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Bulletin Quotidien Europe N° 13797
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Bce

Les eurodéputés peinent à jeter les bases d'un compromis sur l'euro numérique

Les différences de vues entre le rapporteur du Parlement européen sur le paquet législatif 'euro numérique', Fernando Navarrete Rojas (PPE, espagnol), et les représentants des groupes politiques pro-européens ne semblent pas s'être réduites, à en croire le débat - « passionnant et passionné », selon Aurore Lalucq (S&D, française) - qu'a tenu la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen sur les 1 414 amendements déposés au projet de rapport (EUROPE 13747/21).

Assurant vouloir parvenir à « un compromis », M. Navarrete Rojas a estimé que, si les eurodéputés adhèrent généralement à l'objectif de réduire la dépendance européenne vis-à-vis des prestataires hors UE comme Visa et Mastercard, les points de vue divergent sur la solution. Il a maintenu sa position qui privilégie la recherche de solutions issues du secteur privé, le rôle de la BCE dans la gestion d'un euro numérique pouvant intervenir hors ligne ('offline').

« Les solutions privées (...) constituent un pilier essentiel de la résilience des paiements en Europe », a souligné M. Navarrete Rojas, refusant de croire que la notion d'autonomie stratégique implique forcément « une solution publique ». Et de mettre en garde : « Il serait irréaliste, et finalement contre-productif, d'attendre de l'euro numérique qu'il soit la solution miracle à toutes les vulnérabilités stratégiques de l'Europe en matière de paiements. Cela imposerait une charge excessive à un seul instrument et l'exposerait à des risques qu'il n'est pas censé absorber ».

Au nom du groupe S&D, le Grec Nikos Papandreou a critiqué l'attitude « non constructive » consistant à débattre, depuis plus d'un an, de modèles qui contredisent la jurisprudence européenne sur le cours légal de l'euro. Selon lui, la future monnaie banque centrale numérique « nécessite un contrôle opérationnel, une responsabilité démocratique et la propriété des infrastructures essentielles », et « le secteur privé n'offre pas ces garanties » nécessaires pour asseoir une « souveraineté européenne ».

Pour Gilles Boyer (Renew Europe, français), l'euro numérique doit « préserver le rôle de l'argent public dans un monde numérique ». Il a noté que les acteurs du secteur des paiements souhaitent désormais travailler avec le législateur européen sur la meilleure manière de mettre en place l'euro numérique, en s'appuyant sur « les standards » existants et en assurant « l'interopérabilité » des systèmes. « Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment des solutions privées, c'est pourquoi nous devons agir dès maintenant. Cela peut coûter cher, mais si nous échouons, l'alternative pourrait être bien pire ! », a mis en garde son homologue slovaque, Ľudovít Ódor.

Damian Boeselager (Verts/ALE, allemand) a préconisé la « simplicité » pour réduire les coûts et le risque d'échec. Les banques devraient uniquement fournir l'option d'un paiement en ligne en euro numérique, sans avoir à construire leur propre application. Favorable à « un projet public », Gaetano Pedullà (La Gauche, italien) a plaidé pour l'absence de commissions pour les petites dépenses et l'introduction d'une carte de paiement « gratuite » pour ne pas devoir payer en euro numérique qu'avec le téléphone portable.

L'extrême droite de l'échiquier politique continue de rejeter le principe d'euro numérique. Auke Zijlstra (PfE, néerlandais) a évoqué le manque d'expérience de la BCE ainsi que les problèmes de transparence sur les coûts du projet qui, en fin de compte, seront imputés au contribuable. « Beaucoup d'initiatives privées lancées vont être sabotées », a-t-il estimé. Quant à Siegbert Droese (ENS, allemand), il a décrété que l'euro numérique, c'est « la fin de la liberté ».

En fin de compte, la question est la suivante, a indiqué Luděk Niedermayer (PPE, tchèque) : dans les circonstances géopolitiques actuelles, sommes-nous satisfaits du statu quo ? « Soit nous nous joignons au Conseil de l'UE et nous permettons que le projet se concrétise dès que possible, soit nous le retardons et alors, nous devrions assumer cette responsabilité », a-t-il ajouté, en se prononçant contre la procrastination.

Concluant les débats, M. Navarrete Rojas a tout de même vu plusieurs points de convergence : ne pas remettre en question le cours légal de l'euro, la simplicité du dispositif et la minimisation des coûts, l'importance de l'interopérabilité, le refus de choisir un support technologique spécifique ('device-agnostic') et le caractère non programmable de l'euro numérique.

Le vote sur le projet de rapport en commission ECON est prévu mardi 5 mai, Mme Lalucq espérant une mise aux voix anticipée. (Mathieu Bion)

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