La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a dénoncé, jeudi 29 janvier, la « catastrophe humanitaire » que connaît l’Ukraine en raison des frappes russes sur les infrastructures électriques et de chauffage sur tout le pays.
« Les Russes bombardent les Ukrainiens, essayant (...) de les faire geler pour les forcer à se rendre », a-t-elle expliqué lors du Conseil 'Affaires étrangères'. « L’hiver est très rude et les Ukrainiens souffrent énormément. Une catastrophe humanitaire s'annonce là-bas », a-t-elle prévenu, alors que les températures descendent jusqu’à -20°.
À son arrivée au Conseil 'Affaires étrangères', la commissaire européenne Marta Kos a annoncé que, ces derniers jours, l’UE avait fourni 500 générateurs à l’Ukraine et que 500 autres allaient aussi bientôt être livrés. Le ministre espagnol, José Manuel Albares, quant à lui, a expliqué que son pays, par le biais de l'Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID), acquérait des générateurs d'une valeur d'un million d'euros et lançait une aide énergétique qui fournira électricité et chauffage à 28 000 Ukrainiens.
Le même jour, la Commission européenne a précisé qu’elle mobilisait, en collaboration avec la Banque européenne d’investissement, 50 millions d’euros supplémentaires à destination de Naftogaz, la compagnie énergétique publique ukrainienne. Ce financement permettra de soutenir le système énergétique du pays. Ce prêt additionnel, accordé dans le cadre du mécanisme pour l’Ukraine, porte à 977 millions d’euros le soutien total de l’UE aux achats d’urgence de gaz pour l’hiver 2025-2026.
La Haute Représentante de l’UE a également proposé la création d’un groupe de travail réunissant les équipes de Bruxelles et de Kiev afin de mieux coordonner le soutien énergétique.
Face aux attaques contre les infrastructures civiles, qui, selon Mme Kallas, représentaient 93% des cibles des bombardements russes en octobre, les ministres ont donc plaidé pour le renforcement des sanctions.
« Nous devons exercer davantage de pression sur la Russie. C’est le seul moyen d’arrêter les tueries », a affirmé la ministre suédoise, Maria Malmer Stenergard, alors que l’UE réfléchit à son vingtième paquet de sanctions, qu’elle souhaite adopter à l’occasion du quatrième anniversaire de l’invasion russe, le 24 février prochain. Il y a quelques jours, avec son homologue finlandaise, Mme Stenergard avait plaidé pour des nouvelles mesures restrictives visant les services maritimes, les engrais et les produits de luxe (EUROPE 13785/21). Des sanctions supplémentaires contre la 'flotte fantôme' et son écosystème sont aussi à l’étude, tout comme la lutte contre le contournement de sanctions, notamment dans le secteur financier.
Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, pour sa part, a demandé une interdiction coordonnée de visas aux Russes ayant combattu en Ukraine. « Nous avons près d'un million de combattants en Russie. Ce sont principalement des criminels. Ce sont des gens très dangereux. Et je suis sûr - et nous avons des informations - que la plupart d'entre eux viendront en Europe après la guerre. Et l'Europe n'est pas prête à cela », a-t-il mis en garde. Kaja Kallas a précisé que de nombreux ministres avaient soutenu cette proposition.
La Haute Représentante a en outre indiqué que l’UE allait ajouter la Russie à sa liste noire en matière de blanchiment d’argent, « car elle utilise ces moyens pour financer cette guerre ». En effet, l'acte délégué relatif à cette mesure, qui a été publié au Journal officiel de l'UE vendredi 9 janvier, est entré en vigueur jeudi 29 janvier. Cela fait suite à la décision de la Commission européenne, en décembre dernier, d'ajouter la Russie à la liste européenne des juridictions à haut risque en termes de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, à l'issue d'un processus d'évaluation de pays tiers non sanctionnés par le Groupe d'action financière (GAFI). En février 2023, le GAFI avait suspendu la Fédération de Russie de son statut de membre, mais ne l'a jamais inscrite sur sa liste noire. Le Parlement européen a demandé à la Commission de réaliser son propre examen (EUROPE 13677/9).
Voir l’acte juridique : https://aeur.eu/f/kh8 (Camille-Cerise Gessant avec Anne Damiani)