Le 4 novembre, plus de 700 entrepreneurs ont investi l’hémicycle du Parlement européen à l’occasion de la septième édition du Parlement européen des entreprises (EUROPE 13746/30). Durant toute la journée, des chefs d’entreprise venus de toute l’Europe se sont mis dans la peau des députés européens : ils ont débattu, voté et se sont adressés directement aux décideurs politiques. Ce fut un bel exercice de démocratie dans sa forme la plus pure : la voix de celles et ceux qui créent les emplois et sont à la source de la prospérité a résonné au cœur du processus décisionnel européen.
Des députés européens de premier plan ont participé à des discussions franches et ouvertes allant du commerce au marché unique en passant par la décarbonation et la compétitivité. Il est cependant regrettable qu’aucun membre de la Commission européenne n’ait pu rejoindre la communauté entrepreneuriale européenne dans l’hémicycle bruxellois, malgré des confirmations préalables. En leur absence, la voix des entreprises a occupé tout l’espace — avec un message clair, uni et impossible à ignorer : « Libérez l’entreprise de la bureaucratie et laissez-la respirer ! »
L’appel à une réduction drastique des obligations de reporting et de réglementation a été sans ambiguïté. Car malgré les belles promesses de simplification - la Commission ayant annoncé vouloir réduire de 25% la charge administrative (et de 35% pour les petites entreprises) - les entrepreneurs européens constatent peu de changement sur le terrain.
En réalité, un chiffre saisissant de 98% des participants a affirmé n’avoir observé aucune diminution notable des contraintes administratives ou réglementaires depuis l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, il y a près d’un an.
Un décalage entre les mots et la réalité. Les débats ont montré à la fois l’engagement des entrepreneurs et la diversité de leurs parcours. Le bon sens a guidé leurs votes, mais ces votes ont aussi révélé une certaine frustration : trop souvent, la politique européenne reste un exercice de discours plus que d’action.
Alors que les dirigeants politiques proclament un « nouveau pacte de compétitivité » pour l’Europe, l’expérience quotidienne des entreprises raconte une autre histoire : la complexité l’emporte sur la clarté, les rapports sur les résultats. Les entrepreneurs ne sont pas hostiles à la régulation : ils demandent simplement une régulation intelligente, qui stimule plutôt qu’elle n’entrave l’innovation et la croissance.
En bref, l’Union européenne doit cesser de produire des stratégies et des cadres séduisants sur le papier, mais sans effet concret sur le terrain. Ce n’est pas un défilé d’idées : c’est la vraie vie. Et notre mode de vie européen, nos valeurs mêmes sont en jeu, si nous ne rétablissons pas rapidement une politique cohérente au service de la croissance.
Un nouveau test pour l’Europe. Le Parlement et la Commission ne peuvent continuer à accumuler de nouvelles obligations pour les entreprises tout en repoussant les réformes promises depuis longtemps. Le principe de précaution a fait de l’UE un champion mondial de la réglementation - mais ce n’est pas un titre de gloire. Nous devons redécouvrir le principe d’innovation, et concevoir des politiques qui encouragent l’expérimentation, la prise de risque et l’investissement. Avant de rédiger une nouvelle loi, les décideurs européens devraient se poser une question simple : « Cette loi aidera-t-elle les entreprises européennes ? »
Si la réponse est non, il faut s’arrêter et repenser le texte.
Les entrepreneurs disent leur vérité aux dirigeants politiques. 91% des entrepreneurs ont voté pour la nomination d’un représentant européen dédié aux PME, chargé de défendre les intérêts des 99% d’entreprises européennes qui relèvent de cette catégorie. 86% ont estimé que les obligations de rapport en matière de durabilité ne renforcent pas la compétitivité, tandis que 99% continuent de faire face à des coûts énergétiques élevés qui freinent l’investissement et la transition verte. Ajoutons à cela les 98% qui n’ont constaté aucune réduction de la charge administrative au cours de l’année écoulée : le constat est alarmant.
Les entrepreneurs européens ne réclament pas de nouvelles annonces ni de subventions. Ils attendent des actes. Concrètement, ils veulent la fin des obligations de rapport en matière de durabilité, inutiles et disproportionnées, qui détournent des ressources qui pourraient être allouées à l’innovation et à la croissance ; ils souhaitent l’achèvement du marché unique, en particulier dans les services et le numérique ; ils ont besoin d’une énergie abordable et fiable. Ils demandent également de nouveaux accords commerciaux et de nouveaux partenariats avec des pays tiers pour contrer le protectionnisme croissant et relancer les échanges.
Le Parlement européen des entreprises a démontré à la fois l’engagement et la patience des entrepreneurs européens. Mais cette patience s’épuise. Les chefs d’entreprise ont tenu leur rôle - en investissant, en embauchant, en exportant, en innovant - à travers les crises, les guerres et l’incertitude. À présent, ils attendent que les dirigeants politiques européens tiennent le leur.
Vladimír Dlouhý est le président d'Eurochambres.