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Bulletin Quotidien Europe N° 13871
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POLITIQUES SECTORIELLES / Agriculture

Le plan d’action sur les engrais ne répond pas à l’urgence de la crise, selon les organisations agricoles de l'UE

Le plan d’action de la Commission européenne sur les engrais est vivement critiqué par les organisations agricoles européennes, qui estiment qu’il ne répond ni à l’urgence de la crise des prix ni au risque d’une crise alimentaire à venir (EUROPE 13870/2).

Selon les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), les mesures présentées ne comportent aucune réponse immédiate susceptible de soulager les agriculteurs confrontés à la flambée des coûts des intrants.

Le Copa-Cogeca estime que certaines pistes évoquées, comme l’extension de la dérogation RENURE aux digestats ou la transparence des marchés, restent trop vagues et dépourvues d’engagements concrets.

Le lobby demande en urgence la suspension des droits de douane MFN (Most Favoured Nation) sur les engrais, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie, afin de faire baisser rapidement les coûts d’approvisionnement.

Il réclame également des dérogations temporaires aux seuils de la directive 'nitrates' pour la prochaine campagne agricole afin d’assouplir les contraintes d’utilisation des nutriments. Le Copa-Cogeca demande en outre des mesures de liquidité immédiates pour les agriculteurs afin de compenser les tensions de trésorerie liées aux coûts des intrants.

L’organisation critique aussi l’absence de réponse sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), dont elle demande la suspension pour les engrais, estimant que son coût pèse fortement sur les exploitations et les coopératives.

Le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA) se félicite de certaines mesures de court terme, comme la flexibilité de la PAC et les aides de trésorerie, mais juge le soutien européen trop fragmenté entre États membres et appelle à un véritable instrument européen de liquidité. Le CEJA soutient la trajectoire de décarbonation de l’UE (CBAM et système d’échange de quotas d’émission, ETS), mais demande que les revenus générés bénéficient directement au secteur agricole au moyen d'un fonds européen de transition juste pour l’agriculture.

Selon IFOAM Organics Europe, le plan d'action reconnaît à juste titre le rôle de l’agriculture biologique comme système efficace en nutriments, capable de réduire l’usage d’engrais azotés de synthèse grâce à la fermeture des cycles de nutriments et à l’amélioration des sols. L’organisation estime qu’un objectif de 25% de surfaces agricoles en bio permettrait de réduire fortement la consommation d’engrais chimiques et de renforcer la résilience des systèmes agricoles européens. Elle salue également l’intention de la Commission d’accroître le soutien à l’agriculture biologique dans la PAC actuelle et dans les futures orientations post-2027. En revanche, l'IFOAM met en garde contre tout affaiblissement de la directive 'nitrates', qu’elle considère comme essentielle à la protection des ressources naturelles. Le secteur appelle à une réduction globale de la production et de l’usage des engrais de synthèse, quelle que soit leur origine.

Le centre de réflexion Farm Europe salue la reconnaissance par la Commission de l’ampleur de la crise des engrais, mais juge les mesures insuffisantes et trop peu précises pour répondre à l’urgence. Il estime que le texte manque d’orientations claires sur le niveau et le calendrier des mesures de soutien, notamment concernant le recours au fonds de crise agricole et les futures révisions du système ETS et du CBAM. Il soutient toutefois certaines pistes, comme les passerelles entre le mécanisme de certification carbone (CRCF) et les revenus ETS, ainsi que les efforts en faveur de la circularité avec les digestats, le biométhane et les engrais biosourcés. Farm Europe estime néanmoins que les mesures de court terme restent insuffisantes.

Du côté des ONG, l’inquiétude est également forte, pour des raisons différentes (EUROPE 13868/13). Pour le Bureau européen de l’environnement (European Environmental Bureau, EEB), le plan ne s’attaque pas aux causes structurelles de la crise et risque de renforcer un modèle agricole dépendant des énergies fossiles.

L’ONG estime que la dépendance à l'égard des engrais azotés issus du gaz fossile reste un facteur majeur de pollution des sols, de l’eau et de l’air ainsi que d’émissions d’ammoniac. Elle juge que la stratégie de la Commission, qui inclut un soutien à la production d’engrais, revient à perpétuer un système coûteux et polluant.

L’EEB plaide, au contraire, pour une réduction des intrants, une meilleure récupération des nutriments et l’application stricte du principe du 'pollueur-payeur'. Il appelle aussi à une transformation plus large du système alimentaire, incluant une réduction des cheptels. L’organisation met en garde contre tout affaiblissement des politiques climatiques européennes, notamment l’ETS et le CBAM, et critique les assouplissements envisagés sur la directive 'nitrates', estimant qu’ils aggraveraient la pollution des eaux et les coûts de traitement pour les citoyens. (Lionel Changeur)

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