Alors que les ambassadeurs des États membres de l’UE se mettaient petit à petit d’accord sur le vingtième paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjártó, a douché, dimanche 22 février, les espoirs d’un accord en amont du quatrième anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février.
« Tant que l'Ukraine ne reprendra pas ses transports de pétrole vers la Hongrie, nous ne sommes disposés à contribuer à aucune décision prise à Bruxelles qui soit favorable aux Ukrainiens ou importante pour eux », a rappelé M. Szijjártó à son arrivée au Conseil, le 23 février. « Les Ukrainiens n'auront donc pas accès au prêt de guerre (EUROPE 13813/23 et autre nouvelle), et il n'y aura pas de vingtième train de sanctions tant qu'ils continueront à nous nuire en matière d'approvisionnement énergétique », a-t-il prévenu.
Une attaque russe aurait abîmé l’oléoduc Druzhba fin janvier, empêchant le transit du pétrole russe, mais, selon les Hongrois et les Slovaques, cet oléoduc est « physiquement, techniquement » opérationnel. Ce qui « signifie que la reprise du transport de pétrole via Druzhba dépend encore entièrement de la décision de l'État ukrainien », qui « pratique du chantage politique », a jugé Péter Szijjártó. Et d’insister : « Le problème, c'est que l'État ukrainien voue une haine farouche à la Hongrie et mène une politique anti-hongroise depuis dix ans ».
Selon une source européenne, la Slovaquie, également concernée par l’approvisionnement via Druzhba, bloque aussi l’adoption du vingtième paquet de mesures.
La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, et les autres ministres ont fait part de leur déception quant à l’absence d’accord sur les sanctions. « Malheureusement, nous n'avons pas trouvé d'accord sur le vingtième train de sanctions. C'est un revers et un message que nous ne souhaitions pas transmettre aujourd'hui, mais le travail se poursuit », a souligné Mme Kallas. Interrogée sur le lien entre le blocage hongrois et les élections dans le pays en avril, elle a estimé que, compte tenu de l'histoire du pays, il lui était difficile d'imaginer que les Hongrois puissent soutenir une action qui ne vise pas à aider le peuple ukrainien dans le besoin et que cela apporte « des points supplémentaires » lors du scrutin.
Le Lituanien Kęstutis Budrys a estimé que l’absence de sanctions de l’UE pour le quatrième anniversaire de l’invasion était un « très mauvais signe ». Il a plaidé pour des pressions sur Budapest pour parvenir à un compromis. « L'UE dispose de plusieurs leviers financiers, notamment de fonds sûrs, et nous devons les utiliser. À plus long terme, il nous faudra déterminer si l'accord de 27 est réellement nécessaire », a-t-il ajouté.
« C'est une honte pour l'Europe », a dénoncé la Suédoise Maria Malmer Stenergard alors que le Polonais Radoslaw Sikorski a qualifié la situation de « scandaleuse, mais pas surprenante » avec la Hongrie.
Réduction de l’ambassade russe auprès de l’UE. La Haute Représentante de l’UE a également annoncé, avoir décidé de limiter à 40 personnes la taille maximale de la mission russe auprès de l'Union européenne. « Nous ne tolérerons aucun abus de pouvoir diplomatique », a-t-elle prévenu. Selon une source européenne, l’UE aurait actuellement « moins de 40 personnes au total » dans sa délégation à Moscou, dont 11 internationaux.
Si la proposition ne fait pas partie du vingtième paquet de sanctions, le ministre estonien, Margus Tsahkna, a espéré une décision sur sa proposition d’établir une liste noire Schengen des combattants russes pour mars. « Nous coordonnons nos efforts avec les autres États membres de Schengen, qui espèrent eux aussi que le prochain Conseil affirmera politiquement que cette mesure constitue la politique de l’UE », a-t-il expliqué. Mme Kallas a annoncé travailler en collaboration avec la Commission européenne « pour empêcher des centaines, voire des milliers d'anciens soldats russes d'entrer dans l'espace Schengen ». « Nous ne voulons pas que des criminels de guerre et des saboteurs circulent librement dans nos rues », a-t-elle prévenu.
Au-delà des mesures contre la Russie, les ministres ont réitéré le soutien européen à l’Ukraine, qui s’élève désormais à 193,3 milliards d’euros : 103,3 milliards d'euros d'aide financière, économique et humanitaire, 69,3 milliards d'aide militaire, 17 milliards d'aide aux réfugiés au sein de l'UE et 3,7 milliards de recettes provenant d'avoirs russes immobilisés.
« Nous allons plaider fermement pour un renforcement du soutien militaire, mais aussi pour le renforcement des infrastructures énergétiques ukrainiennes. Je crois qu'il existe un champ d'action plus vaste pour mobiliser un soutien », a souligné le ministre allemand, Johann Wadephul. Selon son homologue espagnol, José Manuel Albares, la Russie a détruit 75% des capacités énergétiques de l’Ukraine (voir autre nouvelle). (Camille-Cerise Gessant)