Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN se réuniront pour la première fois en Suède, à Helsingborg, jeudi 21 mai au soir et vendredi 22, afin de préparer le Sommet de l'organisation, qui aura lieu les 7 et 8 juillet prochains à Ankara.
Partage du fardeau ('burden sharing'). Comme à leur habitude, et sous pression américaine, les Alliés devraient discuter du partage du fardeau du réarmement. « Ankara sera l'occasion de tenir nos engagements. La question n'est plus de savoir si nous devons faire plus. La question est de savoir à quelle vitesse les Alliés peuvent transformer leurs engagements en capacités », a expliqué le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, devant les médias, mercredi 20 mai. En Suède, les ministres examineront comment les Alliés mettent en œuvre le plan d'investissement de défense convenu à La Haye.
« Renforcer nos capacités de combat et accroître la production industrielle de défense des deux côtés de l'Atlantique exige des stratégies efficaces pour tenir les engagements pris à La Haye », a prévenu le secrétaire général, ajoutant qu'il fallait produire plus vite et à plus grande échelle des deux côtés de l'Atlantique. Selon M. Rutte, il existe un « besoin criant » de coopération industrielle accrue en matière de défense. Il a ainsi espéré que le Sommet d’Ankara permettra des avancées à ce sujet.
Des annonces importantes de contrats sont attendues lors du Sommet, qui sera précédé, dans la journée du 7 juillet, d’un Forum de l’industrie de la défense afin de faciliter les échanges de haut niveau entre les gouvernements et les acteurs du secteur de la défense.
Les ministres devraient aussi discuter du redéploiement de troupes américaines, alors que les États-Unis ont annoncé le départ de 5 000 hommes d’Europe. « Les 4 000 à 5 000 soldats déployés en rotation n'ont aucune incidence sur le plan de défense de l'OTAN », a promis le secrétaire général. Washington devrait aussi annoncer, dans les tout prochains jours, les capacités militaires que les États-Unis pourraient mobiliser pour assister les nations européennes de l'Alliance en cas de crise majeure. Selon Reuters, citant plusieurs sources, le Pentagone aurait décidé de réduire considérablement son engagement. Le président américain, Donald Trump, a appelé à plusieurs reprises les Européens à prendre le relais de son pays pour assurer la sécurité, du moins conventionnelle, du continent.
« L'Europe assumera un rôle plus important, de concert avec le Canada. Une Europe plus forte au sein d'une OTAN plus forte assumera une plus grande responsabilité en matière de défense conventionnelle », a estimé le secrétaire général, tout en promettant que les États-Unis resteraient impliqués en Europe.
Ukraine. La réunion informelle d’Helsingborg sera également l’occasion d’aborder le soutien « continu » des Alliés à l'Ukraine, « ce qui sera une autre priorité du Sommet d’Ankara », a promis M. Rutte.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, se joindra jeudi soir à ses homologues des pays alliés. « Nous discuterons des moyens de garantir que le soutien à l'Ukraine demeure substantiel, durable et prévisible, et qu'il soit fondé sur les besoins de l'Ukraine », a expliqué M. Rutte.
Il a annoncé que, depuis son lancement l’été dernier, l’initiative PURL avait fourni environ 70% des missiles destinés aux batteries Patriot ukrainiennes, notamment les PAC-3, et 90% des munitions utilisées dans l'ensemble des systèmes de défense aérienne. « Ce soutien se poursuit. Toutefois, nous devons le renforcer et veiller à ce que l'aide des Alliés demeure durable à long terme », a prévenu M. Rutte. Interrogé sur sa proposition d’un soutien des Alliés à l’Ukraine représentant 0,25% de leur PIB, il a reconnu que celle-ci ne faisait pas l’unanimité. « Je ne pense pas que cette proposition sera acceptée, car il y a beaucoup d'opposition contre ce taux fixe de 0,25 », a-t-il reconnu, tout en appelant à un meilleur partage des efforts de soutien.
Moyen-Orient. Enfin, la situation au Moyen-Orient, notamment dans le détroit d’Ormuz, devrait être abordée. Plusieurs Alliés ont déjà envoyé des navires dans la zone, mais il n’y aurait pas d’accord entre les Alliés pour une contribution de l’Alliance en tant que telle. Des discussions sont aussi en cours avec des pays non alliés. « Les Alliés réagissent de plus en plus à l'appel à l'action concernant le prépositionnement de ressources essentielles à proximité du théâtre des opérations. Bien entendu, au sein de cette Alliance, des débats et des discussions sont permanents quant à une éventuelle contribution de l'OTAN face à la situation. Il s'agit, à mon sens, de discussions informelles. Mais la situation continue de se développer », a expliqué le secrétaire général, précisant que l'Alliance continuait de suivre les développements. (Camille-Cerise Gessant)