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Bulletin Quotidien Europe N° 13872
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Économie

L'impact de la guerre au Moyen-Orient contraint la Commission européenne à réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026

Malgré l'incertitude liée à la guerre au Moyen-Orient, la croissance économique devrait être au rendez-vous en 2026 dans l'Union européenne, mais à un rythme plus faible qu'envisagé à l'automne dernier, selon les prévisions économiques de printemps qu'a présentées la Commission européenne, jeudi 21 mai.

« En ce qui concerne la croissance au sein de l'UE, nous tablons sur une poursuite de l'expansion, bien qu'à un rythme plus modéré. L'économie de l'UE a terminé l'année 2025 dans une situation légèrement plus solide que prévu initialement. Cette dynamique positive a pris fin en mars, lorsque le conflit au Moyen-Orient a profondément modifié les perspectives », a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis.

Alors qu'en novembre, elle tablait sur une croissance de 1,2% du PIB pour la zone euro et de 1,4% pour l'UE (EUROPE 13753/12), l'institution de l'UE estime que la création de richesses en 2026 atteindra 0,9% du PIB pour la zone euro et 1,1% du PIB au niveau de l'UE.

Choc inflationniste. La raison première de ce ralentissement réside dans le choc inflationniste provoqué par la flambée des prix énergétiques liée au blocage du détroit d'Ormuz.

Même si cette hausse des prix énergétiques devrait être « plus contenue » qu'au déclenchement de l'agression militaire russe de l'Ukraine en février 2022, sa transmission à d'autres pans de l'économie est en cours, si bien que l'inflation augmentera « fortement », a noté M. Dombrovskis.

Dans la zone euro, l'inflation devrait atteindre 3,0% cette année, soit une révision à la hausse de 1,0% par rapport aux prévisions d'automne, avant de refluer à 2,3% l'année prochaine. Pour la zone euro, elle devrait se situer à 3,1% en 2026 et 2,4% en 2027.

La Commission a complété ces prévisions de base par un scénario adverse tablant sur des perturbations plus prolongées. Selon ce scénario plus pessimiste, les prix des matières premières énergétiques devraient augmenter bien au-delà des niveaux envisagés dans le scénario de base, pour atteindre un pic fin 2026 et refluer progressivement en 2027. L’inflation ne fléchirait pas, incitant les ménages et les entreprises à réduire plus fortement leur consommation et leurs investissements.

En somme, la croissance économique, retombant à 0,6% du PIB dans l'UE en 2026, ne rebondirait pas en 2027, contrairement à ce que prévoit le scénario de base.

M. Dombrovskis a néanmoins fait remarquer que l'action visant à diversifier les approvisionnements, à réduire la consommation énergétique, à stimuler la décarbonation de l'économie, que l'UE a enclenchée, puis accélérée depuis février 2022, permet à l'économie européenne d'« être mieux armée pour absorber le choc inflationniste ».

Dégradation des finances publiques. La guerre au Moyen-Orient a des répercussions négatives sur les finances publiques des États membres, les pays de l'UE n'ayant pas tous été en mesure de mener à bien leur consolidation budgétaire depuis la pandémie de Covid-19.

En moyenne, au niveau de la zone euro, le ratio déficit/PIB devrait ainsi augmenter de 2,9% en 2025 à 3,3% en 2026 et, au niveau de l'UE, de 3,1 à 3,5% sur la même période.

Cette année, alors que l'Irlande (1,4% du PIB), le Danemark (0,9%) et la Grèce (0,8%) enregistreront encore un excédent budgétaire, treize États membres devraient faire état d'un déficit public supérieur au seuil réglementaire de 3% du PIB : la Pologne (-6,5%), la Hongrie et la Roumanie (-6,2%), la Belgique (-5,2%), la France (-5,1%), la Slovaquie (-4,6%), l'Estonie et la Finlande (-4,5%), la Bulgarie et l'Autriche (-4,1%), l'Allemagne (-3,7%), la Lettonie et la Slovénie (-3,3%). 

La tendance pour 2027 n'étant pas à une amélioration en matière de consolidation budgétaire, il ne peut être exclu que la Commission recommande, mercredi 3 juin, l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif (EDP) à l'encontre de cinq nouveaux pays : l'Allemagne, la Bulgarie, l'Estonie,la Lettonie et la Slovénie.

En revanche, la procédure EDP ouverte à l'encontre de Malte devrait être close, l'île ayant réduit son déficit à -2,2% du PIB national en 2025. Et, concernant l'Italie, dont le déficit a atteint -3,1% du PIB national l'année dernière, une décision ne pourra pas être prise avant 2027, la Commission prévoyant pour l'année prochaine un déficit italien à hauteur de -2,9%.

Comme pour le déficit, l'endettement public moyen devrait s'alourdir en raison de la conjoncture. Au niveau de la zone euro, il devrait ainsi passer de 88,7 à 90,2% du PIB entre 2025 et 2026, tandis qu'au niveau de l'UE, la dette devrait augmenter de 82,8 à 85,3% du PIB. 

 Les États membres les plus lourdement endettés par rapport à la richesse demeurent la Grèce (140,7%), l'Italie (138,5%), la France (118,1%) et la Belgique (110,5%). Profitant d'une croissance soutenue, l'Espagne devrait voir sa dette passer sous la barre des 100% du PIB national, à hauteur de 99,6%.

Répondant à une question d'Agence Europe, M. Dombrovskis a énuméré plusieurs facteurs expliquant la détérioration des finances publiques nationales : - « la nécessité d'augmenter rapidement les dépenses militaires » avec l'activation des clauses de flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance ; - « les stabilisateurs automatiques », à travers lesquels, face à la situation macroéconomique, les États ne compensent pas la baisse des recettes fiscales, la hausse des taux d'intérêt, qui pèse sur le service de la dette, ni les dépenses sociales découlant du ralentissement économique ; - les mesures budgétaires d'urgence destinées à soutenir les ménages et les entreprises affectés par le choc inflationniste.

Des mesures d'urgence non ciblées. Appelant à la vigilance budgétaire, le commissaire européen a souligné l'importance d'adopter des mesures d'urgence « temporaires, ciblées » sur les opérateurs économiques les plus touchés et qui, au lieu d'accroître la demande en énergies fossiles, soient alignées sur les objectifs de décarbonation de l'économie. 

« Étant donné que nous sommes confrontés à un choc d'offre, mettre en place des mesures de relance à grande échelle pour soutenir la demande en énergies fossiles ne ferait que contribuer à maintenir les prix de l'énergie à un niveau élevé sur les marchés internationaux. Les gouvernements nationaux risqueraient ainsi de dépenser des sommes considérables pour un bénéfice minime », a considéré M. Dombrovskis.

D'après le commissaire, « pour l'instant, la situation reste relativement maîtrisée, et c'est précisément ce que nous recommandons » aux États membres dans ce domaine.

D'après la Commission, qui s'est basée sur les annonces des gouvernements nationaux jusqu'au 4 mai, les mesures d'urgence prises s'élèveraient à 14,5 milliards d'euros au total, soit 0,07% du PIB de l'UE (0,2% du PIB, si elles sont maintenues jusqu'à fin 2026), alors qu'en 2022, elles avoisinaient 1,2% du PIB.

Néanmoins, l'institution de l'UE note que, comme lors de l'agression militaire russe de l'Ukraine, ces aides ne sont pas suffisamment ciblées et qu'elles visent principalement à faire baisser les prix des énergies fossiles, et donc à ne pas ralentir la consommation.

Voir les prévisions économiques de printemps de la Commission : https://aeur.eu/f/lzs  (Mathieu Bion)

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