerait que l'administration américaine s'en inquiète.
L'UE a tout à fait le droit d'essayer de mettre au point son propre dispositif. Elle accuse toutefois un retard de plusieurs années. Selon le rapport d'Anthropic, une IA transformatrice verra le jour d'ici 2028, soit 18 mois à compter d’aujourd’hui.
Il est tout simplement impossible que l'Europe rattrape son retard en 18 mois.
Je pense que les États-Unis remporteront cette course, que l'Europe s'associe à nous ou non. Ce serait simplement plus facile si celle-ci s'associait. Je pense qu'il n'y a absolument aucune chance que l'Europe remporte cette course seule. Elle a tout simplement trop de retard (...) pour le rattraper dans les délais impartis.
Nous serions ravis de collaborer avec bon nombre de nos alliés, notamment le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, mais aussi l'Union européenne, qui compte des pays comme les Pays-Bas, la Finlande et la Suède, ayant réalisé de réels progrès dans ces domaines et avec lesquels nous sommes impatients de travailler. C'est pourquoi nous espérons que les Européens approuveront le projet Pax Silica.
Savez-vous quand cela pourrait être possible ?
Pour nous, c'est déjà possible. Il leur suffit simplement de signer un document. Et certains pays européens y ont déjà adhéré.
Le nouveau paquet sur la souveraineté technologique que va proposer la Commission européenne pourrait inclure certaines préférences européennes. Cela vous inquiète-t-il ?
Je ne sais pas exactement quelles sont les préférences. J'ai besoin de savoir précisément de quoi il s'agit. C'est toujours mieux quand nous travaillons en partenariat, pour le bien des deux économies. Nous sommes plus forts lorsque nous travaillons ensemble.
Les préférences européennes qui me préoccupent le plus concernent le domaine de la défense, où nous disposons de cette incroyable base industrielle transatlantique. Prenons l'exemple du F-35. C'est un avion américain. La partie arrière est fabriquée au Royaume-Uni et la centrifugeuse en Allemagne, etc. (…) C’est à ce point que notre base industrielle de défense est massivement interconnectée et a produit les armes les plus puissantes du monde, et ce avec une grande efficacité depuis très longtemps. Or, la démanteler dans le but de stimuler l'économie de tel ou tel pays n'est probablement pas une très bonne idée.
Donc, pour vous, le fait que l'Union européenne accorde une certaine priorité au développement de sa propre industrie de défense n'est pas une bonne chose ?
Si l'Europe souhaite subventionner son industrie de la défense et la développer, cela profite en réalité tant aux États-Unis qu'à l'Europe.
Mais exclure les entreprises américaines de ce processus nuit des deux côtés de l’Atlantique. Autrement dit, on pourrait avoir une entreprise américaine qui souhaite développer sa production d'armes en Allemagne, que Berlin voudrait acheter. Si les mécanismes de financement empêchaient cette entreprise américaine de collaborer avec l'Allemagne, je pense que cela ne constituerait pas une utilisation efficace des fonds. Je pense que nous sommes bien plus forts lorsque nous agissons ensemble que séparément.
Nous avons conclu des accords bilatéraux sur le commerce de la défense - il me semble avec 19 des 27 pays de l'UE - dans le cadre desquels nous les traitons pratiquement comme s'il s'agissait des États-Unis. Et exclure les États-Unis reviendrait probablement à enfreindre ces accords bilatéraux. Je pense donc qu'il vaut mieux agir ensemble dans ce domaine et nous sommes plus efficaces lorsque nous le faisons.
Pensez-vous que l'accord de Turnberry marque le début d'une nouvelle relation entre l'UE et les États-Unis ?
Je pense que cela améliorera considérablement nos relations. Le fait que nous soyons parvenus à un accord apportera de la stabilité non seulement aux entreprises, mais aussi dans nos relations économiques. Il est regrettable qu'il ait fallu autant de temps pour le finaliser, mais nous sommes heureux d'y être parvenus.